La roue de vélo de Podular

cover_laurendeau_helicoidalLa roue de vélo de Podular
Pastiche
La Roue de bicyclette
De Duchamp,
En retirant
Du champ
Le tabouret
Dans lequel
La susdite
Roue de bicyclette
Se plante.

Sur la roue
De vélo
De Podular,
Le tabouret manque.
La fourche inversée
Du vélo sacrifié
Se plante
Ardente,
Se fiche,
Pastiche,
Directement
Dans le socle
Institutionnel.
Podular instille son sel
Personnel
Dans l’iconoclastie duchampêtre.
Il est de ces radicalités de l’être.

Il est de ces futilités de l’art.
De fait, cent ans plus tard,
Ni la roue de Duchamp,
Ni celle de Podular
Ne semblent avoir fait
Tant soit peu crouler
Les murailles des musées.

Tu n’es pas un croquant cailloux,
Ô artistique provoque.
Tu es plutôt un roc,
Une meule à notre cou.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Les bureaucrates

Blessure des motsIls rôdent, spécieux
Le long des couloirs glauques,
Nourris de hargne molle
Et de sots règlements,
L’esprit tout emmuré
Dans de vains soliloques
Où l’État vermoulu
Vide ses excréments.

Autour d’eux, ce ne sont
Que blâmes et requêtes
Vomis sous la grammaire
Aveugle des décrets ;
Ce ne sont que doigts secs
Blêmis par les enquêtes
Et les mesquins travaux
Délirants et secrets.

Pour ceux que leur bêtise épouvantable lorgne,
Ils mâchent des courriers soigneusement pervers
Au fil desquels aboie un code étrange et borgne
A cause de trois mots alignés de travers.

L’œil torve du mépris leur tient lieu de réponse
Si quelque fou rebelle ose élever la voix,
Ou mieux, ils vont crachant une raide semonce
Fière comme un nigaud juché sur un pavois…

Bureaucrates vengeurs affamés jusqu’à mordre
Gratte-papiers goulus à l’aplomb infernal,
Ils sauront d’un oukase enflé tel un mot d’ordre,
Nous assigner un jour devant leur tribunal.

Et loup parmi les loups dans cette horrible enceinte,
L’un ou l’autre demain nous brisera le front,
Puis sur l’autel sanglant d’une loi sacro-sainte,
Ils nous dévoreront! ils nous dévoreront!

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THIÉRRY CABOT

La blessure des mots, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Totem II

Assemblages-integrationTotem.
Espace de croyance.
Je t’aime,
Sagesse et démence.
Ton haut est bombé.
Tu as l’air d’un véhicule.
Ton bas est déployé.
Tu es des vents et des bascules.
Ton ventre est étoilé
D’yeux avaleurs de ciel.
On sent que ton savoir circule
Aux confins des croyances
Et que ta masse,
Et que ta présence physique, sculptée,
Possèdent infiniment moins de pouvoirs
Que ton ombre lointaine en train de voler
Que de sombres vilaines en train de violer
Que ton être totem et sa sagacité
Et que cette canicule
De vestibule.
Ton bas est déployé.
Tu as l’air d’un véhicule.
Totem.
Espace d’errance.
On sent que ton savoir recule,
Que tu te surcharges d’intuitions
Et que bientôt, tout démonétisé,
Tu t’en iras trôner, fier d’un beau napperon,
À côté de ta copine, la télévision.

 

LAUBER

Assemblages et intégration, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

L’acte anonyme

MAIS_monetteIl ventait gravement
Au dessus du sentier
Et le feuillage en colère
Hurlait ses fruits
Alors le grand hêtre,
Père d’autres hêtres
Saisi par le tonnerre
D’une cruelle furie
Fit tomber une branche
Acide et enflammée
Vers un vieil arbre
Rongé par d’autres vies
Était-ce un exigeant éclair
Pour la pureté
Ou l’atroce désir
De détruire qui a sévi?
Et le triste sapin
Est allé s’abattre
Éclatant en vers
D’où ressurgit la vie

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RICHARD MONETTE

, MAIS…, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Naissance

Rage-dedans-MongeauBlanc, tout blanc
Froidure, tremblement
Douleur, souffrance
Sont les maux de l’enfance.

Exciter, divaguer
Hurler, déchirer
Contraction,
Douleurs intolérables
Temps devenu irréel,
Plus rien de matériel
Vague fluidité.

Sang de la mère
Délire du père
Cri d’enfant
Face au monde qui l’attend.

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CAROLINE MONGEAU

Rage dedans, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
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J’ai posé pour Botérette

Gouines coquinesJ’ai eu l’honneur de poser
Pour Botérette.
La peintre bien connue,
Artiste admirable.
Je suis arrivée
Dans sa jolie maisonnette.
Elle m’a fait
Me déshabiller,
Me coucher sur une table,
Dans son grand atelier.

Nue comme un objet,
Dans ma coiffure simplette,
J’ai vraiment fait
Tout ce dont j’étais capable
Pour bien perturber la lesbienne à la palette.
Je voulais tant être un modèle acceptable.
Et je brûlais de la séduire. Pourquoi le cacher,
Étalée sur une table, dans son torve atelier.

Le secret suprême de la peinture de Botérette,
La clef de son art, ce mystère remarquable,
C’est qu’elle ne peint que des femmes imparfaites.
Des femmes qu’elle veut capter.
C’est une contrainte inexorable.
Qui a d’ailleurs fini par bien se concrétiser.
À deux, sur une table, dans ce bel atelier.

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CORINNE LeVAYER

Gouines coquines de ce monde, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Le faux fruit interdit

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Immobile au milieu d’un nuage de fleurs,
Une petite boule rouge bien calée
Entre trois tiges, offre à son âme étoilée
Le repos, bien au chaud dans les bras du bon-heur.
Cette boule c’est moi, Berger.
Je me rêve coccinelle.
Je m’enfonce au sein du verger
De ma souille originelle.
Honte à moi ! J’anthropomorphise !
Faux fruit ! Faut pas ! Sens interdit !
Malheur ! Je me ridiculise !
Faux pas ! Faut fuir ! C’est interdit !
Mais…
Mais mais mais mais mais mais mais mais…
Mais : lorsque je décide, moi,
Seul souverain sur mes devoirs,
De remodeler toute loi
Au confort de mon gai savoir…
Je les envoie se faire foutre au Diable, oui,
Les saintes Nitouche conventions hygiéni-ques,
Les dégoûts des hauts aèdes philosophiques !
Appollon est chaos ! Dyonisos est réjoui !
Et puis d’abord, hein, qui vous dit
Que Berger anthropomorphise ?
Voici un faux fruit interdit,
Car Berger se coccinellise !

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ALLAN ERWAN BERGER

Poème à retrouver en recueil en suivant ce lien