Constellation

imagiaire pimprenellesConstellation de brindilles.
Ardeur de nos camomilles.
Absence intégrale de frisson
Dans l’œil du lagon.

Quand on fait un vœu,
sous une étoile,
On a un problème mental.
Il y a personne de normal
Qui fait des vœux sous les étoiles.

Et quand une pincée de brins d’herbe
Semble descendre du ciel,
Je crie au pépin visuel
D’un ton acerbe.

Brindilles en constellation.
Froideur de nos collations.
Absence intégrale de peur
Devant la lacustre liqueur.

Quand on voit une image inversée,
On a un problème de conformité
Visuelle. Et de ratiociner
Vite, vite, une description ajustée.

Inversion de nos brindilles.
Cubes de glace de camomille.
Brindille en constellation.
Ils m’ont chipé ma collation.

Quand on fait un vœu, sous une étoile,
Quand on voit une image inversée,
Volitions et détermination
S’intervertissent. Banal.

Se subvertissent. Hé, hé, ouais…
Constellation de brindilles.
Brindilles en constellation.
Les étoiles brillent comme des lagons. Tout bon…

.

PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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Silencieux

Imagiaire vergnerSilencieux,
Riverain,
Il s’écoule,
Mon chagrin.

Silencieuse,
Riveraine
Ma langueur
File sur l’onde.

Sans un bruit,
Les branchages
Enchevêtrent
Mes parages.

Dans un souffle,
La rivière
Porte l’amont
Vers naguère.

Souveraine,
Ma langueur
File sur l’onde
Silencieuse.

Il s’écoule
Riverain
Mon chagrin
Silencieux.

Et ma froide rage,
M’est branchage
Et mes pleurs colères
Me sont rivière.

Silencieux,
Je fulmine.
Morne rive, grise mine
Silencieuse…

.

PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Quand une nymphe aime une fée

Gouines coquinesQuand une nymphe
Aime une fée,
L’eau et l’air
S’en trouvent unifiées.
La nymphe apporte
Le chuintement liquide.
La fée fournit
Mille brises limpides.

C’est que la nymphe
Est fluide, aquatique.
Elle déverse
Les passions torrentielles.
C’est que la fée
Est diaphane, fantomatique.
Elle s’établit
En un rayon de lumière irréelle.

Si la fée hante et tient les espaces
Elle est fofolle, évaporée, légère d’esprit.
Si la nymphe tonne en coulant
Sous les rocs et les glaces
C’est que son flot tranquille
Ne se connaît pas d’ennemies.

La nymphe immergera le monde
La fée le fera s’élever.
C’est leur fusion qui va parachever
De l’amour lesbien, la frivole faconde.

La nymphe baise la fée brutalement
Et gorge de pluie livide les replis secrets du vent.
En faisant doucement l’amour à la nymphe, la fée
Invente langoureusement les gouttes de rosée.

Quand une nymphe aime une fée,
Il en jaillit toute une symbolique
Que j’entends céans sciemment explorer
Dans ma poussée d’ardeur hyperbolique.

Quand une fée aime une nymphe
Et lui enserre étroitement le buste,
Notre vie devient subitement plus simple.
C’est que le feuilleté des légendes s’ajuste…

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CORINNE LeVAYER

Gouines coquines de ce monde, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Tes yeux sur ma peau [REPRISE]

Perle-MonetteIl était une fois des feux
des feux qui étaient fabuleux
des feux allumés dans la peau
à envoûter comme des démons fous
des feux de braises dans la peau
ma peau sublimée sous tes yeux
tes yeux qui étaient fabuleux

D’autrefois je revois tes yeux
tes yeux qui sont magiques
tes yeux à voir sous les peaux
à déshabiller les âmes de leur sort
tes yeux doux à une vieille peau
ma peau de vache vêtue de briques
sans tes yeux qui sont magiques

En cette nuit près du sapin
qu’embaume de bonheur
un parfum de forêt et de lutins
où les petites lumières de couleur
s’invitent au gradin des odeurs
car les amants se voient se voient
et se voient encore pour la première fois
alors ces corps ont encore un intérieur

Sous les peaux ensorcelées par nos jeux
des jeux qui jouxtaient moelleux
des jeux à nommer toutes nos peaux
surfaces comme des endroits fous
où tes yeux de délinquante âme à peau
enserrent mes peaux en étau de frissonneux
mes peaux ensorcelées par tes jeux

En cette nuit près du sapin
qu’embaume de bonheur
un parfum de forêt et de lutins
où de petites lumières de couleur
s’invitent au gradin des odeurs
car les amants se voient et se voient
et se voient encore pour la première fois
alors ces corps ont encore un intérieur

Ma peau enchantée en bottes de sept lieues
ces lieux qui sont magnifiques
tes lieux à migrer hors la peau
à inventer le rire rauque des avalés
tes lieux où nos cœurs à fleur de peau
nos peaux friables à fièvre tellurique
petites peaux enchantées par ces lieues

En cette nuit près du sapin
qu’embaume de bonheur
un parfum de forêt et de lutins
où de petites lumières de couleur
s’invitent au gradin des odeurs
car les amants se voient et se voient
et se voient encore pour la première fois
alors ces corps ont encore un intérieur

