Heureux ensemble

AssemblagesHeureux ensemble, nous irons,
Toi à pied, moi à vélo.
Et ta truffe en tuyau
Nous guidera vers les saisons
Où le soleil pétille
Et il y a pas de pluie
Parce que tu crains la rouille
Et que moi aussi.
Je porte un casque.
J’ai les cuisses comme des ressorts,
Et, sous mon masque,
J’ai une dégaine, j’ai le port
Altier, roide, cycliste.
Toi tu gambades
Parce que tu es un roquet pas triste,
Pas perclus, pas malade.
Et ta truffe en tuyau
Nous guidera vers la connaissance
De la subversion du beau
Et du fric-frac des essences.
Je vais à vélo
Et toi, tu es mon animal.
Tu es pas fait de peau
Mais comme moi, humain, de métal.
Heureux ensemble. nous serons
Toi sur pied, moi sur des supports.
C’est que je modère mes transports
Pour mieux me faire contempler
Et aimer.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

On va rater le boulanger

Imagiaire vergnerMagnez vous les copains.
On va le rater.
Mais cessez de bruisser
Et grouillez-vous,
Tas d’empotés.
Je vous demande un peu.
Du pain, des jeux,
Foncez.

C’est bien la peine
D’avoir les pieds ainsi palmés
Si c’est pour finir
Avec si peu de prise au démarrage.

Mais… elle se barre,
Elle s’ébranle.
Je cancane.
J’enrage.

Ça y est, elle disparaît,
La boulangère voiturette.

Il va nous rester,
De cette ruée,
Que nos yeux pour pleurer.
Nos pauvres
Géantes
Et gluantes
Mirettes.
Et que de tristes miettes.

Et, pour nos ventres affamés
(Qui en veille ou en sommeil
N’ont point d’oreilles),
Je ne sais quelle fatale recette.

Et notre imaginaire
Jouant ses fausses notes,
Ses faux rêves de festins,
Lascifs, replets, paillards.

Oui, ça y est,
Reste plus
Que notre pauvre volière,
Jouant ses canards.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Le monde est une perle

Imagiaire eaux-pierresLe monde est une perle ici,
Dans les calanques,
Ultime planque,
Pour le pur et pour le gentil.

Le monde est une perle ici,
Dans cette vallée mirifique,
Brumeuse, idyllique,
Sans propriétaire et sans prix.

Le monde est une perle ici.
C’est la falaise et c’est la mer.
C’est l’or qui se transmute en fer
Quand nos regards se posent sur lui.

Le monde est une perle ici.
Et je la prends, et je la touche.
Et je la pose sur ta bouche
Pour le petit bisou des grandes amies.

Le monde est une perle ici.
C’est avec toi que je m’y plonge
Éperdu(e) comme la brume qui longe
Cette baie, au dos interdit.

Le monde est une perle ici.
Et deux amoureux s’en avisent
Pendant que les vieux arbres devisent
Avec un grand ciel décati,
Ici, pour toujours, juste ici.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Julie Éolienne

Assemblages-integrationJulie Éolienne,
Gentille, vilaine,
Tu es vaporeuse
Aussi venimeuse.
Tu voles et tu danses
Aérienne et dense
Tu es un cheveu.
Tu es grise ou bleue.
Tu cherches un azur
Qui se perd, qui perdure.
Tu es valide et vaine,
Julie Éolienne.
Et celui-là t’a dessinée
D’un rêve de ventilateur
Pour que tu fendes l’air
De ta course immobile.
Et celui-là t’a habillée
Du réflecteur d’un lampadaire
Pour que tu aies chaud
Et que la lumière,
Petite poupée d’après-demain,
Coule de toi comme une vie.
Tu es enfance,
Tu es projet,
Mais tu es icarienne,
Julie Éolienne.
Angoissée, sereine,
Tu es vallonneuse,
Maigrasse et pulpeuse.
Tu danses et tu voles,
Aérienne et folle
Esquissée, sommaire,
Tu es un texte en vers.

 

LAUBER

Assemblages et intégration, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Totem

AssemblagesUn totem
Est une sculpture de totem.
Un totem sculpté
Est une représentation de totem.
Un totem représenté
Est l’image d’un ancêtre totem,
Comme le fut Énée
Pour les Romains
De Tite-Live.

Un totem
A donc trois étages:
C’est l’ancêtre;
C’est l’image
Que l’on se raconte de cet ancêtre;
C’est la sculpture
Qui matérialise cette image.

Un totem est donc familial, sans mystères,
Et toujours disponible pour les chuchotis-prières.
Les petits enfants joueront à ses pieds.
Jamais il ne sera souillé de mensonges.

Un totem est toujours accessible
Car c’est un bien commun et,
Par conséquent,
Un totem ne peut être tabou.

Ici le sculpteur a symbolisé sa filiation:
Un guidon pour l’orientation, premier ancêtre;
Une pelle pour la réflexion, second ancêtre;
Une tuyauterie pour les prévisions, troisième ancêtre.

Ô mes anciens, cette sculpture un peu bizarre
Vous a tous bien soudés les uns aux autres.
Vous voici famille amalgamée,
Signal et direction pour toute la lignée.

Assemblage de vieux destins,
De rocailleuses volontés,
Un totem familial est né, brave confesseur.
Prends son guidon, enfant, et parle-lui. « Totem? »

Et puis écoute!

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ALLAN ERWAN BERGER (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Hommage à Klimt

AssemblagesC’est la force des couleurs
Prismatiques et primales
Qui l’emporte sur nos peurs
Et nos hantises du normal.

C’est la fureur des formes
Calibreuses, découpées,
Qui prime sur les poupées
Et sur l’ardeur du banal.

