Vive

imagiaire pimprenellesPlante de rocaille luminescente,
Ton ardeur est cuisante.
C’est assez étrange en ces lieux.
Vive le mystérieux.

Peut-être que tu luis, petit bocage,
De par je ne sais trop quel trucage
Bidouillisé sur un ordi.
Vive la technologie.

Et ça me donne tellement envie d’écrire.
Il me faut soit le faire, soit mourir.
Je sens que me vient une chanson.
Vive l’inspiration.

Je te regarde et mes cils vacillent,
Psychédélique camomille,
Artificielle concoction.
Vive l’hallucination.

Tu me rappelle aussi Noël,
Ses jeux de lumières moches et belles
Que nous aimions à l’unisson.
Vive la festive saison.

Donc, tu es une plante de rocaille ?
Tu fais un peu figure de pagaille
Comme l’éclatement d’un drame de vie.
Vive l’allégorie.

Mais tu es vraie, parce que petite,
Parce que menue, crue, pas contrite,
Sans symbolique, sans turpitude.
Vive la concrétude.

Et vive ta vitalité vive.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Éloge

Imagiaire vergnerÉloge au fragile
Et à l’éphémère,
Au pur, au gracile,
Au vent et à l’air.
C’est un pissenlit
Il se rend, se donne.
Son demain est dit.
Sa candeur étonne.
Il est duveteux,
Foufou, frémissant.
Il mourra sous peu.
Éloge au vivant.
Éloge à la folle
Et douce existence
Qui fait que s’envolent
Nos chants et nos stances.
Dans ce petit champ,
Dans ce simple pré,
Éloge au vergner,
À l’air et au vent.
Éloge à la femme
Qui me hante encor.
Sinueuse flamme,
Cheveux, yeux et corps.
C’est une petite fleur
Vraiment pas timorée
Et le vent du nord
Va l’éparpiller.
Mais elle reviendra.
C’est vrai et c’est franc.
Et on le redéclamera.
Son éloge coup de vent.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Girafe cycliste

AssemblagesGirafe cycliste,
Giratoire et cyclique,
Bande et renifle :
Bernique.
Y’a personne.

Girafe cycliste,
Aimable sémaphore,
Bande et renifle
L’air du dehors :
C’est mort.

Girafe cycliste,
Ardente et intrépide,
Bande et renifle
La savane impavide :
Bernifle.

Girafe cycliste,
Zut à la fin !
Bande et renifle
Toujours pour rien.
Mardit giratouère cyclique !

Car voilà : mise en appétit par un petit coup de sonnette
Du printemps, et depuis pédalant, girant, cyclant,
Girafant d’un bout à l’autre de l’horizon, virgule,
Girafe cycliste ne trouve rien, pédale pour rien,
Et bande pour rien.
C’est grave !

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ALLAN ERWAN BERGER (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Les étoiles figées

Imagiaire eaux-pierresDe fins stalactites
De voûtes caverneuses.
Harmonie contrite,
Vive et lumineuse.
Des étoiles figées
Qui tintent et nous disent
Que les nues sont gelées,
Que les eaux sont grises,
Hors de la caverne,
Là bas, dans le monde,
Sur la terre pas ferme
De cette terre pas ronde.
Ce sont des fistuleuses
S’il faut tout avouer.
Elles sont harmonieuses
Et elles ont rien à déclarer.
C’est pas de la glace.
C’est pas du cristal.
C’est pas du fugace
Et c’est plus normal
Qu’on pourrait le croire.
Un trésor secret.
Un éclat sans gloire.
Un mystère discret,
Hérissé d’histoire.
Harmonie vitale
Rieuse, lumineuse,
Petite, gigantale…
Des étoiles figées
Qui tintent et nous chantent
Qu’il faut tout aimer
Parce que tout nous hante
Et que rien n’est donné.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Tranquille…

imagiaire pimprenellesLes galets sont dépolis.
Les agrès sont démolis.
Tranquille…

Un chou de mer sur la picaille.
Le dormeur du val après la mitraille.
Tranquille…

Et dans le fond, y a la mer.
Et les prolos sont en colère.
Tranquille…

Pas de terreau, pas de sable. Bernique.
Les grands chevaux blancs ont fui le cirque.
Tranquille…

Un horizon sans fin de caillasses.
Le moteur social rempli de mélasse.
Tranquille…

Et sous les galets, pas de plage.
Et sur les pavés, ben, la rage.
Tranquille…

Et le gris de l’horizon.
Et l’amertume de ma chanson.
Tranquille…

Les galets sont immortalisés.
La révolte est généralisée.
Tranquille…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

En vol

Imagiaire vergnerPapillonet fragile, tu mates ceci,
En vol :
Des fleurettes en saupoudre,
Des tiges de brindilles.
Et tu vas en découdre
Avec le vent qui vire
Et les tendrons gazons
Qui fouettent les sangs
De l’entre-vent. Ton entregent
Te servira frivole,
Ès doctrines fofolles.
Et ton oscillement engage toute ta vie,
Papillonnet fragile, qui mates ceci,
En vol.

Papillonet gracile, tu as pigé,
En vol,
Que les lois de l’engendrement
Et celles du contournement
Sont fatalement identiques.
Mouche, moucherons et moustiques
Qui bombinent en d’autres lieux
Savent encor moins bien, encor mieux,
Qu’il n’est passion, ardeur
Que celle de la multitude des fleurs.
Ils te laissent, frivole, à ta vision fofolle,
En vol.

