L’hélicoïdal inversé

cover_laurendeau_helicoidalHélicoïdal inversé
Sur plafond immaculé,
Lisse et dense comme du lait.
Plafond devenu plancher désormais
Car l’hélicoïdal est inversé
Et la perspective est,
De ce fait, altérée,
Sur lui et sur sa petite chaînette
Providentielle
Qui se dresse toute droite,
Pointant vers le ciel.

N’était au départ
Qu’un vague ventilateur plafonnier.
Est désormais
Un ardent hélicoïdal défonctionnalisé,
Vu que le tableau a été inversé.
On ne peut plus que le regarder.
Il ne peut plus que nous relativiser.
Il ne peut plus nous rafraîchir
Quand la canicule vient s’avachir
Dans nos bourrelets sur-humectés.
L’hélicoïdal n’en a rien à cirer.

Il est inversé, irisé
Et il est polychromatique.
Pour l’œil,
C’est merci.
Pour l’épiderme,
C’est bernique.
Pour lui,
Tourner en bourrique,
C’est fini.
Autre chose :
Ce sont nos perceptions
Qui sont ici en cause,
Exactement
Comme quand
On renonce à la prose…

Il s’agit, en fait,
De se laisser décatir,
Transgresser et subvertir
Par les pales hyper-altérées
De l’hélicoïdal inversé.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Fernande

AssemblagesFernande, autrefois, m’a fait cadeau
D’une banjoïste.
Elle est barjo.
Elle est pas triste.
Elle tire une trogne ahurie.
C’est à cause de la mélodie
Qu’elle gratte sur sa casserole soliste.
Elle est barjo, elle est pas triste.
Et le public en redemande.
Simplement, justement, Fernande
Ça lui met les nerfs à vif, le crincrin.
Ça lui fait hérisser le crin.
Alors elle pose la banjoïste sur une jolie chaise
Et m’en fait cadeau, balèze!
La générosité
De Fernande est intéressée.
Mais moi, cette banjoïste, j’aime son regard.
Je le trouve inspiré, planant, hagard
Sous son galure d’Alice Guimond.
Alors, Fernande, merci, c’est bon.
Je salue ton inspiration.
Cette banjoïste me rappellera nos transes,
Elle deviendra une instance,
Une référence.
Et la banjoïste, réconfortée,
Cessera de ressasser des airs connus.
Elle se mettra à composer. Elle aura un but.
Ce qui compte surtout, c’est que, dans l’harmonie,
On ajuste nos mélodies
Puis qu’on s’entende,
Hein, Fernande.

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PAUL LAURENDEAU  (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Frisson magique

Blessure des motsIl eût suffi d’une épaule éclatante
Sous la chair tiède et soyeuse du jour,
D’un sanglot d’âme irradiant d’amour,
Venu combler mon infinie attente.

De longs soupirs, ô douce, ô pure entente !
Auraient soufflé maint aveu presque sourd,
Languissamment, comme un fleuve qui sourd
Avec une onde à la voix chuchotante.

Moment si vaste et si délicieux !
J’aurais longtemps, captivé par tes yeux,
Senti mes doigts aussi grands que des ailes ;

Et je me serais tu… fou, consumé,
Le cœur tout chaud d’exhalaisons nouvelles,
Près de ta lèvre au parfum tant aimé.

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THIÉRRY CABOT

La blessure des mots, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

2017, Louise

Même si les années ont passé
Bien des choses nous sont restées
Et n’ont pas perdu leur emprise
Louise.

