Rond de Saint-Vincent

Imagiaire vergnerRond de Saint-Vincent,
Qu’est-ce que tu fabriques?
Tu me fais la nique
Et tu te camoufles.
Il me faudrait de ces moufles
Mentales pour te cerner, te piger.
Il me faudrait
Une de ces vraies
Mains de cartes
Pour te tirer tes as. Et tu m’écartes.
Et tu m’égares sur ton sol en caillasses.
Je perd le sens de ce qui se joue, se passe.
Je perd la notion de ce qui, ici, se trame.
Et cela se vit comme une miniature de drame.
Il me faudrait la trompe d’un olifant
Pour te piffer, rond de Saint-Vincent.
L’air se dissimule dans les replis du vent.
Le mensonge se niche dans les éclats de la pube.
Le mépris se masque, veule, sous des airs souriants.
Le géronte véreux traîne, tous les soirs, à son club.
Toi pour ta part, rond de Saint-Vincent,
Tu te plaques sur un sol naturel, simple-ment.
Qu’est-ce que tu fabriques?
Tu me fais la nique.
Tu te blottis, t’aplatis. Tu baraques.
Il te faudrait une bonne paire de claques
Pour te rappeler tes devoirs exaltés
Envers l’iris, envers la visibilité.
Tu te sers d’un environnement complaisant,
Rond de Saint-Vincent,
Fendant d’enfant de… Saint Vincent,
Pour faire osciller ma mire à sentiments,
Pour compromettre l’ardeur de mon atten-tion.
Admet avec moi que c’est pas des façons.
Quand tu m’égares sur ton sol en caillasses,
Je sens en moi un fiel diffus, une grappe de menaces.
À d’autres de te dénicher du derrière, du de-vant,
Fendant d’enfant du temps
De rond de Saint-Vincent.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Bouddha

Assemblages-integrationBouddha
Pense
Pansu.
Il s’intube
Biscornu.
Il est
Le démiurge
D’un monde
Qui est
Un vaste
Alambic.
Ils s’en retire
Et médite
Sur ce qui gratte
Et qui pique,
Sur ce qui fonde
Le pourtour
Sur ce qui infère
Ce qui implique
Le port
D’un chapeau pointu.
Même assis, ce bouddha-ci
Ne doute point qu’il ne titube
Quand de ses tubes
Fuit ce qu’on ne doit point écrire ici.
Bouddha grenouille
Et Bouddha panse.
Bouddha foldingue
Et Bouddha veille.
Bouddhartichaut a chaud. Alors il chante.
Une chanson de salle de garde
Qui, hardie mégarde,
Comme il a le gésier fort rance
Sonne comme une lyre en transe.
Et les moulins à prière
Vous chopent ce rot du Bouddha
Ils font le tour de la Terre
Comme des ovnis de je ne sais quoi.
Les chiens aboient, les policiers sifflent,
Et puis alors, bien surpris, les lamas se rient
De ces borborygmes bien peu éperdus
D’un Bouddha pas compliqué.
Turlututu.

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LAUBER

Assemblages et intégration, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

La complainte de la chaussette amoureuse

Imagiaire eaux-pierresUne sentimentale
Chaussette
S’envolait
Abruptement
En roulant
Sur le vent.
Elle se disait:
Que vais-je faire?
Je vais tomber
À la mer.
C’est trop con
Trop contrariant.

C’était
Bien la peine
Poupette,
De venir
Dans le Vercors
Et de tant
Crapahuter.
A fallu
Qu’on se mette pieds nus
Sous quelque prétexte qui pue
Puis une bourrasque s’en est mêlée…

Et la langoureuse chaussettes
Toubillonne aléatoirement,
Le long d’une haute falaise calcaire.
Oh, le beau grand torse hiératique et fier!
C’est le coup de foudre. On peut rien faire
Pour contrer le drame présent.

Amoureuse, notre chaussette
S’accroche maintenant dans les sapinages
Au faite de son grand amant-paysage.
Elle se coince, s’emberlificote
Il faut pas grand boursicote
Pour piger que c’est la fin de leur voyage.

Depuis, notre Yseult chaussette
Enchâssée sur des sapins
Tremble d’amour comme une éperdue.
Sur une falaise du Vercors
Elle annonce aussi, par sémaphore,
Qu’Anthropos pollue. Poil au…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Au revoir

imagiaire pimprenellesBon
Au revoir
Les mâchouilleurs
De paille.
Je me taille.
On est pas ici
Pour abreuver
Mais pour
S’explorer
Introjecter
La sensation
De nos guibolles
Cernées
D’un lagon.
Et foncer
Vers le point
Infini
Que notre tarin
Nous indique
Au bout
De la vie.
Je vous laisse bien boire.

