Nuit

MAIS_monetteL’absurde de l’aurore rouge
En rage…
Sept inversions des souvenirs
De l’ordre de l’aube bleue
Et nage…
Les jours ouvriers
S’emmêlent omis
Dans des crânes à claques
En cage…
Clones
Calqués
De clowns
Les nuits l’ennui nuit
Et l’âge

 

RICHARD MONETTE

, MAIS…, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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Blessure

Rage-dedans-MongeauMaison de poupée
Jeux du passé
Pour oublier
La vérité.

Celle des blessures
Celles des injures
Cœur volé
Hymen déchiré

Maison de papier
Abri déchiré
Poupée brisée
Enfance jetée
Dans un coin oubliée
À jamais perturbée.

CAROLINE MONGEAU

Rage dedans, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

La fois où j’ai joué du couteau

Gouines coquinesUne nuit, une petite gouine
Sortant du Lutin Rouge
Se fait coincer par deux malabars.
«Ta gueule, tu bouges
Et on te troue con et cul,
Ensemble, à coups de bites.»

La petite gouine ne cède pas.
Elle crie,
Trépigne,
S’irrite.
Les deux costauds s’apprêtent
À lui faire un mauvais parti.
Passant par là, comme on dit
Dans tout bon récit,
Je tire mon cran d’arrêt
Et, sans rodomontade,
Je strie la main d’un des gus
D’une longue estafilade.

Pendant que celui-là plie en deux, l’autre me mire fixement
Je fais donc danser le couteau, bien ostensiblement.
Je l’agite devant sa face, fluide comme un petit navire
Jouet, voguant. Il fait le crâneur. Il s’efforce de sourire.
Soudain, il boxe dans les airs. Je le fouette de ma lame.
Le sang jaillit, lumineux comme l’éclat d’une flamme.
Il recule. Il est touché. Je sais pas où. Je m’en tape.
Je vais certainement pas attendre
Qu’il rédige son rapport d’étape.

Je capture la petite gouine par les hanches, en rafale
Et, d’un pas concerté, dans la ruelle, on détale.
Il parait que le courage, c’est la peur après l’action.
Cette petite gouine et moi on l’a eu, notre portion
De trouille rétrospective. Alors, pour expurger tout ça,
On a finit la nuit, trépidantes,
Ensemble,
Entre une paire de draps…

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CORINNE LeVAYER

Gouines coquines de ce monde, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Invisible au microscope

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J’ai dans mes amis un habitant de Sirius
Qui mesure bien cent-vingt-sept mille pieds de haut.
Quand il nous visite, ce n’est pas en vélo :
Il se poste en orbite du côté d’Orcus,
Descend sur cet objet, fabrique un tumulus,
Y plante au sommet un gros appareil radio,
Puis m’appelle. Je sors du tiroir un micro,
Et nous causons de tout, de rien, des abris-bus,
Des humérus, des nouilles teintes à l’hibiscus,
De banane au sirop. Son nom c’est PetitGros.
Un jour il me dit : « Pour te voir, c’est rigolo,
J’utilise un télescope. — Nom d’un virus,
Et par tous les milliards de millions d’oculus !
M’exclamais-je illico. Ça c’est du bibelot !
J’aurais cru, mon ami, qu’un gars de ton tonneau
D’un précis microscope contenté se fusse.
Mais dis-moi donc pourquoi, par le nez d’Arcturus,
Il te faut un machin pour voir des gros bestiaux
Alors que, bon, je ne fais pas six pieds de haut,
Ce qui, tu en conviens, ne vaut pas ton radius ? »
PetitGros hennit, rit, tortilla son byssus :
« Oh, mon gars, tu m’as parfois l’air d’un bon charlot
Pas très futé. Réfléchis, bougre d’asticot :
Toi qui pour moi n’es pas plus gros qu’un Acarus,
Et même, pour tout dire, qu’un Protococcus,
S’il fallait, pour te visionner, mon amigo,
Me coller un microscope sous les naseaux,
Il te faudrait t’organiser pour que tu pusses
Vivre entre deux lamelles et supporter, Pu-puce,
Le géant voisinage du sieur PetitGros.
Car vois-tu, si tu ne veux pas finir gogo,
Pour bien comprendre ce qui est soupe ou mucus,
Pour détecter les mini bouts d’olibrius
Dans ton genre, mon camarade, rien ne vaut
Un télescope, qui permet de voir de haut
Tout ce qui est petit, poil au stradivarius.
Au jardin dans ton dos j’avise un Apterus
En train de reluquer un joli film porno
Joué par des cirons bien membrés et dispos.
Attends que je règle encore un peu le focus…
— Stop ! L’interrompis-je. J’ai compris ton laïus :
Pour mieux saisir la vie privée des animaux
Et bien pénétrer les univers microbios,
Tu t’en recules. Ainsi te parlent-ils plus,
Au lieu qu’en t’y collant surgirait un hiatus.
Si tu allais fourrer ton nez sur nos museaux,
Tu n’entraverais rien au délicat réseau
Du désir, aux besoins, à tout le conatus
Qui nous embrase du rectum au thalamus,
Nous, ses habitants. Rien ne serait plus idiot.
Lire, ce n’est pas lire juste un petit mot,
Mais bien se pénétrer de tout le saint corpus,
Invisible au microscope. »

