Un petit Pactole

Imagiaire eaux-pierresDans un gros abri de roche
Formant dôme
Que les provençaux appellent
Une baume,
Anthropos a érigé
Une petite chapelle.
C’est bien qu’il entendait
Un appel,
Qu’il entendait boire
Une vive parole:
Celle d’un petit Pactole.

Quelque part, par là, dessous-derrière,
Y a une source,
Alors tu comprends, ce fut la vive course.
C’est qu’Anthropos a grand soif. Il te l’a pas dit,
Trop occupé qu’il était à faire de l’esprit.
Tout ça pour dire que c’est pas des fariboles,
Un petit Pactole.

Évidemment, ça soulève une question philosophique
Que maints calotins trouveront fort antipathique.
Tenir l’eau, c’est bien tenir ceux qu’elle désaltère.
Et ils y auraient pas pensé, les petits pères?
Bifteck d’abord, morale après, disait Bertolt
Brecht. Il l’avait, lui, le sens du petit Pactole…

Déjà on savait que les lieux de cultes s’empilent
qu’ils se stratifient, se syncrétisent, au fil
De l’Histoire et que leurs traces se disent, s’indiquent
En des sites chrétiens, puis, celtes, puis paléolithiques.
Tout un feuilleté de pierres, la mystique corolle.
Un petit Pactole.

Mais là, dans une micro-chapelle au fond d’une baume,
Venez pieusement humer du petit Pactole l’arôme
Et voir scintiller cristallinement le prisme
De la confirmation discrète de tous nos matérialismes.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Contrepoint

imagiaire pimprenellesMademoiselle Marguerite Tachette,
En cachette,
Fait du contrepoint,
Le museau en coin.
Le tarin en berne,
Marguerite Tachette alterne
La broute et la coupe.
Sa langue est une faux.
Et ça, il le faut
Pour que le contrepoint
Alterne sans pépin.

Mademoiselle Marguerite Tachette
C’est une vieille amie.
Ça fait un bail de belle lurette
Qu’on partage nos vies.
Et, de loin en loin,
C’est là un autre contrepoint
Que sa petite sagesse
De bovine bougresse
Transmet en mon être
En loucedé, en traître.
Donc, premier contrepoint:
Le mufle dans l’herbe, serein
Répond à la langue en faux.
Second contrepoint, tout beau,

Mademoiselle Marguerite Tachette
Devant moi, âme simplette.
Troisième contrepoint, en prime,
Effet de mise en abîme:
Le premier contrepoint brouteur
Et le second, celui des âmes sœurs
Font un contrepoint ensemble.
C’est harmonieux, il me semble.
Et c’est hautement symbolique
Autant que fort sympathique. Tout bon.
Et Marguerite Tachette ne dit pas non.

Et vive ta vitalité vive.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Demain n’a pas de fin

Imagiaire vergnerC’est un foulque ou une poule d’eau?
Pas clair,
Même pour un pro des oiseaux.
C’est une poule d’eau ou un foulque?
Sais pas et vais certainement pas
Battre ma coulpe
Pour autant.
Demain n’a pas de fin
Comme il ne vient jamais.
Le découpage le cernant
N’est pas dessiné,
Pas fait.
Tant et tant que les catégories
Ben moi, voilà, je m’en méfie
Et, conséquemment, en médis…

C’est un gentil ou un mignon?
Pas clair, même pour un barjo du trognon.
C’est une fille ou un garçon?
Sais pas et vais certainement pas
Me lancer dans des grandes vérifications
Pour autant.
Demain n’a pas de fin
Comme il ne vient jamais.
Le découpage le cernant n’est pas dessiné, pas fait.
Tant et tant que les catégories
Ben moi, voilà, je m’en méfie
Et, conséquemment, en médis…

C’est un paradoxe ou une aporie?
Pas clair, même pour Sophistique Sophie.
C’est une aporie ou un paradoxe,
Un débat logique ou un match de boxe?

