Je vois le monde d’aujourd’hui

Je vois le monde d’aujourd’hui
Comme un vaste champ de bataille
Où s’affrontent à coup de mitraille
Des hommes perdus au cœur de la nuit

Certes ils veulent changer le monde
Et à cette fin reçoivent des armes
Qu’on leur livre avec des tombes
Mouillées de sang et de larmes

Puis éclate la haine entre eux
La chamaille au sein de la fratrie
Certains tomberont sous les feux
Tandis que d’autres, comme fleurs flétries

S’éteindront tout doucement,
Des étoiles dans les yeux, soumis
Loin, si loin de ces parents
Qui leur ont donné la vie

Personne n’ira au paradis, non
Car il n’y a pas de place pour les barbares
Qui préfèrent parler avec la bouche de leurs canons
Et qui considèrent la violence comme un art

Voilà comment je vois le monde d’aujourd’hui
Un monde perdu dont il ne restera plus rien
Et sur les cendres desquelles d’autres vauriens
En construiront un autre… en vain.

 

DANIEL DUCHARME

Poème inédit

À visage découvert

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Discutant entre eux, levant bien haut leurs verres
Remplis de vin, de liqueur ou de bière
Avec le souci constant d’assurer leurs arrières

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Me saluant à peine en raison de leur rang
Même si certains d’entre eux me doivent leur carrière
Hiérarchie oblige au monde des pédants

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Lents comme tortue, agités comme lièvre
M’ignorant superbement en vidant leurs verres
Traces coulissantes aux commissures des lèvres

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Dévorant goulument des petits canapés
Comme si depuis des jours ils n’avaient rien mangé
Eux qui se nourrissent pourtant aux buffets ouverts

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Gommés des titres ronflants du vide de leur vie
Rongés par l’ambition à jamais inassouvie
Comme une bande de loups entrant dans un pré vert

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Souffrant de les envier avec au cœur la honte
De tous ceux qui se savent condamnés
Par la justice inexorable des archontes

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Eux à qui pour rien au monde je ne veux ressembler
Mais la mort dans l’âme de quand même les envier
Comme je suis médiocre! Comme ils sont vulgaires!

Je les ai vus ce soir à visage découvert
Eux que je déteste autant que je me hais
Mais en voilà assez pour l’heure je me tais
Car il est temps pour moi de quitter cet enfer.

 

DANIEL DUCHARME

Poème inédit