Au revoir.
Et me bêlez pas des légendes débiles
De méchants loups ou de crocodiles.
De quelque chose, tous, nous mourrons
Et je vais pas attendre après la tremblante du mouton
Ou le fil du cisaille d’un garçon boucher.
Jamais entendu causer d’un certain Prométhée?
Il vola le feu. Moi je joue dans la flotte.
Vous me direz pas. Chacun sa marotte.
Je fais ça pour la sensation, pas pour la gloire.

Au revoir.
Je vous lègue mon espace dans le trécarré.
Broutez, broutez. Moi je veux tant nager.
Je vous lègue ce coin de ciel au dessus du pacage
Sous lequel je fus si volage.
Et, oh… oh… pas de bêlements pitoyables.
Ça ferait juste par trop minable.
Et ça me ferait pas vraiment changer d’idée.
Quand il faut y aller, il faut y aller.
Vous m’oublierez vite, allez. Qu’on se le dise.
Vos oreilles se chargeront d’une petite brise.
Vous yeux s’alanguiront dans les sonnailles du soir.
Ils continueront de bien regarder sans voir.

Au revoir.
Je me barre.
On est pas ici pour abreuver
Mais pour s’explorer.
Et tout est dit.
Et je vais pas me gêner.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Secrétaire

Imagiaire vergnerChèvrefeuille
Est secrétaire
Dans un grand champ
Tout vert.
Elle a de longs pétales
De fragile fer.
Elle est roide
Froide, altière.
Elle a des sœurs
Des frères
Qui sont tous
Secrétaires
Dans des prés
Variés, divers.
Ils sont
Pas trop diserts,
Ces chèvrefeuilles
Prospères.
Leurs pétales
Savent se taire.
Intendance
Et laisser-faire
Ès vastes plaines herbières.
Mais Chèvrefeuille, toute secrétaire
Qu’elle est, garde des petits airs
De paysanne crapaudière,
De flûtiste, de grisette, de rombière,
De chaloupeuse et… bon… On va pas en faire
Un inventaire à la Prévert.
En effet, comme elle a des sœurs, des frères
Qui sont tous, comme elle, secrétaires,
Ça pourrait jalouser et en faire une affaire
Car eux, ils ne sont Rien… Rien avec un grand R.
Ils sont que des ballots, des masses fourragères.
C’est Chèvrefeuille ici, notre petit mystère.
C’est pour elle et nulle autre, la pantoufle de vair,
L’anneau d’or ciselé et la prison de verre.
Oh, les pétales de fragile fer savent se taire.
Intendance et laisser-faire
Ès vastes plaines herbières.
Mais… bon… qui va faire faire
Du secrétariat à une secrétaire
Telle Chèvrefeuille, si fraîche si primesautière ?
Fichtre, cette situation devient fort boulevardière.
L’épilogue est limpide, la chute est nette et claire.
Elle va se faire cueillir, notre belle secrétaire.
Et alors bastingage, tourbillon, adviendra
Ce qu’il adviendra
De ses beaux pétales roses en forme de longs doigts.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

La chanson de Saint-Samson

imagiaire pimprenellesVoici le temps
De l’automne,
Des sonnailles
Des moissons.
Il faut refaire
La chanson
De Saint-Samson.

Les feuilles ont pris
Des couleurs
Et elles valsent
Sur l’horizon.
Il faut refaire
La chanson
De Saint-Samson.

Le fruit d’amour
Devient dense.
Et il se rue
Dans la danse.
Il faut refaire
La chanson
De Saint-Samson.

Jouissons car l’hiver approche.
Il vient réclamer sa rançon.
Il faut refaire la chanson
De Saint-Samson.

Saint-Samson danse comme un dingue
Avec Dalida comme de bon.
Il faut refaire la chanson
De Saint-Samson.

L’automne c’est la folie des âges
Qui s’éclatent juste avant de claquer.
Il faut refaire la chanson
De Saint-Samson.

Il faut s’y ruer sans gamberge.
C’est une manière de fatalité.
Il faut refaire la chanson
De Saint-Samson.