Comme les refrains de nos chansons
Nos problèmes et nos solutions
Nos ignorances, nos expertises
Louise

Et le flot de nos souvenirs
Tous ces torrents, tous ces soupirs
Qui se murmurent, se crient, se disent
Louise

Nos ustensiles et nos bibelots
Nos chats, nos tableaux, nos vieux mots
Nos collèges, nos rues, nos églises
Louise

Tout ça se chante puis tombe à plat
Peu importe. On est encore là
Et tant pis pour nos tempes grises
Louise

Et aujourd’hui, parce que tu le veux
Le dix-neuf suivra le vingt-deux
Et tout se passera à ta guise
Louise

 

PAUL LAURENDEAU

Poème inédit

Les amours sous les arbres

MAIS_monette(À maman)

Les amours sous les arbres
Sont comme des fleurs
Et quand on vient les cueillir
Posées au creux de nos mains
C’est pour les voir mourir
Étouffées de milles soins

 

 

RICHARD MONETTE

, MAIS…, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Le Lutin Rouge

Gouines coquinesLe Lutin Rouge,
C’est une boite de nuit lesbienne.
N’y sont admises
Que ces louves et ces chiennes
Du monde entier qui,
De passage en ville,
Veulent se trémousser entre elles,
Pénardes, tranquilles.

L’endroit se nomme le Lutin Rouge
En référence
À la Légende de Perclus
Où les lutins de la danse
Quand ils étaient vêtus de rouge
Étaient alors des filles
Planquées, féroces, dentues,
avec les yeux qui brillent.

Le Lutin Rouge est chamarré de rudes peintures rupestres
Comme une caverne. Tout les soir y joue un petit orchestre.
The Swinging Dykes est son nom. Cinq fieffées salopes.
Cinq folles jazzy, hirsutes, y tourmentent le Be-Bop.

Le Lutin Rouge admet autant des bivalentes mondaines
Que des garçonnes de bouge. C’est la galaxie lesbienne.
Les hommes n’y entrent pas, strictement interdit.
Les ghettos ont leurs lois.
C’est ça.
Et tout est dit.

Société des Nations du tout urbain lesbien.
Ces dames viennent de partout pour s’y toucher les mains,
Se lancer des œillades, se frôler discrètement.
Et pas mal plus aussi… Il y a un hôtel attenant.

Le Lutin Rouge, c’est donc le carrefour concentrique
De l’Internationale de la Fureur Saphique.
Y convergent, tous les soirs, en d’intenses instants
Toutes ces Gouines Coquines dont je vous cause séant…

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CORINNE LeVAYER

Gouines coquines de ce monde, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

L’œuf s’offre aux folles et trompe

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« Chérie je te quitte, je pars avec la pou-belle. » Un bon mari doit savoir, le lundi venu, aller au travail en faisant bien sursauter sa chère et tendre. Une bonne épouse doit alors gicler de la salle de bains et s’avancer en peignoir dans le couloir avec, au bout de ses yeux flamboyants, une seule question : « Tu pars avec qui ? » Et ça marche aussi en sens inverse : « Chéri je te quitte, je pars avec la poubelle. » Si le gars ne se coupe pas en se rasant… « Elle est jolie, au moins ? » demandera-t-il tout en galopant pour ne rien rater du spectacle. Bien des gouttes d’eau finiront sur le parquet, et la serviette de Mon-sieur tombera de ses hanches, révélant un désolant paquet frippé, vision fort indiquée pour commencer la semaine avec une bonne envie de tout transformer en hachis Parmentier.

Prenez les œufs, par exemple. Il y a toujours cette espèce de bulle au sommet lors-qu’on les fait durcir. On croit bien faire en débutant leur écaillage par ce côté-là et tout ce qu’on y gagne, c’est un douloureux éclat de coquille sous l’ongle du pouce. C’est pourquoi le Pentateuque ordonne de tout faire en omelette. La chasse au fragment rebelle tombé dans le bol visqueux vous aura des allures d’aventures dans les mers du sud, de combat homérique contre un calamar géant. En outre, du reste, et même en plus n’oublions pas, ainsi ne jetterez-vous que de grandes coquilles encore enveloppées d’un peu d’albumine, ce qui est très bon pour le teint de la pou-belle, amen. Et comme cela votre conjoint pourra vous tromper avec icelle tout en ayant le corrodant sentiment d’être un zéro. Elle est pas belle, la vie?

ALLAN ERWAN BERGER

Poème à retrouver en recueil en suivant ce lien