«Le père»

Assemblages«Au nom du Père»
Quelle aventure!
Mais…
Le nom-du-père
N’est pas plus sûr.
C’est dur.
Toi l’enfant tu tâtonnes:
«Ah, le vide effroyable,
Le néant qui tonne,
Ce n’est pas vraisemblable!»
Diable diable…
Mais…
Procédant par analogie,
Voyant une épaule ici:
“Papa”,
Et certain désir né d’une absence:
“Père”,
Tu en infères, au fond du vide, un «Non» du père,
Et donc un Père.
Mille papas tonitruants!
Tout se complique, décidément.
Car entre ton “père” qui t’aide
Et le “Père” qui t’a créé,
On t’aligne des “pères” qui te dirigent,
Des “pères” qui te surveillent,
Et même des “Pères”,
Saints, lointains, blancs, immaculés,
Et joliment mitrés.
Ainsi tous ce monde-là:
«Mon enfant, tu ne voleras point sans nos conseils.»
Mais mon papa:
«Envole-toi, va et viens, je veille!»

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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Ses jours se suivent

MAIS_monetteSes jours se suivent
En sueurs sans savoir rire
Puisque s’efface
L’enfance à l’harcèlement
Autant qu’attisé
Le poing enflammé
Du souvenir
D’hêtre foudroyé
Sans motif,
Sauvagement.

 

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RICHARD MONETTE

, MAIS…, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Réalité

Rage-dedans-MongeauLa belle au bois dormait.
Cendrillon sommeillait.
Le petit poucet
Loin de l’ogre si laid
Se reposait sur l’herbe
En chantant des prières.

D’un grand coup de baguette
La vieille fée carabosse
Nous mena
Dans son plus beau carrosse
Vers ce pays de trêve
Où tous ceux qui rêvent
Peuvent se réfugier
Lorsqu’ils se sentent persécutés
Par la sorcière réalité.

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CAROLINE MONGEAU

Rage dedans, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Camille, aux larges résilles

Gouines coquinesCamille, aux larges résilles
Est si onduleuse, si gentille.
Elle a une forme de quille
Ses yeux immenses brillent.

Molle comme une guenille,
Dans les bras de Camille,
Je sens que mon sang pétille.
C’est l’amour entre filles.

Je suis paffe,
Ronde comme une bille
Et je me déshabille,
Lascive, enjouée. Camille
Ne garde que ses résilles.

Elle rampe comme une chenille
Sur mon corps, me titille.
Et sa passion s’instille
En mon con, et je trille.

Et je crie. Hurle. Camille
Aux tréfonds de moi se vrille.
Elle suçote ma pastille
Oh, c’est pas de la broutille!

Camille, aux larges résilles
Est si onduleuse, si gentille.
Elle me présente à sa famille.
C’est vraiment l’amour entre filles.

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CORINNE LeVAYER

Gouines coquines de ce monde, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

De nature borgne et pointilleuse

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Eh hop ! Encore une punaise… Celle-ci est un juvénile de la traditionnelle punaise Nezara viridula (Linnæus, 1758 : Cimex viridulus), dite “Punaise verte”, qu’on ne doit surtout pas confondre avec la Palomena prasina (Linnæus, 1761 : Cimex prasinus), dite “Punaise verte” elle aussi. Une différence toutefois : les juvéniles de prasina sont entièrement verts, tandis que ceux de viridula non : ils varient du vermillon bébé à l’émeraude adulte en passant par cet habillage noir à points blancs qui signe l’enfance et l’adolescence. Donc : ceci n’est pas une coccinelle, nom d’une pipe.

Fabricius, dans sa Systema entomologiæ de 1775, redécouvre la bêbête et lui donne le nom de Cimex smaragdulus. Mais comme Linné avait décrit l’animal avant lui, smaragdulus devient “junior synonymon” de viridula, qui conserve donc l’antériorité, et par conséquent désignera l’espèce jusqu’à la fin des temps, poil aux ortolans.

