Je te tue

Imagiaire vergnerJe te tue
Je te darde d’un pieu
Qui est
Un petit épi bleu.
Tu seras
Mon trognon Henri II
Champêtre.
Subtilité métaphorique
De l’être.

Je te tue
Je te pique d’une aiguille
Qui est
Une petite fleur brindille.
Je serai
Ta petite Florence
En la Crimée
Des champs.
J’y suis, je me rends.

Je te tue et je me régale
Crains pas. C’est jamais que des pétales.
C’est un épi bleu méconnu
Mais il l’a enfin son grand but,
Celui de te séduire.

Je te tue, je te darde d’un pieu
Qui est un petit épi bleu.
Je te tue, je te pique d’une aiguille
Qui est une petite fleur brindille.
Et tu meurs. C’est comme ça quand on tue.
Et l’amour meurt aussi…
Plus lentement, en volatile plombé qui plane.
Et la fleur du petit épi bleu se fane.

Je te tue et nous voici tout dépités.
Crains pas. C’est jamais que la fatalité.
C’est un épi bleu méconnu
Mais il l’a enfin son grand sort:
Celui de relayer la mort
De nos infimes amours,
De nos petits émois,
Dans un champ
Qui verdoie.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

365 planètes

Des trois maîtres de la fondrière géante qui gît en mon cerveau, le cristal javanais est le plus, incidemment, a capella.

En branchant les cutters sous la vespasienne à l’aurore des mondes arriérés, la joie, le champagne et l’or des claviers résonnent avec sidération dans mon armoire à champignons.

Qu’ils en prennent.

Bientôt 365 jours depuis l’apocalypse. J’entends encore ton rire qui, à mon oreille, écorche doucement mes arrières-fonds et mes avant-postes, me fourguant une vie supplémentaire avec un esprit qui sur l’épaule clignote.

Sur quelle planète as-tu planté ton clope, sexy boy?

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ALINE JEANNET

Des loups sur un arbre, ÉLP éditeur, 2018, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Un présentoir de billes

cover_laurendeau_helicoidalUn présentoir
De billes
Toujours
Ça me titille.
Ça me fait palpiter
Micro-matamore,
Comme découvrant
Le plus pétulant
Des trésors.
C’est polychrome
Ça scintille.
Ça crépite et cliquette
Sous la main,
Pudiquement taquin.

Un présentoir de billes
C’est ostensible,
Mirifique
Obséquieux.
Plantureux.
J’y suis toujours sensible.
Cela se présente dans un grand bac carré
Solide, patent, modernisé,
De bois verni.
Quand j’étais petit,
Les billes étaient en sac.
Mais elles étaient en vrac.
Aussi, comme aujourd’hui.

L’autre trait commun,
Peu commun
Entre le vaste présentoir
De billes présent
Et tous les petits sacs de billes
Résilles
D’antan,
C’est qu’elles ne bougent pas,
C’est qu’elles ne toquent guère…

Les billes se chiquenaudant
En ordre de bataille,
À la petite guerre
À la base d’un muret
De la ruelle en arrière,
Ça, eh ben, bout de tabouère,
C’était pour nos grands-pères.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Paprika

Tu as su, Paprika
Me colorer les œufs
Je n’étais pas très vieux
Mais je me souviens de ça
Cette coloration
Me détermina tant
Que ce rouge de mes œufs
Me sort ce soir par les yeux.

Tu as vu, Paprika
À donner sa saveur à ma viande
Quand j’étais d’un âge beaucoup plus tendre
Que mes biftecks eux-mêmes, de ce temps-là
Et je repense à ton goût, ton éclat
Quand je te vois tomber en neige
Dans ma psyché, en soutenant le siège
D’une vie si fade, quand tu n’y es pas.

Vieux comparse, Paprika
Indubitablement, tu es un cas.
Et je comprends les anciens flibustiers
De mes somptueux romans illustrés
D’en être venus aux mains
Là-bas, au loin, dans les confins
Pour un petit peu contrôler
Tes mirifiques et mystérieux marchés.

Enfantin Paprika.
Tout ça, c’était autrefois…
Car aujourd’hui, je n’assaisonne plus
Cela me brûlerait bien trop l’orifice du…
Enfin, Paprika, salut!