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ALLAN ERWAN BERGER

Poème à retrouver en recueil en suivant ce lien

La Tour scindée

Durant ces froides nuits de pénible amertume,
Qu’il m’est placide et grave en un râle attristant,
De sentir d’une plaie obsédante et posthume,
S’épancher la clameur de mon cœur subsistant.

Comme la tour s’encastre en cédant à l’assaut,
Dans un front monstrueux de grisaille et d’alarmes,
Il gît par sa décharge en d’infirmes sursauts,
À la pâle clarté de mes plus traîtres larmes !

Et je sens défaillir, d’un ulcère écumeux,
Mes efforts se noyant dans l’horizon brumeux
Et l’aiguillage abstrus de ma boussole en vrille,

Ainsi qu’un vieux damné qui se terre et fourmille
Au gré des longs ennuis, dans un désert d’oubli,
Et qui sonde en muet, son désastre établi.

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

Ciel déversé

Perle-MonetteMalin matin mouillé
brume, monde de brume
mini parmi les immeubles
minime monde mouillé.
Île forêt de seuls pleureurs
s’enfuit en souffle de foule
fantômes, fleur fantôme
fragile souffle pleureur
Paysage piétiné à pluie
notre peau qui miette aux cieux
grise, tirets de trombes grises
et déferle torrent, rivière en rut
Oh! Chapelet de jours sans mérite
surpeuplé de rêves où gravite l’insolite
s’y limite les masses en misère qui n’y militent
priant au ciel mille médailles l’olympe des mythes

RICHARD MONETTE

Perle-mêle (lettre tant), ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

À fleur d’eau

Imagiaire eaux-pierresUne laisse d’eau
Glisse devant
Sainte-Marie de Ré.
C’est le beau,
Le rasséréné.
Mes souvenirs
Sont revenus me hanter,
À fleur d’eau.
Do, si, mi, la sol, fa, ré.
Mes passions
Lentement vont se figer
Tout le long
D’une laisse d’eau
Par trop salée.
Mes amours
En viennent à m’abandonner.
Les contre, les pour
Les ont fait basculer.
Et je pleure
Mes pays moins esseulés.
Les larmes de mon cœur
Glissent devant Sainte-Marie de Ré.
J’ai perdu
Les ardeurs des belles années.
Je suis perclus,
Abattu, vanné.
À fleur d’eau,
Toute la gamme va y passer
Mais c’est si beau
Qu’il faut le chanter.
Et ma vive tristesse
Est largement atténuée
Par les pudiques largesses
De Sainte-Marie de Ré.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.