Voici le temps de l’automne
Chantons et que rien nous étonne.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Garde-chasse

AssemblagesGarde-chasse,
Sur ton perchoir gracile et rose,
Tu lances des menaces
Tu osas, tu oses.
Tu envoies des sémaphores
Avec tes deux farouches fourches,
Est-ce la raison du plus fort?
Ou la pulsion du plus louche?
Garde-chasse aux cailles,
Ostentatoire, menaçant,
Tu es épouvantail
Autant que garde-nanan.
Garde-chasse aux orignaux,
Tu es lourd, tu es gracile
Et tes clinquants oripeaux
Interdisent les indociles,
Car tu es l’autorité.
Tu es une académie.
Et la chasse est bien gardée
Au pré, au champ de radis.
Garde-chasse, tu fais totem.
Tu fais tabou anémié.
Et c’est bien pour ça qu’on t’aime
En cette atmosphère raréfiée.
Garde-chasse,
Sur ton perchoir gracile et rose,
Tu ne perdras pas la face
Et tu garderas la pose
Car, quand Apollon s’efface,
Dionysos s’interpose
Et il laisse ses traces…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

En singulière

Imagiaire eaux-pierresEn dessous
De Montrouge,
On va trouver ceci.
C’est bizarre
Et ça bouge.
C’est simple
Et sans merci.
C’est une
Ancienne carrière
Recreusée,
Triturée,
Devenue
Champignonnière
Puis éventuellement
Abandonnée.
La cuisante
Curiosité
S’y insinue,
En singulière.
Elle veut
Mater
In situ
Champignonière,
Carrière,
Et toutes fondamentales motivations
De la dénomination
Du mont rouge…
Prendre ce type, ici, pour un spéléologue,
Ce serait bien le mécomprendre.
Il est un barbouilleur d’églogues
À l’œil vif, au cœur tendre.
Et, en dessous de Montrouge,
Il entend bien retrouver tout ceci.
C’est bizarre et ça bouge.
C’est simple et sans merci.
En singulière,
Il veut mater in situ
Champignonière,
Carrière.
Quand il aura vu, il remontera.
Et il ne sera plus du tout du tout le même cogitateur
Une carrière bourrée, eh ben, ça vous fait ça…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

La prée des sangliers

imagiaire pimprenellesIci, les sangliers
Vont se baigner
En une danse
En une ronde.
Ils établissent
Le raccord
Entre deux monde,
Celui du vrai
Et celui de l’imaginé.
Cent mille fois
Je vais à la prée
Des sangliers.
Deux fois j’en vois un
En train de se mirer.
C’est la pulsion prospective
En pleine action.
C’est penser au concert
Au cœur de la répétition.
Où intérieurement
Se préparer,
Dans l’escalier,
Au torrent des passions en préparation…
C’est bien vrai, vrai de vrai
Qu’il n’y a rien de laid
Dans la baignade rafraîchissante d’une laie.
Mais le fait qu’elle soit si rare,
Que sa réalisation soit vivement aléatoire,
En fait les ébats de quelque pâle princesse
Qu’on mate depuis une lointaine forteresse.
Le plus merveilleux, ce sont les marcassins.
Ils sont mollets comme des petits coussins,
Pivelés et trouillards, furibards et replets.
Inutile de le dire: on ne les voit jamais.
Mais ils sont omniprésents, de par l’attente,
Comme cette si fameuse tente
Que m’enverra, ce matin là, ma tante.
Singularis porcus vous disiez? C’est bien le mot.
Bondance de ma vie, mais je ne vois que de l’eau.
Pourtant il fait chaud pour crever.
Ce serait le chrono idéal pour se baigner,
Tas de sangliers mesquinement planqués,
Tas de rêves en breloques
Et de promesses brisées.
Oh, le cosmos se moque
Ici, juste ici, des promeneurs par trop illusionnés
Car la prée aux sangliers
C’est l’ardeur torride de s’abandonner
À anticiper.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Le banc des hermelles

Imagiaire vergnerLe banc
Des hermelles
Vermicule
Allègrement.
Il est un collectif
Et cela se sent.
Cela s’entend aussi.
Il claque
Comme crécelle,
Ce banc
De hermelles.
Il est industrieux
Et il sert tous les vices.
Il est Mégalo Pôle
Et il est Métropolis.
Il se dandine
Dans la flotte
Comme un grand ballet
De marottes.
Tout le monde trime à fond.
Pas de lutte des classes par ici.
Les hermelles n’ont pas de front
Et elles n’ont pas de sourcils.
Rien à plisser
Donc, rien à froncer.
Le banc des hermelles
Collectivise impunément.
Bon il a ses embûches, faut pas jovialiser…
Prédation,
Évolution,
On est pas dans un paradis irisé.
Ce coin de flotte limoneux, exploitable
N’en garantis pas pour autant une vie stable.
Le banc des hermelles reste un prisme
Scintillant de tous les grégarismes.
Dire qu’il vermicule allègrement
C’est une petite pétition de principe
Qui impute par trop de sentiments
À ces lambeaux d’échancrures de nippes
De conglomérat naturel
De banc des hermelles.
Il est je ne sais quelle Ville-Lumière
Sous une cloche de fluide verre,
Lisérée de tonnerre et d’éclairs.
Saperlotte, que peut-on y faire.
Il s’agit, après tout, d’un amoncellement
Grouillant
De vers…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.