Combat aérien

Assemblages-integrationD’un combat aérien,
Je garde cet étal.
Il est métallisé
Tout en tiges et en pals.
Il me dit la mémoire
Et me fait déchirer
Des lambeaux à savoir
Des torchis à me figurer
Les combats aériens
De nos papas, de nos pépés.
Lorsque Tonton surexcité
Mimait, au bout de la tablée,
Comment on s’était mis la peignée,
Au-dessus de sa tête éberluée :
« Deux volatiles enragés
Passant, virant, pétant, ronflant,
Semant folie, douleur, embrasements
Au cœur du peuple des tranchées,
Spectateur fou passionné
De ce duel ». Il hurlait.
Et il voulait tant que ça bouge
Il invoquait le Baron Rouge
Qui vit culminer tout le bien
D’un combat aérien.
Je garde ce regret
Des empoignes de nos bidasses
Quand les coucous carburaient
Aux trous d’air et à cette lavasse
De pétrole pétant, ronflant.

 

LAUBER

Assemblages et intégration, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Respire lentement

Imagiaire eaux-pierresBen voilà,
C’est ça
La vie,
Beau Visage.
Elle ironise-platonise
Pour les fous
Et les sages.
La vie c’est
Une caverne
Qui imperceptiblement
Vous enveloppe
Vous cerne.
Et cette chienne
De grotte étroite
De vie
Concerne
Tous ceux et celles
Qui se mêlent
D’y entrer.
Ils ou elles
Finissent submergés, coincés.
Et, comme toi, l’œil tout écarquillé.
Oh… oh… ce fulgurant regard,
Si merveilleux, si rare,
Pierre précieuse dans toute cette caillasse
Évaluant fissa les limitations du temps, de l’espaces.
Et, donc, donc, pour bien compliquer la situation.
Déjà pourtant gorgée de lourdes implications,
Il faut en plus qu’un poète passe par là.
On l’attendait plus, celui-là, par dessus le tas.
Et voici qu’il te dit qu’il ne l’oubliera plus jamais,
Ce regard là. Jamais, jamais.
Oh la belle affaire… Cela ne secoue pas le joug
De la caverne de la vie
Mais cela laisse l’impondérable petit velours
Celui qui fait que, oui, oui,
Ce qui est dit est dit.
Puis, sur le reste, bien, le poète est, évidemment,
Pathétiquement impuissant.
Il ne peut encore que pérorer: Ô Beau Visage,
Œil vif et pétillant, si fidèle, si volage,
Respire lentement…
C’est ça la vie, tu comprends?

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Vert télescope

imagiaire pimprenellesVert
Télescope,
C’est une couleur
Instantanée
Sur laquelle
Ésope
Ne nous a rien
Raconté.
Une fleur mystère
Émerge.
Il y a une folie
Qui couve.
C’est une galère
Qui touche la berge
En la rade
Des mauvais jours.
Et le vert
Télescope
Sert d’écrin
À cette gemme
Acidulée.
La galère se vide de ses marins
Ils sont au port pour enfin aller danser.
Et la verdeur télescopique
Reste coite, comme paumée.
Son filigrane fantasmatique
Ne peut que de loin observer…
Une fleur en mon cœur s’est plantée.
Oh, je ne suis pas un misanthrope
Mais je la préfère à toute l’humanité
Et j’en remercie le vert télescope,
Cette couleur nature, crucialement ancillaire
Qui m’a permis d’adéquatement visualiser
L’accostage de la petite galère
Au havre de la visibilité.
Bondance, elle a su renoncer au mimétisme,
Vert télescope s’en étant mêlé.
Oui, oui, c’est bien une affaire de chromatisme,
Pour dire que ça joue dans le coloré contrasté.
C’est que, comme je te dis, vert télescope,
C’est une couleur instantanée
Sur laquelle Ésope
Ne nous a rien baratiné.
Et non, cette fleurette n’est pas une galère.
Elle est une obsession de mon regard,
Un scotome sur cet œil de verre,
Ce télescope vert sans peur et sans gloire.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Je te tue

Imagiaire vergnerJe te tue
Je te darde d’un pieu
Qui est
Un petit épi bleu.
Tu seras
Mon trognon Henri II
Champêtre.
Subtilité métaphorique
De l’être.

