Le Lutin Rouge

Gouines coquinesLe Lutin Rouge,
C’est une boite de nuit lesbienne.
N’y sont admises
Que ces louves et ces chiennes
Du monde entier qui,
De passage en ville,
Veulent se trémousser entre elles,
Pénardes, tranquilles.

L’endroit se nomme le Lutin Rouge
En référence
À la Légende de Perclus
Où les lutins de la danse
Quand ils étaient vêtus de rouge
Étaient alors des filles
Planquées, féroces, dentues,
avec les yeux qui brillent.

Le Lutin Rouge est chamarré de rudes peintures rupestres
Comme une caverne. Tout les soir y joue un petit orchestre.
The Swinging Dykes est son nom. Cinq fieffées salopes.
Cinq folles jazzy, hirsutes, y tourmentent le Be-Bop.

Le Lutin Rouge admet autant des bivalentes mondaines
Que des garçonnes de bouge. C’est la galaxie lesbienne.
Les hommes n’y entrent pas, strictement interdit.
Les ghettos ont leurs lois.
C’est ça.
Et tout est dit.

Société des Nations du tout urbain lesbien.
Ces dames viennent de partout pour s’y toucher les mains,
Se lancer des œillades, se frôler discrètement.
Et pas mal plus aussi… Il y a un hôtel attenant.

Le Lutin Rouge, c’est donc le carrefour concentrique
De l’Internationale de la Fureur Saphique.
Y convergent, tous les soirs, en d’intenses instants
Toutes ces Gouines Coquines dont je vous cause séant…

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CORINNE LeVAYER

Gouines coquines de ce monde, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

L’œuf s’offre aux folles et trompe

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« Chérie je te quitte, je pars avec la pou-belle. » Un bon mari doit savoir, le lundi venu, aller au travail en faisant bien sursauter sa chère et tendre. Une bonne épouse doit alors gicler de la salle de bains et s’avancer en peignoir dans le couloir avec, au bout de ses yeux flamboyants, une seule question : « Tu pars avec qui ? » Et ça marche aussi en sens inverse : « Chéri je te quitte, je pars avec la poubelle. » Si le gars ne se coupe pas en se rasant… « Elle est jolie, au moins ? » demandera-t-il tout en galopant pour ne rien rater du spectacle. Bien des gouttes d’eau finiront sur le parquet, et la serviette de Mon-sieur tombera de ses hanches, révélant un désolant paquet frippé, vision fort indiquée pour commencer la semaine avec une bonne envie de tout transformer en hachis Parmentier.

Prenez les œufs, par exemple. Il y a toujours cette espèce de bulle au sommet lors-qu’on les fait durcir. On croit bien faire en débutant leur écaillage par ce côté-là et tout ce qu’on y gagne, c’est un douloureux éclat de coquille sous l’ongle du pouce. C’est pourquoi le Pentateuque ordonne de tout faire en omelette. La chasse au fragment rebelle tombé dans le bol visqueux vous aura des allures d’aventures dans les mers du sud, de combat homérique contre un calamar géant. En outre, du reste, et même en plus n’oublions pas, ainsi ne jetterez-vous que de grandes coquilles encore enveloppées d’un peu d’albumine, ce qui est très bon pour le teint de la pou-belle, amen. Et comme cela votre conjoint pourra vous tromper avec icelle tout en ayant le corrodant sentiment d’être un zéro. Elle est pas belle, la vie?

ALLAN ERWAN BERGER

Poème à retrouver en recueil en suivant ce lien

Descente de Nyx

Les fantômes frileux de la bise hurlante,
Ont chéri le vantail de sourdes mélopées,
À l’éclair oppresseur, d’incarnates épées
Stigmatisent mon âme en résine croulante.

Quand, rêvant de la Nyx à mon cœur avalante,
Aux barreaux enforcis des blêmes arnapées,
Je m’exerce à l’or faux des escrimes drapées,
Qu’embrasse au fond des nuits ma tombe somnolente,

Des Lampades fuyant l’amour essentiel,
S’éternise au flot lourd un Cor démentiel,
Qu’amasse le Stridor des fauves multitudes.

Et, par les francs appas modulés des Titans,
S’immisce au marbre fier des rauques solitudes,
Un farouche troupeau de noirs Léviathans!