Papillonet futile, devant le vent qui frappe,
En vol,
Et qui farce et attrape, décoiffe et chausse-trappe,
Rapine, vombrissine et tourneboule,
Cornegidouille et fait perdre la boule,
Tu ne transiges pas, tu rages.
L’amour des susdites fleurs te tient lieu de courage
Et les insectes coupant, se gavant de sang,
Ne voient ton entre-vent, ne pigent ton entregent.

Papillonet fragile, les petites fleurs t’ont capturé,
Elles t’ont saisi, capté, pompé, interpellé,
En vol.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Échassier

Assemblages-integrationÉchassier
Comme vélocipède.
S’y gagner
C’est aussi s’y perdre.
Une balance
Peut s’ineptiser
Si son équilibre
Vient de l’échassier.

Échassier
Qui nous fait du patin,
Enchanté,
Il joue au cabotin.
Voici une danse
Lente sur un pied.
Drôle de cadence
Pour un échassier.

Culbuter
Si cela inspire.
Basculer
Du dit jusqu’au dire.
C’est l’abîme.
C’est un échassier.

C’est traduire
Un pied dans chaque langue.
C’est produire
Deux sentiers parallèles
À grandes enjambées
D’échassier.

 

LAUBER

Assemblages et intégration, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Les arrivantes

Imagiaire eaux-pierresLes arrivantes nous apportent
Des nouvelles,
Des bouillonnements
Venus de l’autre bord,
Des purs sangs, des taureaux,
Des haridelles,
Sur une toile qui clapote
Dans tous les ports.
C’est une tourmente,
Une hystérie des bulles.
Et tout se dit,
En cet atermoiement.
Et les substances les plus suspectes circulent
Au sein intime du ressac le plus éclatant.
Un reflux de vagues, c’est un peu de la politique
Et nos mouvements sociaux du subconscient.
C’est liquide, c’est labile,
C’est verbeux, c’est critique
Comme un choc culturel de nouveaux arrivants.
L’eau, c’est secret aussi. C’est faussement
Translucide.
C’est insidieux, ça joue sur nos terreurs,
C’est onctueux, c’est laiteux,
C’est livide.
N’y voir que joie, ce serait une erreur.
Les arrivantes nous apportent des tableaux,
Des barbouillements venus de l’autre bord,
Des Cézanne, des Matisse, des Braque, des Picasso,
Des qui ont eu raison et des qui eu tort.
Et oui, oui, les substances les plus suspectes circulent
Au sein du ressac le plus éclatant.
Un reflux du vague, c’est un peu de la sémantique,
Des signifiés subtils aux mousseux signifiants.
L’eau est aqueuse, aussi, eh bien, l’eau est humide…
N’ayons pas l’heur des mots,
N’ayons pas peur des truismes.
N’ayons pas peur non plus de toutes nos saponides.
Une hystérie des bulles, oui, oui, c’est une tourmente.
Tout se dit, ambigu, de par les arrivantes.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Point. Virgule,

imagiaire pimprenellesL’océan Atlantique éternel,
Lisse comme une prunelle,
Perpétue, comme repu,
Son état de sagesse.
Et le goéland philosophe est revenu.
Il croyait, après avoir sondé les nues
Et pris la mesure de ces largesses,
De ces ampleurs, de ces amplitudes
Et du pourtour de cette sphère
Béate de solitude
Que le cosmos était finalement fini.
Voilà c’était plié, c’était dit.
Et Jonathan, ou Fletcher c’est selon,
Croyait mordicus tenir enfin la conclusion :
L’Univers serait, de fait, un POINT.

Mais en ce jour nouveau, en ce petit matin,
Notre goéland philosophe derechef vacille.
Les deux pattes dans la nasse qui doucement oscille,
Il se sent soudain moins certain, moins serein.
L’océan derrière lui, clapotant et fort aise,
Lui murmure maintenant une toute autre thèse,
Une doctrine en rythme, en phase, en longs cheveux,
Une conception qui se teinte dans les gris et les bleus,
Une idée relative, corrélée, alluviale,
La somme des grains de sable en une plage sapientale.
L’océan, comme son souvenir, fait revenir
Sur sa vision d’hier notre penseur ailé. Et il recule :
L’Univers n’est peut-être jamais qu’une VIRGULE,

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Mais si, mais non

Imagiaire vergnerMais si, c’est un nénuphar.
Mais non, c’est un phare.
Mais si, et c’est une zone arable.
Mais non, c’est inénarrable.

Mais si, c’est l’ultime fragilité.
Mais non, la route pourra bien passer.
Mais si, c’est un lagon pugnace.
Mais non, c’est une innommable lavasse.

Mais puisque je te dis que c’est zoné protégé.
Mais puisque je te dis que c’est un terrain privé.
Mais non, c’est du pays sauvage.
Mais si, c’est un aménageable paysage.

M’enfin, quelle peste. T’es loin d’être conciliant.
Mais autrement, je vais devoir invoquer Boris Vian.
Mais non, qu’est ce que Vian a tant à y faire.
Mais si, souviens toi de Chloé et de son cancer…

Il n’y a que deux choses de vraies dans la vie :
L’amour et la musique de Duke Ellington…
Tu t’en étonnes ?
Mais non, c’était pas un cancer… là, tu te goures.

Mais si, c’était dans L’écume des jours.
Mais non et tu vas pas, en plus, bétonner tout ça.
Mais si, l’éléphant de Jean Sol Parte s’en chargera.
Mais, oh, pas encore ton sale Vian, Y en a marre.

Mais basta, pas besoin de te piquer un phare.
Mais non, je te dis que c’est pas un phare.
Mais c’est bien ce que je te disais, eh mignard,
C’est un nénuphar…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.