Bellum

La Plèbe sulfureuse, opulente et bachique,
Ceinte d’éclair vorace et de royaux serments,
Connus des noirs Bouchers du chaos synarchique,
Brandit les glaives sûrs de ses divins tourments.

Nos rêves sont brisés ! et notre amour de chique,
Le long de son mouroir va toujours s’écriant
Aux lueurs que le sang jette au ciel anarchique :
– Ô Fourche inexorable au pouls du mécréant !

De la fosse égrillarde au vacarme du cor,
Ce cortège nous a rendu, d’un faux accord,
Les émanations des splendeurs anciennes.

Car, de ces monstres craints, à demi déguisés,
Vers l’ardent clair-obscur dont les douleurs sont miennes,
S’éveille un ennemi dans chacun des baisers !

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

Au chevet du fardeau

Silhouettant encore au chevet du fardeau,
La lampe cille en vain sous mes yeux éraillés,
Et ce constat placide ainsi qu’un fin cordeau,
M’enlace dans son fiel aux morts appareillés.

De ces jours conchiés par d’illustres latences,
Comme au ladre relent des amours capiteux,
S’épanchent mes désirs de mornes subsistances,
Aux flots d’où le regret mira son teint laiteux.

Sur moi la lente mort campe en femme attendrie,
Et de l’âtre endeuillé attise bien la flamme,
Où les creux souvenirs par l’extase amoindrie,
Perlent au roulis sourd de mes soupirs sans âme.

Sur le séant du Doute aux exquises délices,
Où mes membres saillants par la maigreur touchés,
Raillent d’ample fatigue au grinçant des éclisses,
Mon être en mille maux bat ses froids évêchés.

Et que, trouvère épris de ses tentations
Dont le rêve en dentine à sa trêve insurgée,
Expire sa faim torve aux apparitions,
Grattant d’un noir stigmate un servile apogée,

Comme un éclair vaquant à l’azur en sa traîne,
Mon esprit dont le songe épouse la Sarisse,
Fuit l’ardent rétiaire amoureux de l’arène,
Et l’arrhe atermoyée au glorieux caprice.

De mes efforts liés par l’ineffable houle,
Tes sanglots sont le fard de ces instants froidis,
Et sur mon front pâli me reviennent en foule,
Du lointain vermeillé les rayons affadis.

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

La Tour scindée

Durant ces froides nuits de pénible amertume,
Qu’il m’est placide et grave en un râle attristant,
De sentir d’une plaie obsédante et posthume,
S’épancher la clameur de mon cœur subsistant.

Comme la tour s’encastre en cédant à l’assaut,
Dans un front monstrueux de grisaille et d’alarmes,
Il gît par sa décharge en d’infirmes sursauts,
À la pâle clarté de mes plus traîtres larmes !

Et je sens défaillir, d’un ulcère écumeux,
Mes efforts se noyant dans l’horizon brumeux
Et l’aiguillage abstrus de ma boussole en vrille,

Ainsi qu’un vieux damné qui se terre et fourmille
Au gré des longs ennuis, dans un désert d’oubli,
Et qui sonde en muet, son désastre établi.

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

Le guignon d’or

Dans le déclin sordide aux charnières couvées,
Tremblent confusément les étreintes communes,
Qu’aiguisent aux frimas des lèvres éprouvées,
D’orgastiques chaleurs cuivrant mes boucles brunes.

Par le vice ébréché de l’un à l’autre bout
De leur temple flétri n’affectant la galère,
En de grands blocs verdis par les soirs de Sabou,
Les convoite au guignon leur désastre polaire.

Ces voyageurs lestés, perdus au delta noir,
Que fend l’imputrescible et croulante résine,
Expient de leurs poumons l’écarlate lésine,

Et se prosternent, quand au creux de leur mouchoir,
L’Angoisse atrabilaire en masse les raillant,
S’exsude en bataillons par le déni saillant!

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

Tristesse d’automne

Loin du sanglot givré parmi les noirs raisins,
D’où se pâme l’amont subreptice des glèbes,
L’ascétique trépas venant sourdre aux Érèbes,
S’attise au roide écueil des monts norvégiens.

Tels des songes d’airain plâtrés d’un sinapisme,
En fauves courtisans des intimes rancœurs,
Nos chimères fleurant les saints grandiloqueurs,
Entonnent le répons de leur vierge altruisme.

