La lettre A

Imagiaire eaux-pierresLa lettre A
A quitté son Sonnet aux Voyelles
Où elle jouait
Les mouches du proche.
Elle est venue
S’inverser dans la roche,
Comme ça.

La lettre A
A déserté les bandes dessinées
De Philémon,
Surréalistes sur un ton
Un peu langoureux.
Elle est passée
Du maritime au caverneux.
Bon, pourquoi pas?

La lettre A
Habite maintenant dans le mot stalactite.
Et notre première lettre de l’alphabet
Est gigantesque. C’est un dit. C’est aussi un fait
Qui se voit.

La lettre A
Est pointue, dangereuse. Elle n’est plus serrée, caroline.
Si on la frappe, elle se met à lentement osciller.
Cela vous fiche une de ces envies de décamper
Loin de tout ça.

La lettre A
Elle est aiguë et gigantale. Elle est spéléologique.
Je vous assure qu’elle est plus imprimée.
C’est de la roche, ce n’est plus du papier.
Ah, oh, mais Ah…

La lettre A…
S’est inversé, retournée, affûtée. Tenez-vous coi…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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Nous vous survivrons

imagiaire pimprenellesNous sommes de la nature
Et nous vous survivrons,
La roche parce qu’elle est dure,
L’oiseau parce qu’il est fripon.
Oh, vous nous altérez
En en faisant un plat.
Et vous oblitérez
Le tout de nos habitats.
Et vos poètes s’en plaignent.
Voyez, oyez céans.
Et ça ne protège pas
Le fond de nos océans.
L’oiseau y cherche des huîtres.
Il pourrait en parler.
Limpide comme une vitre
Son œil est quand même altéré.
La roche, elle, elle ne dit rien
Et elle ne cogite pas.
Elle n’est jamais qu’un point
Dans l’équation, n’est-ce pas?
La musique de la danse
Grince, fausse, est désaxée
Par la lourde outrecuidance
Du Minus Historicisé.
Vous en êtes, tous autant…
En surchauffant vos cambuses,
En mordant à belle dents
Dans votre malbouffe obtuse.
Nous payons vos gabelles.
Nous subissons vos lois,
Déchargeons les poubelles,
Déclenchons vos émois
Et vos atermoiements.
Aussi, sans le vouloir, nous vous jugeons
Et c’est pas tout de suite évident.
Mais nous vous survivrons…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Crabe intertidal

Imagiaire vergnerCrabe brave, brigand crabe,
Intertidal, calutin, gigantal,
Rabe de vin, purin, chou rave,
Interjetant consanguin. Belle morale.

Intertidal, bravachon, calinine,
Jus de pied de crabe en flatule.
Atavique coquillard, dégouline
Douze travaux de vous entule.

Que te crabe t’intertide d’interdire.
Derme en caillasse au gré des crues.
Il y assez longtemps que vous me faites frire
En vous soufflant dans les causes et les buts.

Crabe intertidal gélatineux, gudule,
Rabe de vin, purin, chou rave.
Sort de l’eau, montre toi, Ursule.
Crabe en cave, tu trappes grave.

Marchepied paléonto, gemme fin,
Diamant virulent sur sel pustulal.
Atavique coquillard dégouline.
Marteau pour te casano, va l’animal.

Crabe, cancer, virule sous le tamis,
Intertidal, calutin, gigantal,
Marche de biais, rabroues l’ami.
Tu me donnes fin finaud, phénoménal.

Estampe Kali de crabe intertidal,
Jus de pied de crabe en flatule,
Ton sable net, nos consciences sales,
Tu te crois roc, tu n’es que bulle.

Intertidal, calutin, gigantal,
Croîs, crains, crabe intertidal.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Dead 1970, 1968 (Larry Clark – Série Tulsa) partie 1

Quand déferas-tu ton lit, à nouveau, étrange archange croisé au détour d’un insoupçonné hasard?

Des dimanches radieux et froids s’entremettent
pour nous.
Sur les moirures du lac, la lumière frise, glaciale, pour mieux m’enterrer dans ton miroir.