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PAUL LAURENDEAU

Poème inédit

Les gandins

Les voilà, convoitant la rancune à fourbis,
En de frêle muance, ô ternes affidentes,
Qu’enivre d’or hilare aux pans des flots croupis,
Kallipyge mirant ses fesses cascadantes.

Pleins de l’éther vorace aux réclames iniques,
Exhumant les chagrins de leurs poumons ardents,
Ils vont, raillant toujours des œillades cyniques,
Les idiots véreux, dégorgés et tordants !

Une brise d’amour sur le jour effaré,
Étouffe l’action de spasmes inégaux,
Qu’un lourd gâchis de force en leur poing bigarré,
Entache au creux muet d’émétiques travaux !

Sur leur casque nitide ourlé de mèche folle,
Se pâment les flancs morts des brioches solaires,
Et du glauque troupeau de lèvres sans parole,
Murmure un vieux Zéphyr d’irritables colères.

De leurs corps pressurés par les glaçantes peines,
Vient sourdre le Léthé de la vie effroyable,
Où, se rassérénant aux amours souterraines,
S’engorge la rupture à leur Progrès fuyable.

L’infini remuement des servages claustraux,
Fourmille derechef sur leurs deux mains croisées,
À l’heure où des grabats s’éveillent les bourreaux,
Pétrissant la vigueur par des gorges lésées.

Épouvantable Orgie aux sanglots de futailles,
Tout gronde et vous flagelle aux clameurs des maudits,
Et l’ulcère infamant vos lubriques entrailles,
Attise le cœur fauve et sombre des taudis !

THOMAS FALLET

Poème inédit

Embouteillage

Blessure des motsDans l’air vicié,
Le bruit dégueulant sur l’asphalte ;
L’enfer vil de la tôle
Éructant jusqu’au ciel ;
Des vitres laissant voir,
Enlaidis par le fiel,
Des visages de mort
Que jamais rien n’exalte ;
Une mer de capots hurlant,
Foudre et basalte ;
Partout la fumée âcre
Au nez pestilentiel ;
Et des milliers de fous,
Déchus de l’essentiel,
Dont pas un n’ait l’envie
Au moins de crier : « halte ! »
O cauchemar ! tant d’yeux ! dévorés de soupçons
Au milieu de l’horrible aboiement des klaxons ;
Tous ces coeurs mutilés ! saignant du même rêve ;
O quotidien cent fois imbécile et brutal !
Hallucinant décor ! où défilent sans trêve
Des pans de vie entiers reclus dans le métal !

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THIÉRRY CABOT

La blessure des mots, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Nez à nez

Imagiaire vergnerNez à nez
Avec la simple
Et dure
Idée
De sanglier.
La glaise
Est fort lisse.
La trace
Est bien formée,
Toute fraîche.
Les feuilles
Sont rares et rêches.
Oh… oh…
Ma confiance part en éclisse.
Ma sérénité
S’échiffe
En capilotade.
Le concept, la simple notion de sanglier,
Cela me fait battre la chamade.
Cela me porte un choc subit et me lacère d’inquiétude,
Me fait sentir l’onctueuse densité de cette vaste solitude.
Je tremble à l’éventualité
De me retrouver
Hure dentue à nez
Avec la monstruosité
Que cette piste ne manque pas de m’annoncer.
Je me mets à me dégoiser une atavique laie,
Conjoncturant, et églogant,
En tremblotant, que je souhaite,
Tant de cœur que de tête,
Que ce ne soit pas une puissante laie
Qui cherche ses marcassins
Et ourdit de noirs desseins
Envers les hagards promeneurs
Que la sylve à probabilistement condamnés
À la rencontrer
Nez à nez.
L’idée que me charge
Cette entité terrible des solitudes, de la marge,
Me flanque des vapeurs toxiques, telluriques.
Immémoriales, mythologiques.
Quand je pense que les chasseurs
Des vieux temps romans
Auraient jubilé, voraces,
En découvrant cette trace,
Je me dis que moi et mon historique passé
Justement, oh justement, on ne vit pas
Nez à nez.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.