Enfant lion (remix)

Un ciel bas s’accroche aux ramures de la nuit
Quand l’âpreté du jour feint les ors qu’il surveille
Au moment où mes rêves échangent les prairies
Un cri humain s’enfuit de ta gorge vermeille

De longues étincelles dans tes prunelles d’iode
Viennent illuminer la chambre au crépi vert
Quand au cœur du vertige le sommeil noue sa corde
A laquelle tu grimpes acrobate à l’envers

Ton pas silencieux dans la cour aux miroirs
Fait vibrer les carreaux de marbre aux yeux d’argent
Et sous le voile écru de l’ombre que tu ploies
L’aube de sang violet te laisse indifférent

Tous ces mots chantonnés créés de toutes pièces
Quand tu choisis enfin de te joindre à la chasse
Résonnent d’un écho nacré plein de paresse
Un reflet rémanent qui révèle ta trace

Fauve opale aux éclats affûtés et polis
Inflexible et gracieux pareil à la lumière
Qui éclaire tes yeux d’un sourire aguerri
Tu me fais tes adieux en riant, lion de pierre

Dans la brume du train qui se rend nulle part
Tes contours chantournés de jade et de zircon
M’accompagnent partout car de partout je pars
Pour retrouver les bras tendus de l’enfant lion

.

ALINE JEANNET

Des loups sur un arbre, ÉLP éditeur, 2018, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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Lèvres muettes

Je rêvais de ton sourire caressant mes lèvres muettes
Puisque tout l’ennui que j’ai de toi
amassé sans phonèmes sans lois
sous yeux d’éloignée gamine, de routes
de peines en poches, rides et doutes
halait déversant désirs abondamment
sous l’intimité nue, silence urgent
Et mon sourire qui absorbait tes lèvres muettes
Et se cachait patiente dans les paysages
ma main déposée à ton dos démasqué
et se voilaient minutieux dans les nuages
tes seins reposés à mon cœur affolé
nous avalions délibérément le Soleil
hostie humectée où s’érigeait l’éveil

.

RICHARD MONETTE

Perle-mêle (lettre tant), ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Indolente

Indolente,
L’irisée,
Pertinente,
Dépassée,
Si puissante,
Si fragile,
Imposante,
Et gracile.
Fort-Boyard
Et la mer,
Un regard
Éphémère.
Une pulsion
Étiolée.
Une chanson
Démodée.
Mais la mer
Indolente
Persévère
Et s’en vante.
Cet humain
Partira.
Ce fortin
Croulera.
Et cette mer
Arrogante
Reculera,
Toujours indolente.

.

PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Signature

Coquelicots sanglants,
Vos douces paroles
Disent ce moment
Et vont faire école.
Vous avouez la vie
Champêtre et tonique.
Ce coin de pays
Est riche, organique.
Vous le révélez
Par votre présence.
Vous vous agitez
En une dense danse
Comme des sémaphores
Qui disent: c’est ici
Que, sans le moindre effort,
Se gorge de vie
La terre de toujours,
La surface fragile
Qui compte nos jours
Au pourtour des villes.
Coquelicots sanglants,
Vos douces chansons
Disent ce moment
pour de vrai, pour de bon.
Vous avouez la vie.
Et, en plus de narrer
Cette superbe stance,
Vous êtes beauté,
Rythmique et cadence.
Votre petit cœur noir,
Vos pétales de peau
Firent rêver Renoir
Ou était-ce Van Gogh?
En tout cas, l’extase le plus pur
Est durablement paraphé
De cette artistique signature.
Implicitement surdéterminée.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Ah, la Baltique!

Idothea baltique et tige de fucus
Ne perdent pas leur focus.
Leur joie est unique.
Leur ardeur se communique:
Ah, la Baltique!

Tige de fucus baltique et Idothea
Leur focus, ils ne le perdent pas.
Leurs couleurs sont uniques,
Leur formes, joyeusement dissymétriques.
Ah, la Baltique!

Idothea baltique et tige de fucus
Ne perdent pas leur focus.
Mais le réchauffement climatique,
Ce maître mot cosmologique,
Frappe la Baltique!

Tige de fucus baltique et Idothea
Leur focus, ils ne le perdent pas.
Mais leur temps est compté.
Ils vont tout doucement cramer.
Ah, mais c’est à chier!

Idothea baltique et tige de fucus
Ne perdent pas leur focus.
Mais ils vont lentement disparaître.
C’est ça, quand l’apprenti sorcier est maître.
Ah, que c’est traître!

Tige de fucus baltique et Idothea,
Même si leur focus, ils ne le perdent pas,
Leur sort est fatidique.
Leur maladie, chronique.
Ah, la Baltique!

.

PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Tes yeux sur ma peau [REPRISE]

Perle-MonetteIl était une fois des feux
des feux qui étaient fabuleux
des feux allumés dans la peau
à envoûter comme des démons fous
des feux de braises dans la peau
ma peau sublimée sous tes yeux
tes yeux qui étaient fabuleux

D’autrefois je revois tes yeux
tes yeux qui sont magiques
tes yeux à voir sous les peaux
à déshabiller les âmes de leur sort
tes yeux doux à une vieille peau
ma peau de vache vêtue de briques
sans tes yeux qui sont magiques

En cette nuit près du sapin
qu’embaume de bonheur
un parfum de forêt et de lutins
où les petites lumières de couleur
s’invitent au gradin des odeurs
car les amants se voient se voient
et se voient encore pour la première fois
alors ces corps ont encore un intérieur

Sous les peaux ensorcelées par nos jeux
des jeux qui jouxtaient moelleux
des jeux à nommer toutes nos peaux
surfaces comme des endroits fous
où tes yeux de délinquante âme à peau
enserrent mes peaux en étau de frissonneux
mes peaux ensorcelées par tes jeux