Un échec entre les doigts serrés, tu te laisses rêver, dans un geste inutile et fier.
Sous la brisure de la capture qui te fige, danse l’hésitation de tes yeux de fer.
L’armure des draps, sous ta peau nue, écume les vibrations de ton corps vivant, encore vivant.

Toute cette fureur facétieuse, dans un être irréel, à demi déguisé en jeune homme bien sous tous rapports et prêt à en découdre. Isolée, l’impression présage de soubresauts livides ou de grands moments calmes et silencieux.

Personne ne sait ce que tu vois, qui tu regardes, s’ils sont nombreux ou absents.

Mais tous tes spectateurs imaginent être à ta place, dans cette errance de regard, entre la perte et l’abandon.

Ta prison d’acétate échoue à domestiquer les ravages qui emplissent soudain l’espace de la maison de maître qui t’abrite auprès du lac, comme un secret oublié, loin de Tulsa. Et les murs vénérables s’abolissent, détruisant au passage les précieux clichés des autres preneurs d’otages, bien accrochés à leurs cimaises qui s’effondrent, tendrement.

Car il faut bien un désert consacré à ton étude, pour arrimer enfin une pensée aux champs de bataille que tu sèmes nonchalamment. Pour donner corps au tempo désordonné qui s’invite entre nous il n’y a qu’un mot : enragé.

Il n’y a pas d’instant magique pour cette rencontre, il n’y a que l’écho qui brise ma lumière, dans les heures stupides à feuilleter des pages au hasard. Il n’y a pas de révélation, il n’y a qu’un reflet flou qui accroche mon regard comme un harpon. Il n’y a pas de stupeur. Il n’y a qu’un coup, un seul.

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ALINE JEANNET

Des loups sur un arbre, ÉLP éditeur, 2018, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Chagrin subalterne

Ton fard ennoyé dans l’âpre fonte des rêves,
À mon cœur alangui n’a daigné jamais sourdre,
Et l’escarre enfanta par ses nubiles grèves
D’un monstre de porphyre aux seins tus de ressoudre.

Notre libation, par de lutteuses trêves,
Ensanglante l’essor blêmi de jaune tourdre,
Et, d’un lange attristé, orne à point sur les drèves,
L’insensibilité, de l’azur à la foudre.

Par le tiède baiser du fauve renouveau,
Se meurt un frisson d’aile aux braises du couvot,
D’où le Néant s’épeure en sa geôle perfide.

Sinon qu’à l’Immuable aux promptes accalmies,
Nos membres claudiquant par le matin livide,
Insurgent le sel d’or des antiques momies.

THOMAS FALLET

Poème inédit

Loin

MAIS_monetteComme un fauve seul
Lourd et lent…loin
Harcelé d’îles, d’oasis et d’espace
Et le désert
Là ! Du désert
Et le mirage
Las ! Du mirage
Toute proche
Près ! Très prêt…
Ici
Las

Loin

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RICHARD MONETTE

, MAIS…, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

La poéticité de Popeye

cover_laurendeau_helicoidalAmbroise Lafortune
Nous a raconté,
Sur les ondes
De sa vieille chronique télévisée,
Que le marin Popeye
Était,
Par ses potaches,
Confondu,
Dans les années d’antan
Avec ce fruit,
Mal connu alors:
La papaye.

Régine Robin rapporte
Que, vers la même époque,
L’aphorisme crucial, Popeye, the sailor man
Se décodait, en elle: Popeye Lousséloumanne
Et que quand elle apprit l’anglais, bien, elle déchanta.

Bernard Pivot surnommait un certain penseur
Le Popeye de la métaphysique.
Pour me souvenir de l’identité du susdit, c’est bernique.
Je sais parfaitement par contre que Pivot prononçait Popeye
En le faisant rimer avec abeille.

Conclusion: à force de faire ainsi
Dans la poéticité de Popeye,
Oh trouvaille (papaye) et/ou oh merveille (abeille),
C’est Olive Oil qui ne sera plus sauvée,
Ventre dié.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.