Vache avachie

Imagiaire vergnerVache avachie, avalise mon val.
Ta sœur et toi,
Vous vachez pas normal.
Têtes bêches, tête à queue,
En quinconce,
Pas quelconque.

Avachie vache,
Dicte ton tout banal.
Meugle normalité
Dans le vortex du val.
Tourne le dos au dos.
Pipe, poudre, pavot,
On va avoir des mots.

Vache avachie, épicentre du rural,
Les usines, pour toi, c’est du paranormal.
Tu y finis pourtant, fait patent,
Mise en boîte en l’ultime argument.

Avachie vache et tu chies cette bouse.
Tu fends cet excrément dans les bruns et les rouges.
Il paraît en plus que tu vesses, tu pètes…
C’est sur toutes les gazettes!

Oui, vache avachie, ma valise amorale,
Ta sœur et toi, vous vessez pas normal.
Ils en font un fromage.
Tu serais une polluante,
Une pompe rente.

Avachie vache, et l’usine jubile
Car ce que tu lui fais, je te le donne en mille.
Eh ben, tu la dédouanes,
Pipe, volutes, boucane.
On t’impute tous les maux,

Ma vache, mon agneau
Pascal
Ça va: chie. Vache avachie.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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Atalante ou Diane?

Gouines coquinesAtalante,
Elle est
Brillante!

Atalante,
Elle est
Super chiante!

Diane,
Alors là,
Je plane!

Diane,
Vas donc,
Eh banane!

Bon, moi, je préfère Atalante.
Je la trouve vraiment moins méchante.
Quand un mec veut l’enquiquiner,
Elle se contente de se barrer.
Elle détale d’un trait, comme l’éclair
Et ce gros lourdaud de tonnerre
Reste derrière, comme deux ronds de flan.
Je préfère Atalante. Et il est plus qu’évident
Que ces salades de pommes d’or, c’est du vent.
Atalante ne se mariera jamais. J’en ferai autant.

Bien moi, je préfère Diane.
Elle a un arc. C’est bien. C’est une arme.
Un mec l’enquiquine, elle lui décoche un trait.
Dans le bide ou dans le cul. Niqué. Bien fait.
Fuir, c’est bien beau, mais il y a une certaine bassesse
À ne pas riposter, comme le fait si bien la chasseresse
Et contre-attaquer, un petit peu, pour ses droits.
Le salut dans la fuite, ça va un peu, non mais des fois…
Et puis Diane, lascive, lunaire, elle chasse la nuit.
J’en fais autant. Je me donnerais à elle.
On serait amantes et amies.

Mais mon Atalante
Elle est éclatante
Et ta Diane
Elle est inane.

Mais ma Diane,
Elle est diaphane
Et ton Atalante,
Elle est pesante.

Atalante, elle est brillante!
Atalante, elle est super chiante!
Diane, alors là, je plane!
Diane, vas donc, eh banane!

Bon, bon, alors Atalante ou Diane?
Choisissez votre héroïne, mesdames…

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CORINNE LeVAYER

Gouines coquines de ce monde, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Le guignon d’or

Dans le déclin sordide aux charnières couvées,
Tremblent confusément les étreintes communes,
Qu’aiguisent aux frimas des lèvres éprouvées,
D’orgastiques chaleurs cuivrant mes boucles brunes.

Par le vice ébréché de l’un à l’autre bout
De leur temple flétri n’affectant la galère,
En de grands blocs verdis par les soirs de Sabou,
Les convoite au guignon leur désastre polaire.

Ces voyageurs lestés, perdus au delta noir,
Que fend l’imputrescible et croulante résine,
Expient de leurs poumons l’écarlate lésine,

Et se prosternent, quand au creux de leur mouchoir,
L’Angoisse atrabilaire en masse les raillant,
S’exsude en bataillons par le déni saillant!

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

Joual géométrique

cover_laurendeau_helicoidalC’est un joual
Géométrique
Fait de triangles
Anthracite
Parfaitement
Licites.
L’animal posé,
En pliages concentriques
Trône au centre
Du hall d’entrée
D’un musée.

C’est un géométrique joual
Dans le hall
D’un musée de Montréal.
Il est tout luisant
Mais noir comme un diamant.
Il a ce petit air cabotin et fripon
Des canassons
Qui se sont
Pérennisés
Malgré… et malgré…

C’est un joual géométrique
D’origine planétaire.
Il est de la Rivière des Mille Berges.
Il galope moderne. Il se goberge.
Il est fier.
Il est un peu à la bourre,
Notamment dans sa compréhension
De la situation
De calembour
Culturel
Que représente ici
Sa joualonie
Semi-figurative,
Ludiquement abrasive,
Impudiquement fidèle.

