Les violoneux

De la côte équivoque aux lunaires féeries,
Jusqu’au fard ennoyé des naissantes paupières,
Le sillage écumé par des nœuds d’hystéries,
D’une poutre à ses flancs ceint l’escarpe des pierres.

Au pilleur amoureux des trombes tropicales,
Des métaux inconnus et des Thyrses lactés,
S’ourle à son pied d’azur, aux trésors de ses cales,
Un mirage diffus sur les flots affectés.

Des monstres d’or marins aux grands yeux de porphyres,
S’accrochent aux cordeaux de ses vertes poulies,
Et la hune aux Soleils des faunes mélaphyres,
S’érige aux doux climats sous des cieux d’abélies !

Écumeur taciturne aux rouges Alfénides,
Caron du roulis sourd des lingots de phosphore,
La toile au cuivre fin des algues d’arachnides,
Sous la houle aux yeux blancs traque un luminophore !

Parmi les noirs filons, les étoiles perdues,
S’allument à l’entour des nubiles vigueurs,
Nos secrets moutonneux sur des conques tordues,
Au soleil outrancier des anciens remorqueurs ;

Nous dont le Rêve aux crocs des glissantes murènes,
Geignait en reflétant le cuivre sous la houle,
Ô Sonneurs d’idéaux qu’en des lueurs sélènes,
Le stigmate aux fronts morts des poissons ne refoule ;

Désespérés, mimant des fauves bleuisons,
Le rut ithyphallique aux étranges nymphées :
Aucun phare au corset des battants horizons,
Nous fera glaner l’or des célestes Riphées !

Cette flamme veillant au ciel antérieur,
Sous les clapotis gourds, furieux des homards,
Expire, abandonnée au prestige vainqueur,
D’un criard olifant d’agrestes cauchemars !

Sur les rets infernaux pleins des gaz en délire,
Amoureusement chante aux séniles tranchées,
L’Infortune amorçant des baisers de sa lyre,
L’encre du souffle astral des pieuvres éclenchées.

Lupercales riant de nos galacturies,
La mer sanglante au pouls des féroces regrets,
Nous gorge du limon des glaçantes furies,
D’un élytre perclus d’insolence et d’agrès.

Des limpides bouillons cinglant nos estomacs,
Du Kraken aux vieux fonds d’épaves dévorées,
Des stériles Öland aux nombreux achromats,
Nous regrettons l’Azur et ses vergues dorées !

Nos membres tiraillés, nos visages de glèbe,
Sous les fards d’une œillade aux putrides Jésus,
Sont déjà las de vivre et d’étreindre la Plèbe,
Et mordorer l’albâtre aux félibres cousus.

Pourquoi nous taire ? – allons parmi les braises mortes,
Fouler l’Amour aux jeux sanglants des guillotines,
Et frappons de nos poings ces graciles cloportes,
Où des drapeaux mouillés s’éventent les courtines !

Nos bouches ont lesté vos nuits acromégales,
Au solaire hydrolat des fièvres abolies,
Et saigné noir aux flancs des vireuses mygales,
En un rythme éprouvé de glaces dépolies.

Quand l’âcre foule attend des volages empires,
Un geste au creux du dos des puissants contempteurs,
L’orchestre nasillard aux véloces vampires,
N’entend le vierge affront des saints sophistiqueurs !

Nous préférons ces flots de soie et de coton,
Où se roulent nos cœurs pleins de songes funèbres,
Que mordent les récifs aux mufles de python,
Sous des cieux embrassant nos clivantes Ténèbres !

Des paquebots ancrés aux steppes abyssales,
Et des coupeurs d’amarre aux trombes étoilées,
Quel espoir au galon des fourbes commensales,
Me rouvrira l’éther aux vagues spiralées ?

Tout s’abîme sans heurt en ma désertion,
Au navire amiral, de rythmique sanglot
D’hippocampe sans trompe en navigation,
Me drape en un grand bal de cadavre falot !

Les chagrins centuplés profèrent à mes trousses,
Leur flammèche exsudant de lyriques veillées,
Et mes poings obturés sur les plus sombres mousses,
Ne savourent l’escarre aux brumes éployées !

Déserteur au pied tors des spasmes indécents,
Issu du rein fécond des blanches théories,
Laissez-moi, je ne puis sur les flots lactescents,
Ranimer du Volcan ses charnelles scories !

Plus criard que l’autan des vineuses marées,
Que l’auguste brisant sous le fouet des écueils,
En d’informes flueurs d’orbites effarées,
J’étreins parfois l’Ennui d’implacables cercueils !

Bras en croix, au chevet des souvenirs défunts,
Loin du peuple effrayé, scandant les vierges folles,
Par un essor épris de terrestres parfums,
S’épanchent en glacis mes nitides oboles !

Des philtres érigés à nos désirs brutaux,
Par le baiser flâneur des femmes entrevues,
Se pourpre l’emphysème aux pubères étaux,
Dont les pleurs vont raillant nos gorges dépourvues.

Quand la houle emportant tous ses wagons sonores,
Ô mornes cargaisons de houilles et d’espalmes,
Échine sur la dune aux pieds des sémaphores,
Les funèbres Don Juan parqués par des cris almes,

C’est alors que rongés par d’extatiques gales,
Entrouvrant leurs yeux morts de milliards de rêves,
L’aube arquant la splendeur funéraire aux dédales,
Les scinde – ô Corps de givre, abouliques de sèves !

Nous avons observé de mauves dioptriques,
Dont les éclis d’or fin aux prières savantes,
Extirpent en fouettant les mammes de leurs triques,
L’aventureux débris des amours cascadantes ;

Par les baisers soyeux des filles d’Opéra,
La révélation des cordons naufrageurs,
Imprime aux fronts bâtés du séveux choléra,
La lumineuse Engeance aux corbeaux tapageurs !

Ô Christ éburnéen, ennuyé du ciel vide,
Sens-tu de tous mes pleurs que le désert ruisselle,
Et qu’au larmier poreux de ta prunelle avide,
Se forme une couronne à des monts d’hydrocèle ?

Non, ce n’est pas ici que le repentir même,
Répudiera l’orgueil des trompes et des foires,
Et pansera, fébrile, en ces flots d’Anathème,
La trêve accorte au sein des nocturnes déboires.

Les stériles noyés du roulis souffreteux,
Dérivent au flot d’or vers de nouveaux abîmes,
Qu’importe ? ils ne sont plus tes archers capiteux.
– Bélître suborneur aux carènes sublimes !

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

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