Les Veilleurs d’orées

Quand parmi les ors froids, indulgents et sculptés
De diamants élus par la pourpre exaltés,
Mon âme, absent tombeau, de sa tour cinéraire,
Amèrement vomie au soleil littéraire,
Ondule indolemment vers le délice éclos :
– Des remords anciens, de nitides îlots,
Ceints de lourds feux brisés par la danse infidèle
Du renouveau qu’un Art obscur et trouble appelle,
Escortent, miséreux, les noirs rocs, les splendeurs,
De l’or simple au vol blanc des célestes grandeurs.
Sur les barbes de sel dont le tiède aboi cingle
En échos de cristal, quelque futile épingle,
S’étoile d’un khôl d’or, devers l’azur léger,
Ce diamant fatal où vient l’ombre nager.
– Vois : comment puis-je encor railler sa course agile,
Qu’éplore l’Orient d’une ivresse docile,
Et, par sa tresse avare aux frissons des courroux,
Pétrir du vieux lion tous les épais crins roux ?
D’un milliard de pleurs insoucieux ou vagues,
Usant leur clair amour sur le flanc pur des vagues,
La sublimation du carnage expié,
Roidit ce long chef d’or, lui-même estropié…
Est-ce vivre ou mourir selon la fable immense ?
Le cercle des mots nus tour à tour recommence,
Échauffant les flots doux de quelque sûr démon ;
(Avare ou gracieux chef-d’œuvre du limon).
Éclose la croisée où tinte un siècle vide !
Ô toujours plus égal à ma torpeur avide,
Ourlant au frais gravier sublimant nos périls,
Des carènes de plume en desseins puérils.
Ainsi qu’un vent fondu dans des soupirs de flûtes,
Buvant des rimes d’or, mobiles dans leurs chutes,
L’amère jouissance aux yeux ensevelis,
Se dissipe, entrouvrant ses unanimes plis.
Cependant, les démons qu’éveille la diane,
S’attroupent sous l’auvent ceint d’agreste liane,
Et, rêvant des exils qu’un vol ivre dissout,
Délectent les passants effluves de leur soûl.
Hélas ! À mes doigts purs que le corail ébauche,
S’effeuille un triste lys, lamant sa rive gauche…
Sur le marbre saillant que cerne un sable blond,
Mon solaire idéal aux penchants du vallon,
N’est plus qu’un lourd amas de chair confuse et molle,
Dont les noirs vermisseaux tourmentent l’Auréole
Qui, selon les strideurs profondes des clairons,
Irise au seuil battu des lointains avirons,
Ces secrets moutonnants d’où la froideur désigne
Des glaciers dont la fonte immense se résigne.

THOMAS FALLET

Poème inédit

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s