Il a bien l’air de rire, ce joual géométrique.
Il semble se bidonner, tout en faisant la nique
À d’autres temps.
Sans bouche, comme un bon joual surréel,
Il semble pourtant
Avoir durablement
Opté pour le susdit sourire de Fernandel
Dont parlaient l’autre Untel,
Et un certain Brel…
Enfin bref, sa géométrie à dominante
Triangulaire
N’a que faire
Du joualisme d’ici.
Il est un joual avant tout bien pur et bien fortuit.

Quelqu’un l’a façonné,
Sans faconde,
Sans ambiguïté,
Sans flafla,
Sans arrière pensée,
Dans quelques composite
Couleur indubitablement anthracite
Et ce, absolument sans se douter
Que c’est toujours
Un petit peu de la dynamite
Dans le hall
D’un musée de Montréal,
Géométrique ou pas,
Un joual.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Le monde du travail

Blessure des motsMarécage malsain aux lumières avares,
Étang glauque et fangeux hérissé de barbares,
Les chagrins qu’ont subis tes pâles naufragés
Exhalent le sang lourd des espoirs saccagés.

Après que la perfide école eut, sotte femme,
Abêti nos cerveaux sous une règle infâme,
Quand les fades leçons et les vils examens
Eurent même gâté le meilleur des humains,
Voilà que dans ta jungle, à peine entrés en lice,
Déjà nous attendait un non moins grand supplice
Car, distillant bientôt cent amères liqueurs,
Tu saurais longuement désespérer nos cœurs…
C’était un lieu taillé pour l’envie et la guerre ;
Le mensonge y pointait une langue vulgaire
Si bien que chaque mot affilé tour à tour,
Faisait mal comme font les serres d’un vautour.
On voyait la raison, changée en hydre énorme,
Brandir de tous côtés la hache de la norme
Puis, du matin aveugle au soir exténué,
Aiguiser contre nous son verbe infatué.
A l’usine, au bureau, le long des mornes salles,
Le soupçon et la peur mêlaient leurs lèvres sales
Tandis que, maléfique, errait de coin en coin
La compétition au nez rude et chafouin.
Ni bontés ! ni ciel bleu ! partout des places fortes !
Les justes bafoués se cognaient l’âme aux portes
Et le monde sensible, à toute heure banni,
Gémissait quelquefois dans un regard jauni.
Comme il n’estimait pas notre vie assez chère,
Toujours le dieu Mammon bavait de surenchère
Mais, sous le gant rigide ou l’aiguillon vénal,
Il ne subsistait rien qui fût original.
Et la joie elle-même ayant fait antichambre,

Nos fronts suaient d’ennui de janvier à décembre,
Nos fronts bas et vaincus où les regrets d’un jour
Parfois, glissaient pareils à de longs cris d’amour…
Oh ! beaux cœurs balayés avec un soin coupable,

Ne valons-nous pas plus qu’une ligne comptable,
Pas plus qu’un vague nombre infime et désolant
Inscrit on ne sait où sur un ancien bilan ?

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THIÉRRY CABOT

La blessure des mots, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Coupe du monde

AssemblagesLa sphère est libre de rouler.
On improvise.
La sphère est contrôlée
Du pied
Par Cylindré.
Tête-de-Cylindre, réfractaire
Le gardien, le cerbère,
Esquisse une défense
En se remémorant en un éclair
Les affres et les joies de son enfance.
La sphère va-t-elle rouler?
On dirait que le terrain se ratatine.
Il est soudain vachement rapetissé
Et il ressemble à une tartine
Posée sur une sorte de trépied.
La sphère est contrôlée
Du pied
Par Cylindré,
Tête-de-Cylindre, en instance de divorce,
Lève un bras
En courbant le torse,
Il entend bien faire sentir toute sa force.
Et ça va pas se passer comme ça.
On se croirai, au petit matin,
Sur un terrain
De ballon rond entre copains
En quelque monde, en quelques confins.
La sphère est contrôlée
Par Cylindré
Tête-de-Cylindre, devant son but, est incliné.
Tout peut encore arriver…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

D’humour rire

MAIS_monetteEntre art et instinct
Touchant le bout de son haleine
Le cerveau comme un désert pesant
Pendu à sa vitesse
Tout chant de solitude s’y bloque sa veine
Et dans la poussière d’os si sec
Il reste pire, sait désirs pulvérisés
Et le sable lié a socle collé
Si l’air est un nuage attendu parfois
Et son sens d’humour
Rire comme un feu
Délaissé

 

 

RICHARD MONETTE

, MAIS…, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.