Les bureaucrates

Blessure des motsIls rôdent, spécieux
Le long des couloirs glauques,
Nourris de hargne molle
Et de sots règlements,
L’esprit tout emmuré
Dans de vains soliloques
Où l’État vermoulu
Vide ses excréments.

Autour d’eux, ce ne sont
Que blâmes et requêtes
Vomis sous la grammaire
Aveugle des décrets ;
Ce ne sont que doigts secs
Blêmis par les enquêtes
Et les mesquins travaux
Délirants et secrets.

Pour ceux que leur bêtise épouvantable lorgne,
Ils mâchent des courriers soigneusement pervers
Au fil desquels aboie un code étrange et borgne
A cause de trois mots alignés de travers.

L’œil torve du mépris leur tient lieu de réponse
Si quelque fou rebelle ose élever la voix,
Ou mieux, ils vont crachant une raide semonce
Fière comme un nigaud juché sur un pavois…

Bureaucrates vengeurs affamés jusqu’à mordre
Gratte-papiers goulus à l’aplomb infernal,
Ils sauront d’un oukase enflé tel un mot d’ordre,
Nous assigner un jour devant leur tribunal.

Et loup parmi les loups dans cette horrible enceinte,
L’un ou l’autre demain nous brisera le front,
Puis sur l’autel sanglant d’une loi sacro-sainte,
Ils nous dévoreront! ils nous dévoreront!

.

THIÉRRY CABOT

La blessure des mots, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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