Ce n’est pas tout. Comme viridula varie de couleur selon l’âge et la saison, Fabricius la redécouvrira deux autres fois : Cimex torquatus en 1775, et Cimex spirans en 1798. De son côté, de Villers, en 1789, invente Cimex variabilis : il est le premier, semble-t-il, à se rendre compte qu’il s’agit d’une seule et même espèce. À l’opposé, Wolff ne se rend compte de rien sinon que la punaise verte est décidément très verte : Cimex viridissimus (1801). En chemin nous trouvons aussi un Cimex transversus dû au célèbre Thunberg (1783).

Enfin vinrent Reiche & Fairmaire qui, en 1848, donnèrent le binomen Nezara approximata à cette pauvre punaise. Nous remarquons à cette occasion que le nom de genre a été modifié. On laisse tomber Cimex au profit de Nezara Amyot & Serville (cf. Histoire naturelle des insectes Hémiptères, Roret, Paris, 1843). Pourquoi ?

Parce qu’on ne pouvait décemment mettre dans le même sac les punaises des bois et des fourrés avec les punaises des lits et des matelas. Les unes puent parfois, sont grosses et colorées, les autres piquent toujours et prennent la couleur du sang caillé. Or, Linné, en décrivant (il a dû commencer par elle, puisqu’il l’avait sous la main – ou sous la fesse) la punaise de lit, lui donna comme nom de genre le mot Cimex, qui signifie tout bêtement “punaise” en latin : «Ah, cette punaise de Pantiius!» (Horace). Linné: « Eheu ! Iste Cimex lectularius!» et voilà.

La taxonomie est pointilleuse; il lui faut toujours aller au plus valide, selon des lois inflexibles. Mais souvent les taxonomistes sont à moitié aveugles: à ne jamais lire proprement ce qu’ont fait leurs prédécesseurs, ils refont le travail deux, trois, dix fois les uns derrière les autres, tous happés par la passion de décrire, et handicapés par l’angle mort de leur vision tournée presque exclusivement vers l’avant. Voilà pourquoi l’on peut dire que la taxonomie progresse d’une manière borgne. Elle est donc de nature borgne et pointilleuse. L’entomologiste: «Les ani-maux changent, les livres sont rares, il fait sombre dans le cabinet, le libraire trépigne et je n’ai toujours pas fini les planches. Ah, pourquoi n’ai-je pas plutôt collectionné les médailles?»

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ALLAN ERWAN BERGER

Poème à retrouver en recueil en suivant ce lien

Les garçons

Ils sont las et racés
Ils sont frêles et dévoués
En cet instant
Les garçons

Ils sont plusieurs
Ils vivent en cercle
Silencieux
Et fermé

Comme sous la coupe
D’un autre maître
Toujours alertes
Et drogués

Ils sont si jeunes
Ils partent au quart de tour
Ils n’ont pas peur
De la douleur

Ils frôlent toujours
Les limites
Ils aiment
Jouer avec le feu

Ils marchent
Dans la nuit
Qui leur fournit
Un abri

Ils chantent
En silence
Des complaintes
D’orphelins

Les garçons

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ALINE JEANNET

Des loups sur un arbre, ÉLP éditeur, 2018, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Bonne fête [1]

Perle-MonetteLe temps
le temps à l’automne

Avoir du temps pour soi
être au cœur du temps

Avoir du cœur au ventre
le ventre du temps
même bien rempli
n’est jamais obèse

Le temps
le temps en novembre

Tantôt talleur ou tsu suite
est parfois temps perdu
est parfois mauvais temps
autant qu’aussi passe-temps

« Ô temps des roses enfouies ! »

Le temps à l’automne
de temps en temps
ce simple temps
l’avoir simplement
le temps, ce temps

Le temps en novembre
le temps qui seconde
aiguille au poignet
les doigts qui tapent
traduisant l’impatience

« Ho! Minute papillon! »

Le temps à l’automne
le temps en novembre
un monde de temps fous
le temps qui roule en boule
horloge d’heures heureuses
le temps qui longe au jour le jour
une semaine à la fois
une fin de mois à la fois
pour des siècles et des siècles
à la fois

Le temps à l’automne
le temps en novembre
c’est un temps de guerre
le temps d’une paix
Le temps
est un temps qui guérit – efface
c’est le temps escompté – compté
et chaque année une fête
le temps de souligner
comme pour ponctuer

Bonne fête

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RICHARD MONETTE

Perle-mêle (lettre tant), ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.