Quelques fois je recevrai tes yeux
tes yeux qui seront merveilleux
tes yeux iront tomber sur ma peau
à surfer comme des doigts jaloux
tes yeux à liquéfier ma peau
ma peau d’oripeaux de vieux
et tes yeux me feront merveilleux

En cette nuit près du sapin
qu’embaume de bonheur
un parfum de forêt et de lutins
où de petites lumières de couleur
s’invitent au gradin des odeurs
car les amants se voient et se voient
et se voient encore pour la première fois
et nos corps ont encore leurs intérieurs

 

RICHARD MONETTE

Perle-mêle (lettre tant), ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Évocation

De l’ivoire ondoyant sur le ciel effloré,
S’étalent fièrement de mauves Astéropes,
Et l’ombre aux plis épars des stériles hysopes,
Attriste au Cèdre blond ton archange éploré.

Je vois dans ton œil noir de ténèbres chloré,
Les topazes cerclant de marines estropes,
Et l’Olympe aux rougeurs du baiser des Eutropes,
Sourdre au délire exquis par ta lèvre imploré.

Hélas, au marbre occis ta soyeuse crinière,
Glisse amoureusement pour épouser l’ornière,
Où gît l’airain sacré des funèbres élans !

Et ta griffe effroyable à l’aurore bénite,
Rôde et scande en mon cœur ces lambeaux insolents,
Pleurant tels les grands monts de neige sélénite.

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

Poésie de la concrétude

cover_laurendeau_helicoidal(en guise de manifeste)

Oh, la poésie de la concrétude,
Elle a connu son lot de turpitudes.
On a prétendu la libérer
De la signification,
Et des gambergettes,
Et des cogitations.

On a donc cherché
Un pur retour au son,
Au son libre et fou
S’affranchissant pour de bon.
Arga Ronromule en taralu tipor Tzara ramo…
Vous voyez le topo?
Sauf qu’en optant pour ça,
On quitte la poésie
Pour le domaine musical,
Toc, toc, toc.
Or on ne s’improvise pas Bartok.

On a donc cherché
Un vrai retour aux petites lettres.
On les voulait tangibles,
Libres du sens, charnues, concrètes.
Oulipo l’a tordu l’ABC biscornu…
Avez-vous vu? Une ligne sans E!
Sauf qu’en optant pour ça,
On quitte la poésie
Pour zazazou
Le domaine pictural.
Or on ne s’improvise pas Chagall.

Poésie-son, chant,
Crise verbale de l’harmonie.
Poésie-lettres,
Gravure, litho, calligraphie.
Je n’ai rien contre ça.
C’est parfaitement licite.
Sauf que perso j’y vois un petit peu
Une manière de salut dans la fuite.
Comme si la concrétude ès poéticité
Ne parvenait à s’appréhender
Que du fait de s’esquiver,
De dériver
Vers musique ou peinture.
Je trouve ça, pour tout dire,
Un petit peu dur dur…

Lors moi, j’ai décidé
De pas écouter ces maîtres.
Et de simplement m’installer
Dans un autre paramètre.
À chacun sa façon de se disséquer le cortex
Et, comme je suis pas le genre
À me faire des complexes,
J’annonce sans souci
Que le langage signifie,
Qu’il se réfère aussi, si, si, si,
À un monde dense et gorgé,
Et qui N’EST PAS lui,
Que signifier et référer,
C’est un trait qui lui est intrinsèque
Et que vouloir fuir ça, c’est trop moche,
C’est trop cendreux, trop sec.

Mon rendez-vous à moi avec la concrétude
C’est donc d’évoquer, de décrire, de narrer la multitude
De ces faits biscornusiers que la signification touche.
Cette réalité référable bombine comme une mouche
Sur la vitre de tous nos sens. Et j’entends en parler
Comme on la filmerait, sans craindre, sans dévier.

C’est pas dans ma texture mais bien dans ce que je dis
Que vous percuterez la concrétude de ma poésie.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Évaluation

Blessure des motsLe cœur en berne entre les lignes,
J’ai morfondu sur un cahier,
Souffert tant de notes indignes
Que mes rêves en ont saigné.

Et de l’école à demi morte
Au collège qui, véhément,
Poussait l’inédit vers la porte,
J’ai trouvé laid tout classement.

Dieu ! j’étais si mal dans mon rôle !
J’ouvrais des yeux anéantis.
Cruel, chaque nouveau contrôle
Guillotinait mes appétits.

L’angoisse collée à la table,
J’aurais voulu fuir les humains
Quand plus tendre qu’un bois friable,
Le savoir me filait des mains.

De loin, le fort blessait le cancre
Avec des sourires mauvais ;
L’ennui versait mille flots d’encre
Pour de chimériques brevets ;

Et nos maîtres sans gloire aucune
Dosant leurs précieux flacons,
Avaient tous fait cause commune
Devant mes travaux inféconds…

Hélas ! combien j’aimais apprendre !
Je vibrais aux chefs-d’œuvre lus
Mais là, comme réduits en cendre,
Les livres ne me parlaient plus.

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THIÉRRY CABOT

La blessure des mots, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.