Les arguments de notre contrebassiste

Gouines coquinesOn va vous envoyer
Notre contrebassiste.
C’est une grande gigue
Aux cheveux fauves,
Articulée, casuiste.
Les arguties anti-lesbiennes,
Elle en a fait la liste.
Et elle les ratiboise.
Je vous le dis,
C’est pas triste.

Si vous êtes un homme
Et que vous vous sentez rejeté
Par les gouines.
Elle vous propose de vous inspirer.
D’elles, de nous,
En faisant mumuse
Avec un autre porte-bite.
Réponse de la bergère au berger:
Vas-y, Roger, imite, imite!

Si vous êtes une femme et que, bon, ça vous angoisse
Qu’une autre femme vous drague,
Eh ben, notre contrebasse
Vous dira simplement, Narcisse, de te fermer les yeux
Et de t’imaginer que c’est ta propre main
Qui te joue dans les cheveux.

Si vous êtes un couple hétéro
Qui peste contre notre droit au mariage,
Encyclopédique, elle vous montrera un beau livre d’images.
Entre autres, on y voit une panthère mariant un pissenlit.
Je vous dis pas la scène d’action quand ils se mettent au lit.

Fondamentalement, notre contrebasse argumente
De la même façon pour les sincères
Ou pour ceux/celles qui mentent.
Elle explique qu’elle est gouine et pas d’humeur à se justifier
Et que si vous la cherchez, ben vous allez la trouver.

C’est pour ça que nous autres,
On adore laisser répondre Corinne
Aux objecteurs/objectrices, parce que notre copine
Contrebassiste n’a pas froid à ses superbes mirettes.
Les enquiquineurs/quiquineuses, oh, elle les passe
À la moulinette.

Et c’est souvent
Tellement fin et brillant
Pour ne pas dire pissant et hurlant
De l’observer, sans la moindre panique,
Vous tourner tous/toutes en bourrique
Que nous, ses concitoyennes
Lesbiennes
Et la galerie, on en redemande.
À bon entendeur/tendeuse d’entendre
Et de comprendre.

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CORINNE LeVAYER

Gouines coquines de ce monde, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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L’étrangère qu’a mué

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Voici un gendarme en sa forme juvénile, reconnaissable aux petites ailes toutes noires pas plus grosses que des omoplates, et aux trois points foncés alignés sur le dos de l’abdomen. Cette petite bête est née en mai au pied d’un vieux chêne. Elle part rejoindre sa famille, qui est allée en inspection sur des branches voisines. Elle n’a pas peur. L’immensité de ce tronc d’arbre la laisse in-différente. Elle suit hardiment le sentier ol-factif laissé par la fratrie, petite tache rouge collée à la falaise.

En fait, autre chose la préoccupe : une de ses sœurs a mué. Elle est devenue énorme. Pire : elle est sans taches. Elle est toute orangée, même sa tête, même ses pieds, ses antennes, ses coudes, ses anneaux, tout !

Ça ressemble à quoi tout ça ?
À du caca.
C’est-y t’une robe, ça,
Pour un soldat?
Punaise!

Dès qu’elle fit sa mue,
J’la r’connus plus.
Au début j’ai mêm’cru
Qu’était tout’nue.
Punaise!

Dans les replis heureux
De not’ si belle écorce,
Nous jouions à des jeux
Qui nous donnaient d’la force.

Nous étions insoucieux
Du monde et d’ses amorces;
Pas un seul jour, ô dieux,
L’sentiment d’un divorce.

Quelle mue inopportune,
Quelle infortune.
Y’a là comme un’lacune
Qu’est pas commune.
Punaise!

Moi je me dis, mon fieu,
Y’a pas d’bon Dieu.
Un rouge aussi crémeux,
Ça piqu’les yeux.
Punaise!

Mais par la fière gaîté
De ma tendre jeunesse,
Faut plus qu’j’me laisse aller
À suivre ma tristesse.
Si je n’veux pas tomber,
Il faut qu’je décompresse.
Si j’persiste à râler,
Tant pis pour mes p’tites fesses.

Dehors, sale importune,
Fichue rancune!
Faut plus qu’chois dans la Lune
Car moi j’suis une
Punaise !

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ALLAN ERWAN BERGER

Poème à retrouver en recueil en suivant ce lien

Tristesse d’automne

Loin du sanglot givré parmi les noirs raisins,
D’où se pâme l’amont subreptice des glèbes,
L’ascétique trépas venant sourdre aux Érèbes,
S’attise au roide écueil des monts norvégiens.