Gustav Klimt, ma ganache,
Tu te donnes en deux temps
Comme un feuilleté bruissant
Lacéré de jeux de taches,

Tout d’abord, il y a toi.
Tu étales tes symboles,
Tes figures, tes quant à soi,
Amoureuses en hyperbole.

Puis ensuite il y a moi.
Je te saisis au corps
Et tu palpites encor
Au treillis de mon émoi.

Et ta forme en scotome
Reste entre toi et moi
Comme les pages joufflues d’un tome
Dont le texte ne me revient pas.

C’est la force des couleurs
Prismatiques et primales.
C’est la fureur des formes
Dédoubleuses, découplées.

Gustav Klimt, ma douceur
J’ai tant voulu t’aimer
Que j’ai pas hésité
À hypothéquer mes peurs.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

D’un radeau

imagiaire pimprenellesD’un radeau,
Je te chante
Les pulsions
Qui me hantent,
Les folies
Qui me bouffent,
L’aporie
Qui m’étouffe.
Je suis un nénuphar
Sur son esquif gracile.
Je t’aime. C’est de l’art.
Et ce n’est pas facile
D’ainsi flotter mollet
Sur l’eau de tes langueurs,
De rosir, guilleret
Au lagon de tes peurs.
Je suis jaune en dedans.
C’est le feu de mon âme.
Un incendie latent
Qui couve, qui se trame.
C’est de flotter, aérien, sur toi,
Objet de mon désir
En silence et de ne pas
Pouvoir crier, pouvoir sortir
La vomissure qui bouille en moi
Comme le foutre hors d’un goret,
Comme le sang hors d’une viande,
Comme le pus hors d’une plaie.
Je veux t’aimer. Je veux te prendre.
Mais je me contente de pétaler, de flotter…
Et, tout doucement, je te chante
Les pulsions
Qui me hantent,
Les folies désaxées, hors propos,
Et surtout, les cuisants et sempiternels retards
D’un radeau
Nénuphar.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Je vais mourir

Imagiaire vergnerJe vais mourir
Avec ostentation
Et des brindilles
Jailliront d’un lagon.
Elles s’ouvriront,
Comme un vague éventail
Et cette vie,
Boulevardière et canaille,
Va continuer sa stance,
Sa chanson.
Je vais mourir
Bien loin de tous lagons.

Je vais mourir comme chameau qui baraque
Et des brindilles vont griffer un cloaque.
Elles vont sécher, comme fourrage en hiver.
Même elles verront la fin de leur calvaire.
La vie vous fait de ces coups de Jarnac.
Je vais mourir bien trop près du cloaque.

Je vais mourir comme meurent les gueuses
Et des brindilles dans une eau lumineuse
Traceront des traits dignes de Riopelle
Comme les cheveux de quelques demoiselle
Encore en vie, riante, pas pleureuse.
Je vais mourir autant que l’eau est aqueuse.

Je vais mourir et ce lagon m’agresse.
Et ces brindilles sont de sales bougresses.
Elles sont si fragiles. Pourtant, ce qui me tue
C’est qu’elles perdurent et qu’elles se perpétuent.
Fascination, remballe tes caresses.
Je vais mourir sur l’eau de ma détresse.

Je vais mourir avec ostentation
Et des brindilles jailliront d’un lagon.
Je vais mourir comme chameau qui baraque
Et des brindilles vont griffer un cloaque.
Je vais mourir comme meurent les gueuses
Et ces tignasses, et ces injures vaseuses
Vont continuer leur voyage arrogant.
Je vais mourir. Eh, que c’est contrariant…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Icare

08_icare

Icare est un oiseau
Follet, léger, indicible.
Il déploie ses oripeaux
en se pointant vers une cible.
Il est un petit ballon
Qui s’incurve vers un panier.
Les cachets de cire fondront
Et il devra retomber
Sous le poids des spatules
Qui lui font voilure, en fait…
En fait, Icare est plus lourd que l’air.
Il est un petit désir
Follet, léger, indicible,
Mais il est plus sourd qu’il n’en a l’air.
Le panier va l’attraper.
Dure réalité.
Mais il est plus vrai que l’aube,
Plus dansant que l’alizé.
Il est plus rampant qu’une taupe,
plus fendant qu’un lévrier.
En fait, Icare est plus lourd que l’heure
Et il devra retomber
Sous le poids des tubercules
Et de dix milles aiguilles percées.
Icare est un oiseau
Follet, léger, indicible.
Il est un petit ballon
Qui s’incurve vers un panier.
En fait Icare est plus lourd que tout
Mais ses rêves sont si légers.

Assemblages-integration

 

LAUBER

Assemblages et intégration, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

À Rodin

AssemblagesÀ Rodin, j’ai voulu dire
Que l’on peut coexister
Sans pour autant s’imiter,
S’empoigner, se contredire…
J’ai voulu le saluer,
Parler de son influence
Et, sans trop le révérer,
Faire sentir sa persistance.
La forme et le matériau
Quelque part, c’est la même chose.
C’est poésie ou c’est prose
Mais ce sont toujours nos mots.
De Rodin, j’ai voulu rire
Un petit peu, pourquoi pas.
C’est pour… comme… le subvertir
Et pour avancer d’un pas.
Camille Claudel, elle aussi
Figure là, dans mes pensées.
Et, quand je cogite ceci,
Elle est proche, elle est citée.
À Rodin, j’ai un peu rendu
Un hommage, on peut le dire
Avec ces broutilles tordues
Qui me poussent et qui me tirent
Vers un monde percé, perçu,
Zébré de figuration
Et dont les pensées perdues
Cherchent leur penseur, à l’occasion.
À Rodin j’ai voulu signaler
Que, malgré les différences
Et les temps et les distances,
On peut toujours s’entr’aimer.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.