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Gouines coquines de ce monde

Gouines coquinesGouines coquines
De ce vaste monde,
Filles folles à lier,
Cassons tous les rameaux
Du jardin des oliviers…
Cerné…

Gouines coquines
De ce vaste monde,
Filles onduleuses,
Déchirons les pages des tomes
De la pensée trompeuse…
Honteuse…

Gouines coquines
De ce vaste monde,
Filles délirantes,
Pissons la séant,
Notre cyprine fascinante…
Bruissante…

Gouines coquines
De ce vaste monde,
Femmes sympathiques,
Prenons là au corps
La subtile solution saphique…
Impudique…

Gouines coquines
De ce vaste monde,
Filles obsédées,
Décroisons nos jambes,
Sans crainte de se mouiller…
De se donner…

Gouines coquines
De ce vaste monde,
Filles éternelles,
Écartons nos roses lèvres
Et déployons nos ailes…
Putain de bordel…

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CORINNE LeVAYER

Gouines coquines de ce monde, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Déréliction

La souffrance a drapé de langes à remords,
Mon cœur, navire astreint, sur des houles profanes,
Et d’ample Calenture à mes yeux diaphanes,
Étoile vaguement de hideux croquemorts.

Je suis de ceux pour qui l’existence en lambeaux,
N’est qu’un solaire écueil où se ruent des carènes,
Et de ses larmes d’or aux nocturnes migraines,
S’harmonise à mon front la fraîcheur des tombeaux.

Par le deuil inhérent de mon âme pierreuse,
Profère au vierge azur la Sirène écureuse,
À la bile malsaine arquant des caracos ;

Et je meurs sous le fouet des dryades anciennes,
En de moite relent d’amours musiciennes,
Qu’une Cloche à sons morts vient redire en échos !

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

Araignée du soir, guitare

cover_laurendeau_helicoidalUn ignare hilare
Portant une guitare
À l’arrêt de bus,
Se tient,
Un peu hagard.
Pas de caisson pour la guitare.
Notre hagard ignare hilare
La tient par le col,
Toute nue
Sous les regards.
Vous allez me croire
Si vous allez me croire.
Devant mon ignare hilare hagard
Portant sa guitare
Se stationne l’ultime char routard,
Tout feu, tous flammes, tout phares
Dont le conducteur, un bulgare,
Araignée du soir, espoir,
Mate la guitare.
Le routard bulgare
Demande au hagard ignare:
Où, vas-tu si tard
Et si hilare?
Oh, tu vas me croire
Si tu vas me croire
Mais je vais à la gare…
Tu irais pas par hasard?
C’est qu’on est le soir
Et que je suis vachement en retard
Pour choper mon sporadique tortillard.
Dare-dare,
Tonne le routard bulgare.
Monte, monte, guitaresque zigomar.
Pêle-mêle et sans égard
Ignare hagard hilare et guitare
S’empilent dans le char routard
Du samaritain bulgare
Qui démarre.
Direction la gare.
Araignée du soir, guitare.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Hommage à Picasso

Assemblages-integrationPenser Picasso,
C’est penser pinceau.
C’est vouloir foutoir.
C’est trouver le beau
Dans l’asymétrie
Des gourganes,
Dans l’ivresse
Des danseurs de sardanes
Et dans le quelque chose
D’une clef de sol
Tronconnée, clefdefaïsée,
D’où pendouille
Une tulipe en vitriol
Inversée.
Tulipe inversée?
Cubisme d’antipodes,
Bijou de gros dindon
Aplati.
En outre…
Un œil écarquillé
Qui te regarde bien en face
De profil,
C’est signé:
Voici le dindon d’Avignon.
D’Avignon Coq d’Inde,
Pique-assiette aseptisé
Qui te picore bien en poche.
C’est un caillou, c’est une roche,
Un gonfalon, un flambeau,
Une harmonie qui s’approche.
C’est un tambour qui tend sa peau
En hommage à Picasso.

 

LAUBER

Assemblages et intégration, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.