Je te tue
Je te pique d’une aiguille
Qui est
Une petite fleur brindille.
Je serai
Ta petite Florence
En la Crimée
Des champs.
J’y suis, je me rends.

Je te tue et je me régale
Crains pas. C’est jamais que des pétales.
C’est un épi bleu méconnu
Mais il l’a enfin son grand but,
Celui de te séduire.

Je te tue, je te darde d’un pieu
Qui est un petit épi bleu.
Je te tue, je te pique d’une aiguille
Qui est une petite fleur brindille.
Et tu meurs. C’est comme ça quand on tue.
Et l’amour meurt aussi…
Plus lentement, en volatile plombé qui plane.
Et la fleur du petit épi bleu se fane.

Je te tue et nous voici tout dépités.
Crains pas. C’est jamais que la fatalité.
C’est un épi bleu méconnu
Mais il l’a enfin son grand sort:
Celui de relayer la mort
De nos infimes amours,
De nos petits émois,
Dans un champ
Qui verdoie.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Nez à nez

Imagiaire vergnerNez à nez
Avec la simple
Et dure
Idée
De sanglier.
La glaise
Est fort lisse.
La trace
Est bien formée,
Toute fraîche.
Les feuilles
Sont rares et rêches.
Oh… oh…
Ma confiance part en éclisse.
Ma sérénité
S’échiffe
En capilotade.
Le concept, la simple notion de sanglier,
Cela me fait battre la chamade.
Cela me porte un choc subit et me lacère d’inquiétude,
Me fait sentir l’onctueuse densité de cette vaste solitude.
Je tremble à l’éventualité
De me retrouver
Hure dentue à nez
Avec la monstruosité
Que cette piste ne manque pas de m’annoncer.
Je me mets à me dégoiser une atavique laie,
Conjoncturant, et églogant,
En tremblotant, que je souhaite,
Tant de cœur que de tête,
Que ce ne soit pas une puissante laie
Qui cherche ses marcassins
Et ourdit de noirs desseins
Envers les hagards promeneurs
Que la sylve à probabilistement condamnés
À la rencontrer
Nez à nez.
L’idée que me charge
Cette entité terrible des solitudes, de la marge,
Me flanque des vapeurs toxiques, telluriques.
Immémoriales, mythologiques.
Quand je pense que les chasseurs
Des vieux temps romans
Auraient jubilé, voraces,
En découvrant cette trace,
Je me dis que moi et mon historique passé
Justement, oh justement, on ne vit pas
Nez à nez.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Ardemment je te fixe

Imagiaire eaux-pierresUne petite
Statue de ville
Et notre esthétique
Ne sait plus quoi dire.
Est-elle grandiose
Ou est-elle vile?
Est-elle du meilleur
Ou du pire?

Ardemment, je te fixe,
Petite statue urbaine
Du tout venant.
Mes émotions sont mixtes
Et fortement malaxés
Sont mes sentiments.
Pendant que,
Dessus ta tête,
Une fontaine bruisse,
Je me susurre immanquablement en mon cœur
Que le Manneken Pis
A mille millions d’anonymes frères et sœurs
Dans ton genre, finalement.
Un détail photographique de fontaine
Et tu apparais subitement.
Est-ce une joie, est-ce une peine?
Fortement malaxés sont mes sentiments,
Et mes émotions sont mixtes,
Aussi, ardemment, je te fixe.

Tu me le rends bien. Le détail de ta robe est précis
Et tes cheveux sont lourds, comme gorgés d’eau.
Tu es boudeuse, tes doigts sont tout petits.
Tu as quelque chose de figuratif et de gentil,
De grave et de badin.
Pour que d’autres te disent ce qu’ici je te dis
Faudrait-il que tu sois signée Claudel ou Rodin?
Tu es signée personne…
Et notre esthétique ne sait plus que croire.
Ce serait ti que nos références déconnent

Ah, ardemment je te fixe et je me dis
Que c’est bien injuste, la gloire
Et que c’est bien cruel, l’oubli,