Tu te plais à nous voir débauchés, convulsifs,
Bavant la foi suprême avec des yeux pensifs,
En un rythme assourdi d’éphèbe réprouvé.

Perfides et badins, ô lutteuses gabarres,
Plein d’un âge véreux par l’ornière couvé,
Notre ennui ceint la plèbe en des gorges barbares!

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

Arrhe de torture

Je suis le séculaire escarpe de chairs nues,
Dont les flancs souverains, sur des carènes d’or,
Épousent de l’autan l’implacable stridor,
Au claustral univers des conques inconnues.

Par le noir océan de vaisseaux démâtés,
Quelque Maelström épais, de ses lèvres ténues,
Incurve un lent naufrage aux ulcères bâtés
Des funèbres Casquets ceints d’accablantes nues.

Tu n’as su recueillir au pied du sémaphore,
Ce cœur de part en part cerclé d’un spirophore,
À l’éclair indécis des buveurs désolés.

Tout s’échancre aux yeux noirs des fourbes attirances,
Et mon solaire exil de pleurs étiolés,
S’ombrage au grand écueil des glauques fulgurances!

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

La meurtrissure interne

J’ai longtemps côtoyé dans les ennuis morbides,
Ce silence enivrant mon âme solitaire,
Reflétant d’un chaos mystique et délétère,
L’angoisseuse action de mes douleurs avides.

Tel un fardeau stagnant plein d’un sommeil austère,
L’Espérance décroît comme les jours livides,
Ombrageant l’étincelle en des soleils arides,
Et ma vigueur suffoque et tristement s’enterre !

Monde sourd, demeurant, charnier morne et sans fond,
D’où se busque la faulx des misères hurlantes,
Je ravive au centuple mes fièvres croulantes,

Car je verrai toujours, à l’abîme profond,
Les bûchers d’intérêts, les amours s’élimer,
En me disant: « mortel, j’ai fait semblant d’aimer » !

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

Évocation

De l’ivoire ondoyant sur le ciel effloré,
S’étalent fièrement de mauves Astéropes,
Et l’ombre aux plis épars des stériles hysopes,
Attriste au Cèdre blond ton archange éploré.

Je vois dans ton œil noir de ténèbres chloré,
Les topazes cerclant de marines estropes,
Et l’Olympe aux rougeurs du baiser des Eutropes,
Sourdre au délire exquis par ta lèvre imploré.

Hélas, au marbre occis ta soyeuse crinière,
Glisse amoureusement pour épouser l’ornière,
Où gît l’airain sacré des funèbres élans !

Et ta griffe effroyable à l’aurore bénite,
Rôde et scande en mon cœur ces lambeaux insolents,
Pleurant tels les grands monts de neige sélénite.

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

Langueur hiémale

Le Soleil aux vapeurs d’un nébuleux flacon,
En l’or de ton fard blond de soufre et d’eaux de bains,
Chauffe au soupir lacté des malaises lambins,
Ce terrestre scandale en blasphèmes fécond.

La rude majesté du languide balcon,
De l’exquise pyrite à ton flanc de Rubens,
Avive à la rondeur austère des rambins,
Le libre essor d’où plane un phtisique faucon.

Es-tu le parfum tiède aux transports de l’encens,
Ou l’écrin de Paros au flot noir de mes sens,
Dont s’exsude la chair des Cyclades prisées?

– Je sacrerai le sang ayant fui par tes pores,
Pour ne voir à l’autel des dunes irisées,
Le flamboiement succinct des grands Apollodores!

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

Serenata incurabile

Ma Complainte gracile aux célestes Borées,
Par le grand Soleil noir des fauves Hespérides,
Épouse à l’astre mort d’incarnates Florides,
Un intime Calvaire aux voûtes azurées.

La Rancune isolant l’or hilare aux vesprées,
Mordore à l’occident nébuleux des Astrides,
Les cristaux d’un Autel de feux épimérides,
Au fond d’un corridor de larmes éplorées !

Par le soir enlaidi de funèbres castels,
Le stellaire Abandon des faunes immortels,
Étoile de points d’or sa dive austérité.

Au ciel silencieux dont l’esprit pur s’élampe,
Écoute en cette humide et rauque éternité,
Le stérile Noyé qui dans mon cœur se trempe!

 

THOMAS FALLET

Poème inédit