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

Je suis petite

Perle-MonetteÀ gravir du gravier au chaos-cahin-caha
roulant sur des roches ourdissant sans pas
calfeutrée, encastrée comme une fenêtre fermée
à déchirer des encriers cachots kascher et cachetés
à gorge égosillée gaspillée
J’ai dans ma corpulence feinte d’infirmée
qui est celle d’une enfant jetée à la frime
J’ai besoin de t’aimer ma maman à moi!
Je suis petite,
mais tu me fais mourir d’amour absent
Je suis petite, si pépite
à gravir du gravier au chaos chahutée cahin-caha…

 

RICHARD MONETTE

Perle-mêle (lettre tant), ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Un petit Pactole

Imagiaire eaux-pierresDans un gros abri de roche
Formant dôme
Que les provençaux appellent
Une baume,
Anthropos a érigé
Une petite chapelle.
C’est bien qu’il entendait
Un appel,
Qu’il entendait boire
Une vive parole:
Celle d’un petit Pactole.

Quelque part, par là, dessous-derrière,
Y a une source,
Alors tu comprends, ce fut la vive course.
C’est qu’Anthropos a grand soif. Il te l’a pas dit,
Trop occupé qu’il était à faire de l’esprit.
Tout ça pour dire que c’est pas des fariboles,
Un petit Pactole.

Évidemment, ça soulève une question philosophique
Que maints calotins trouveront fort antipathique.
Tenir l’eau, c’est bien tenir ceux qu’elle désaltère.
Et ils y auraient pas pensé, les petits pères?
Bifteck d’abord, morale après, disait Bertolt
Brecht. Il l’avait, lui, le sens du petit Pactole…

Déjà on savait que les lieux de cultes s’empilent
qu’ils se stratifient, se syncrétisent, au fil
De l’Histoire et que leurs traces se disent, s’indiquent
En des sites chrétiens, puis, celtes, puis paléolithiques.
Tout un feuilleté de pierres, la mystique corolle.
Un petit Pactole.

Mais là, dans une micro-chapelle au fond d’une baume,
Venez pieusement humer du petit Pactole l’arôme
Et voir scintiller cristallinement le prisme
De la confirmation discrète de tous nos matérialismes.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Contrepoint

imagiaire pimprenellesMademoiselle Marguerite Tachette,
En cachette,
Fait du contrepoint,
Le museau en coin.
Le tarin en berne,
Marguerite Tachette alterne
La broute et la coupe.
Sa langue est une faux.
Et ça, il le faut
Pour que le contrepoint
Alterne sans pépin.

Mademoiselle Marguerite Tachette
C’est une vieille amie.
Ça fait un bail de belle lurette
Qu’on partage nos vies.
Et, de loin en loin,
C’est là un autre contrepoint
Que sa petite sagesse
De bovine bougresse
Transmet en mon être
En loucedé, en traître.
Donc, premier contrepoint:
Le mufle dans l’herbe, serein
Répond à la langue en faux.
Second contrepoint, tout beau,

Mademoiselle Marguerite Tachette
Devant moi, âme simplette.
Troisième contrepoint, en prime,
Effet de mise en abîme:
Le premier contrepoint brouteur
Et le second, celui des âmes sœurs
Font un contrepoint ensemble.
C’est harmonieux, il me semble.
Et c’est hautement symbolique
Autant que fort sympathique. Tout bon.
Et Marguerite Tachette ne dit pas non.

Et vive ta vitalité vive.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Demain n’a pas de fin

Imagiaire vergnerC’est un foulque ou une poule d’eau?
Pas clair,
Même pour un pro des oiseaux.
C’est une poule d’eau ou un foulque?
Sais pas et vais certainement pas
Battre ma coulpe
Pour autant.
Demain n’a pas de fin
Comme il ne vient jamais.
Le découpage le cernant
N’est pas dessiné,
Pas fait.
Tant et tant que les catégories
Ben moi, voilà, je m’en méfie
Et, conséquemment, en médis…

C’est un gentil ou un mignon?
Pas clair, même pour un barjo du trognon.
C’est une fille ou un garçon?
Sais pas et vais certainement pas
Me lancer dans des grandes vérifications
Pour autant.
Demain n’a pas de fin
Comme il ne vient jamais.
Le découpage le cernant n’est pas dessiné, pas fait.
Tant et tant que les catégories
Ben moi, voilà, je m’en méfie
Et, conséquemment, en médis…

C’est un paradoxe ou une aporie?
Pas clair, même pour Sophistique Sophie.
C’est une aporie ou un paradoxe,
Un débat logique ou un match de boxe?

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.