En cette nuit près du sapin
qu’embaume de bonheur
un parfum de forêt et de lutins
où de petites lumières de couleur
s’invitent au gradin des odeurs
car les amants se voient et se voient
et se voient encore pour la première fois
alors ces corps ont encore un intérieur

Ma peau enchantée en bottes de sept lieues
ces lieux qui sont magnifiques
tes lieux à migrer hors la peau
à inventer le rire rauque des avalés
tes lieux où nos cœurs à fleur de peau
nos peaux friables à fièvre tellurique
petites peaux enchantées par ces lieues

En cette nuit près du sapin
qu’embaume de bonheur
un parfum de forêt et de lutins
où de petites lumières de couleur
s’invitent au gradin des odeurs
car les amants se voient et se voient
et se voient encore pour la première fois
alors ces corps ont encore un intérieur

Quelques fois je recevrai tes yeux
tes yeux qui seront merveilleux
tes yeux iront tomber sur ma peau
à surfer comme des doigts jaloux
tes yeux à liquéfier ma peau
ma peau d’oripeaux de vieux
et tes yeux me feront merveilleux

En cette nuit près du sapin
qu’embaume de bonheur
un parfum de forêt et de lutins
où de petites lumières de couleur
s’invitent au gradin des odeurs
car les amants se voient et se voient
et se voient encore pour la première fois
et nos corps ont encore leurs intérieurs

.

RICHARD MONETTE

Perle-mêle (lettre tant), ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Fenêtre (remix)

Cargo noyé dans un éclair
Déploie ses étincelles inertes
Vaisseau errant des nuits entières
Entre ivresse verte et sieste alerte

Silence nocturne sur la montagne
Planant doucement dans l’or lacustre
Lagon alpin teinté de hargne
Réfléchissant des sphères vétustes

Astres-miroirs dans tes prunelles
Et sous la foudre de l’aurore
Ouvre les bras d’un long sommeil
Et la fenêtre qui rêve encore

C’est le matin teinté d’orage
Les lions d’argent sous leurs draps morts
Murmurent déjà leurs chants de rage
Dans leur berceau de pierre et d’or

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ALINE JEANNET

Des loups sur un arbre, ÉLP éditeur, 2018, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Néréide

De ta fauve allégresse au sceptre d’or bruni,
Scinde la fleur exquise au front nu des dryades,
Et la pourpre aux faisceaux des croulantes cascades,
Avec ce glaive sûr, des étreintes banni.

Quand, ainsi que Théroigne aux carnages unis,
Tu revêts le flot lourd des blanches Néphélées,
De larmes centuplant les aurores mêlées,
Ton Arche fend l’éther de mille feux bénis.

Cependant notre Oubli roule sa morne écume,
Ombrageant la prêtresse et le délice anthume,
Et l’âme des soleils en ton fard s’est noyée :

Sur un corset d’étoile en maussades hôtesses,
Les nuits vont murmurant de leur geôle éraillée:
– Rien ne délivrera vos sonores tristesses!

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

La stance terne des sept merveilles du monde moderne

Les Pyramides
Nous narguent depuis des siècles d’un air indifférent.
Pour les bâtir on a crevé des peuples entiers.
Témoignage éloquent… archaïsme inquiétant…

Le mur de Chine,
(Pas) visible depuis la lune, à l’œil du mercenaire.
Rempart autant que route, il fallut l’ériger
Pour mieux porter les guerres… aux confins de la terre…

Le Taj Mahal,
Sensible hymne à la mort. Dans un style plus mondain,
Un nabab décerna à une houri clamsée
Sa tombe de marbre fin… ciselée parchemin…

La Basilique
D’Ivan IV, le Terrible, dans l’hiver moscovite.
Son mécène indigeste, des tsars, fut le premier.
Ça augurait la suite… le programme pogromite…

La Tour de Pise,
Là, plus rien de funèbre. Elle est innocentée.
Mais, morbide ironie, il faut qu’on s’en avise:
Elle penche et va tomber… c’est une question d’années…

La tour Eiffel,
Voilà, semblerait-il, un monument limpide.
Bienvenue sur Paname, la ville illuminée,
Capitale des suicides… au royaume régicide…

Miss Liberté
Éclaire un Monde sous pollution atmosphérique.
Sa petite île flottant, tranquille et assumée,
Dans un cloaque chimique… un bourbier politique…

En conclusion:
Merveilles du monde moderne,
Votre cas est critique.
Et je conçois qu’on ait fini par liquider
Six des soi-disant sept
Merveilles du Monde antique,
Dans le fatras
D’un patatra aussi cruel
Qu’antipathique…

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PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Le temps

Dans son égale fuite obscène,
Le temps suffit à notre peine,
Le temps s’agrippe à nos genoux.
Nous jouons tous la même scène
Puis le rideau s’abat sur nous.

A ses complots, farce inhumaine,
Un jour indécis nous ramène,
Un jour ou bien une autre nuit.
Le temps suffit à notre peine
Car il est là qui nous détruit.

En désolante veuve habile à mon suicide,
L’heure allonge vers moi son haleine perfide,
L’heure semblable et folle à quoi je me suspends
Tel un sot funambule accablé de serpents.
Et dans la solitude enragée à me suivre,
J’implore vainement le Ciel qui m’eût fait vivre,
Ridicule pantin aux songes éperdus,
Balayant la douleur de mes bras morfondus.
Mais, terrible, s’annonce une fatale escrime ;
Le temps échevelé n’a d’yeux que pour son crime,
Le temps ! encore lui ! dont le souffle nouveau
Emportera d’un coup mon coeur et mon cerveau.

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THIÉRRY CABOT

La blessure des mots, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

.

THIÉRRY CABOT

La blessure des mots, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.