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Ève

imagiaire pimprenellesLi val parfunt
Et les ewes curant
,
Comme on disait
Dans mon jeune temps,
Parce que Ève
C’est l’eau.
L’unique,
Le primal,
Le beau.
Ève a un ventre
Infini.
Et inutile
De lui dire merci
Ou de lui rendre
Quelque culte futile
En continuant
De la cerner
Dans nos barils
Et de la couper
De vin
Au cachot de nos Dives
Bouteilles.
C’est qu’Ève est une force objective
Qui jamais ne dort, qui toujours veille.
Perlant dans tous nos concerts, toutes nos danses,
Ève est quelque chose comme une essence.
Je veux autant dire par là qu’elle est un carburant
Faisant tourner LE moteur et cliqueter les bielles
Que quelque chose de l’ordre du principiel.
Une essence.
La source de la vie.
Faut le redire… même si c’est déjà dit.
Et, au fait, Ève n’a jamais chapardé de pomme.
Ça c’est un bobard inventé par les hommes.
Croquez une pomme, ce sera pour constater
Qu’Ève habite ce qu’elle ne peut pas avoir volé.
Et Ève en a rencontré des tas de serpents.
C’est pas pour rien qu’un serpent de mer
C’est quelque chose d’obsédant,
La lubie du pervers,
La caution du méchant.
Et Ève si on l’accuse, comme ça, de tout
C’est qu’on se fie par trop sur elle.
On lui décharge nos monceaux d’immondices
Dans le visage, sous les aisselles.
On la prend pour acquis sans malice
Et cela instaure de fort longuettes trêves
Dans la limpidité d’Ève.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Piste noire!

AssemblagesPiste noire
Hivernale
Vers le mont
Le val!
C’est l’histoire
De nez pointu
Qui se rue
Sur les pentes.

Piste noire
Sépulcrale
Vers nos faux hivers.
C’est l’histoire
De bec crochu
Perdu, perclus
Qui fait
Du ski sur place.
La figuration
C’est pas
Une mince illusion
Car on ressemble
Toujours un petit peu
À ce dont
On est l’imitation.

Piste noire
Hivernale
D’un petit perso
Toujours en skieur alpin!
Un peu vilain un peu pas beau.

Piste noire
Sépulcrale
Vers nos vrais sourires.
Je voulais pas vous le dire
Mais c’est un cadeau de Noël.
C’est un cantique, c’est un appel.

Skieur alpin
Métallique
T’es roublard, t’es sympathique.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Totem II

Assemblages-integrationTotem.
Espace de croyance.
Je t’aime,
Sagesse et démence.
Ton haut est bombé.
Tu as l’air d’un véhicule.
Ton bas est déployé.
Tu es des vents et des bascules.
Ton ventre est étoilé
D’yeux avaleurs de ciel.
On sent que ton savoir circule
Aux confins des croyances
Et que ta masse,
Et que ta présence physique, sculptée,
Possèdent infiniment moins de pouvoirs
Que ton ombre lointaine en train de voler
Que de sombres vilaines en train de violer
Que ton être totem et sa sagacité
Et que cette canicule
De vestibule.
Ton bas est déployé.
Tu as l’air d’un véhicule.
Totem.
Espace d’errance.
On sent que ton savoir recule,
Que tu te surcharges d’intuitions
Et que bientôt, tout démonétisé,
Tu t’en iras trôner, fier d’un beau napperon,
À côté de ta copine, la télévision.

 

LAUBER

Assemblages et intégration, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
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La lettre A

Imagiaire eaux-pierresLa lettre A
A quitté son Sonnet aux Voyelles
Où elle jouait
Les mouches du proche.
Elle est venue
S’inverser dans la roche,
Comme ça.

La lettre A
A déserté les bandes dessinées
De Philémon,
Surréalistes sur un ton
Un peu langoureux.
Elle est passée
Du maritime au caverneux.
Bon, pourquoi pas?

La lettre A
Habite maintenant dans le mot stalactite.
Et notre première lettre de l’alphabet
Est gigantesque. C’est un dit. C’est aussi un fait
Qui se voit.

La lettre A
Est pointue, dangereuse. Elle n’est plus serrée, caroline.
Si on la frappe, elle se met à lentement osciller.
Cela vous fiche une de ces envies de décamper
Loin de tout ça.

La lettre A
Elle est aiguë et gigantale. Elle est spéléologique.
Je vous assure qu’elle est plus imprimée.
C’est de la roche, ce n’est plus du papier.
Ah, oh, mais Ah…

La lettre A…
S’est inversé, retournée, affûtée. Tenez-vous coi…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.