Tels des songes d’airain plâtrés d’un sinapisme,
En fauves courtisans des intimes rancœurs,
Nos chimères fleurant les saints grandiloqueurs,
Entonnent le répons de leur vierge altruisme.

Tu te plais à nous voir débauchés, convulsifs,
Bavant la foi suprême avec des yeux pensifs,
En un rythme assourdi d’éphèbe réprouvé.

Perfides et badins, ô lutteuses gabarres,
Plein d’un âge véreux par l’ornière couvé,
Notre ennui ceint la plèbe en des gorges barbares!

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

L’immonde action

Perle-MonettePuisque le temps a l’allure
blessée d’un cerf-volant
mordu d’ondes
et affolé en débordements voilés
il n’y a pas d’eau coupable
ni de vent innocent
dans l’indomptable
destruction de l’instant
alors que ses gestes fous
déferlent mouillés
le papillon paniqué s
e noie froissable
interminablement

 

RICHARD MONETTE

Perle-mêle (lettre tant), ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Alaska

Imagiaire eaux-pierresAlaska,
C’est un petit chat.
Voit, il furète à la ronde,
Investigue le vaste monde.

Alaska
Monte sur les toits,
Sur les puissants toits de pierres
Des maisons du Sauveterre.

Alaska
Ne raterais pas ça,
Trouver de nouvelles ficelles
Pour se rapprocher du vaste ciel.

Alaska,
Pour accomplir ça,
Il se fait archéologue.
Et moi j’en fais une églogue.

Alaska
Ne m’en voudra pas
Si l’inspiration me pousse
À l’évoquer, sa frimousse.

Alaska,
Dans ces vieux pays,
Il porte le nom d’une contrée vierge
Cela me suscite de la gamberge.

Alaska,
C’est un petit chat.
Voit, il a les yeux si tristes
Aurait–il perdu la piste?

Non, non, non, car Alaska
S’y retrouvera, va,
Sur les puissants toits de pierres
Des maisons du Sauveterre.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Tectonique des mythes

imagiaire pimprenellesEn ma tectonique
Des mythes,
Ils sont dans le coup,
Les romains.
La langue que je parle vient
De la leur.
La connexion n’est pas fortuite.
Ils moulent la forme
De mon visage
Et façonnent
Mes paysages,
Même les illusions
De leurs lois
Se sont écoulées
Jusqu’à moi.
Bon, on va pas se mettre à tirer des briques
Sur la notion de république.
Non, elle n’est pas anodine, la connexion.
Et les souvenirs romains sont… légions
Et les souvenirs romains sont rivière
Qui coule, depuis deux millénaires,
Sur mes racines et mon limon d’étymons,
Sur mes charpies de législations,
Sur les raisins de toutes mes colères
Populaires.
Oh, le raccord n’est pas non plus automatique.
Il est souterrain, tectonique.
Mais je pense souvent aux romains.
Je me dis qu’ils étaient des petits malins
Et des esprits organisés.
Il le faut pour tant déterminer
Et tant tellement se perpétuer.
Et coule, juste ici, le torrent sous le souvenir d’un pont
Entre toi et moi et Virgile et Cicéron.
C’est elle la plus grande, c’est elle la plus petite,
Ma tectonique des mythes.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Deux mâles en pluie

Imagiaire vergnerDeux mâles en pluie
Ont pissé du vert par ici,
En devisant, sirupeux
De berges et de cloaques aqueux.

Deux mâles en torrent
Ont noué des nattes de vent
En esbroufant les cheveux
De taillis braillards, vils et peureux.

Deux mâles furax,
Certainement pas Castor et Ajax,
Ont uriné cette rivière.
Cadors, ils n’en sont pas peu fiers.

Deux couillus de parole,
Certainement pas Achille et Pactole,
Ont fourgué leurs richesses dans le coin.
Pour l’Eldorado, c’est dix mille milles plus loin.

Deux mectons de circonstance
Se sont avancés en beuglant des stances.
Et la rivière s’en est trouvée striée,
L’amont et l’aval nettement épinglés.

Deux amples types complètement perdus,
Indubitablement pas Pollux et Perclus,
Ont chuinté ce ruisselet.
Modestes qu’ils sont, un plat, il n’en ont pas fait.

Deux mâles en pluie
Ont versé de l’eau par ici.
Ils ont agit comme des malades,
En se prenant pour Oreste et Panade,
Tout en assurant le cruel et mythique gestus
Du Glandouilleur et de l’Aquarius.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.