Vers l’Éden

Imagiaire vergnerVoici donc que Limace
Rampe sur sa bedaine.
Sans bretter, sans faillir,
Elle s’en va vers l’Éden.
Elle se barre dare-dare
Là-bas, au paradis
Car elle en en sa dose
De l’ici-bas d’ici.
Elle en a plein le dos
De ces enquiquineurs,
Ces pinailleurs
Et ces prédateurs.
Elle veut plus bosser.
Ça vaut plus la peine.
Elle n’aspire qu’à se débiner
Et à se diriger, ipso facto, vers l’Éden.
Simplement, pas folle, Limace, pas folle,
Elle devine bien que, sans boussole
Et surtout sans un sens éduqué de l’abstraction,
L’Éden, c’est pas la plus évidentes des destinations.
C’est pourquoi elle se donne une approche sereine,
Instantanéiste et débonnaire, zen, de l’enjeu Éden.
Après tout, les Sagas, les Baratins, les Gestes
Disent bien de l’Éden qu’il est que le paradis terrestre.
Or le terrestre, l’amie Limace, ça la connaît.
Elle s’y étampe, y rampe, depuis que ce qui est est.
Tant et tant que ces hauts enjeux, procédant de l’atavique,
Limace se charge de leur trouver réponse prosaïque,
Et avance l’imparable réplique d’une limpide logique:
L’Éden est tout partout, et vlan. Dites-le à la ronde.
Et, poupons, de Limace, assumez le Système des Mondes.
Et, potaches, de Limace, embrassez la philosophie.
Car si ce qui est est, ce qui est dit est dit.
Limace est un modèle, corps et âmes âme et corps.
Elle est l’Allégorie. Elle est la Métaphore.
Redisons-le tout haut, chantons-le oh, bien fort:
Voici donc que Limace rampe sur sa bedaine.
Sans bretter, sans faillir, elle s’en va vers l’Éden.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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Présentation des musiciennes

Gouines coquinesLes filles, on va vous faire danser.
On le sait d’expérience
Que vous savez vous dandiner.
Mais d’abord,
Présentation du quintet
Qui bastringue, ce soir, pour vous,
Dans un accord parfait.

Élouade, la majestueuse,
C’est notre clarinette.
Elle est noire comme la nuit
Et elle est pas fluette.
Ses touches scintillent, mes belles.
C’est pas des clopinettes.
Elles sont en argent pur.
Une fortune surfaite.

Lydie, la folle du lieu, souffle dans le cornet.
Ses doigts sur les pistons ont de subtils attraits
Que ses amantes endossent quand l’ardente Lydie fait
Courir ses mains partout sur elles, les soirs de mai.

La batterie est tapochée par la garçonne Doudou.
Ses cuisses son fortes. Ses seins ne sont pas mous.
Je vous dis pas l’effet qu’auront ses rythmes fous.
Ils vont vous résonner jusque dans le fond du trou.

Je mouille littéralement en présentant le piano.
Joué séance tenante par la grande Inferno,
D’un roux de feu, lippue, portant son large chapeau.
Ne tirez pas sur elle ou je vous fais la peau.

Je suis la contrebasse et je m’appelle Corinne.
Charlie Mingus est Dieu et vous êtes des coquines.
Et, je l’avoue candidement,
Ça me fait pisser la cyprine
D’avoir l’honneur de jouer pour vous,
Satané bande de gouines.

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CORINNE LeVAYER

Gouines coquines de ce monde, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Serenata incurabile

Ma Complainte gracile aux célestes Borées,
Par le grand Soleil noir des fauves Hespérides,
Épouse à l’astre mort d’incarnates Florides,
Un intime Calvaire aux voûtes azurées.

La Rancune isolant l’or hilare aux vesprées,
Mordore à l’occident nébuleux des Astrides,
Les cristaux d’un Autel de feux épimérides,
Au fond d’un corridor de larmes éplorées !

Par le soir enlaidi de funèbres castels,
Le stellaire Abandon des faunes immortels,
Étoile de points d’or sa dive austérité.

Au ciel silencieux dont l’esprit pur s’élampe,
Écoute en cette humide et rauque éternité,
Le stérile Noyé qui dans mon cœur se trempe!

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

Miniatures montréalaises

cover_laurendeau_helicoidalBouquinistes, bouquinistes
De Berri, de Sanguinet.
Choses si gaies, choses tant tristes.
Pages toutes cornées, vieux feuillets.
Cornettistes, cornettistes,
Festivaliers trépidants,
Promeneurs opportunistes,
Pans de robes froufroutant…

Bouquinistes, bouquinistes,
Vous capturerez demain
La mémoire, en bout de piste
De ma vie d’antan urbain…
Flux livresques, arts plastiques,
Vous perdez tout sens normal.
Miniatures cataclysmiques,
Vous submergez Montréal.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Mais Dieu! Mais Dieu!…

Blessure des motsLe monde: îlot blême qu’avive
Un rien d’âme à peine debout;
Le temps: vieil ogre à la dent vive
Grignotant l’homme jusqu’au bout;
Déchu, fêlé, l’art plein d’errances,
Hélas ! toujours inaccompli;
L’amour avec ses chaudes transes,
Tombé sous la faux de l’oubli;
Et moi qui, sottement futile,
Promène ma joie inutile,
Sans daigner voir même au-delà;
Car ma tête en feu s’émerveille
D’un ange rencontré la veille.
Mais Dieu! mais Dieu! dans tout cela?

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THIÉRRY CABOT

La blessure des mots, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

In vino veritas II

Assemblages-integrationPicoler,
C’est une transcendance
Si la robe est veloutée
Et si le volume est dense.
Car du vin
On tire des vérités
Affolantes
Ou bien tempérées.
Picoler,
C’est une homéopathie.
C’est aimer
Perdre son univocité.
C’est lire l’avenir
Dans le jeu des bulles vives.
C’est vouloir vivre le monde
Au filtre d’un brouillard gai,
Doré comme des feuilles de vigne
Ou bien rouge façon pompier,
Ambré de noblesses
Noir de caresses,
Kermesse.
Picoler,
En somme
C’est aimer,
Pour tout dire.
Puis c’est éclater de rire
Se ployer, se gondoler,
Chamarrer ses heurts, ses ires
Des gouaches de ses gaités.
Ondoyantes avinées vérités.

 

LAUBER

Assemblages et intégration, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Jules, le mine oublié

MAIS_monetteJ’ai
La mine à la main basse et lasse :
Une averse inonde âme et ventre
Et traverse, fantôme qui éventre,
Le mine que maître blesse et délaisse.
Ah ! L’atroce intolérance des juges domestiques.

 

 

 

 

RICHARD MONETTE

, MAIS…, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.