Les danaïdes

Dans des limbes de nacre aux tentures moisies,
Tel un cuisant remords en galops Bucéphale,
Une pourpre au flot d’or des blêmes hérésies,
Sur le noir tonnelet suit la course du hâle.

De bruns égouts altiers à travers la nuit rêche,
En un vomissement confus de lourds métaux,
Rejettent l’or astral d’épileptique brèche,
À l’ulcère bâté de vivants arsenaux.

Des orteils bourrelés de cloques à calvaires,
S’empuantissent fiers par ces hargnes vulvaires,
Ô gigantesque amas de flots mornes gorgé !

Et parmi la stupeur des âmes clandestines,
Au funéraire adieu d’un scandale figé,
Point la vassalité des pauvresses mutines.

THOMAS FALLET

Poème inédit

Jarre, nacre éjarre

cover_laurendeau_helicoidalJarre éjarra Jarnac
À son insu.
Éjarnac enjamba Jarre.
Givrée d’entrejambes.

Jarnac et Jarre à Jarry.
Chien chaud vapeur pansu.
Rusty Stubb
Et Fred Barry.
Giclée d’antichambre.

À Jarre, nacre ta barre,
Nacre ta barre.
Ta barre nacre.
Du pollen à Jarnac.

Barry et Jarnac en Arabie.
Désert de toc éperdu.
Laurent Laurence
Et Maumau Jarre.
Animalcule en ambre.

À Jarnac, tu te barres,
Avec canne
À pommeau nacre.
À petits pas, te barre.
Résistance à Jarry.

Jarre, nacre éjarre.
Je vous le dis.

Signé Ségni.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Le monde spirituel

Blessure des motsTel un corps souffreteux
De l’Europe aux Comores,
Notre vieux monde usé
Gémit par tous ses pores;
L’argent commande aux lois,
Aux cœurs et même aux arts,
Et l’infâme bêtise
Aux crocs longs et sonores
Nous fait ramper ainsi
Que d’immondes lézards.
Las! où sont les grands fous,
Les seigneurs, les rebelles
Qu’appelaient chaque soir
Nos âmes toujours belle?
Où sont les flamboyants éveilleurs d’inouï?
Qui riaient dans l’azur comme des milliers d’ailes
Et d’un élan sans faille, à tout répondaient: oui.
O l’orgueil envolé sur les cimes du juste!
O les chants écumeux pleins d’une fièvre auguste!
O les bonds souverains pétris de sainteté!
Comme il semble infini, l’espoir que l’on déguste,
Notre espoir tour à tour béni puis détesté.
Mais pourquoi cette haine ardente et jamais lasse
Quand nous ne réclamons qu’un peu d’oint et de grâce
Le long des noirs chemins où se brisent nos pas?
Pourquoi tant de mots neufs égarés dans l’espace
Et tant de beaux romans que l’on n’achève pas?
Parlez ! foi sanglotante, oui parlez ! fontaine ivre.
Parlez ! Des anciens jours un sursaut nous délivre,
Étoilant de ferveur nos mains et nos esprits.
Dieu ! l’amour tout entier soulève un coin du Livre
Pour le vœu triomphant dont nous sommes épris!
Plus haut ! vérité claire, oh ! plus loin! vil mensonge;
Vouloir suffit à l’homme ébloui par un songe
Tissé de pures nuits et d’éveils frissonnants,
Et nous verrons grandir le feu qui nous prolonge
Et nous l’embrasserons, émus et rayonnants.
Éclairs fous ! don de soi ! lumineuses prairies!
Bouquets fiers ! jeux drapés aux vagues des soieries
Tous les lieux, tous les temps jaillis du même accord!
Ah ! prodige nouveau, toutes les griseries!
Enfin libres d’un monde enfanté sans effort!

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THIÉRRY CABOT

La blessure des mots, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Éphémère lien nous eux

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LES FILLES FEUILLES :
Éphémère lien nous eux,
Une cannetille
Nous cambre à la séguédille,
Redoublons nos jeux.
Dans la taille du bouquet,
Ceinture en tortille,
Sire Punaise boitille,
Serre le paquet.

SIRE PUNAISE :
Échalas de bois dressé,
Petite broutille ;
Ronds de feuilles en bastille,
Et raphia tressé.
Belles tiges en fagot
Dont l’odeur pétille,
Ne sont point de pacotille ;
J’en fais mon magot.

LES TIGES EN FAGOT :
Des bourdons filent dans l’air,
Le soleil scintille,
Sire Punaise frétille,
Mené par son flair.
Éphémère lien nous eux,
Sous brise gentille,
Filles feuilles en flottille
Font un bruit joyeux.

Et l’on recommence la ronde au début.

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ALLAN ERWAN BERGER

Poème à retrouver en recueil en suivant ce lien

Sonnait V 99.06.07

MAIS_monette(Ou l’EXCEL lance la solitude après la blessure)
Ce fardeau usé
aux clics tacs
aimant lourdes heures
Qui s’accumulent invincibles,
lentes,
en murmures ;
Échoue poreux
et ses eaux rebelles
blessées
meurent
En coup de muscles bleus à cicatrices dures.
Comme momifiée, sans bandelettes, ni squelette,
Sèche et perdue : l’entre peau lui manque.
L’ordre autiste, cruelle, est sur la sellette.
Familières, même les ombres du jour se planquent.
Et les cellules comme une grammaire voilée
Ont des ongles laids, nocturnes et vidés :
Criant chiffrier de pas perdus sans avenues.
Les inévitables sons inutiles, nus et crus
Du quotidien sans chœur, sans magique,
Suppriment les désirs et désactivent l’unique.

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RICHARD MONETTE

, MAIS…, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Lesbienne d’acide

Gouines coquinesLesbienne
D’acide,
Folle
En denim moulant,
Tes talons
Aiguilles
Sont les
Aiguilles
Qui me ponctionnent
D’hallucinant.
Je te vois,
Tellurique,
Polychromatique,
Dans un époustouflant
Dôme animatronique.
Lesbienne d’acide,
Tes baisers sont charnus comme des fresques antiques.
Talons aiguilles,
Tes lèvres on un moelleux qui perdure, s’étire, onirique.
Ce denim pâle te moule le con tellement.
C’est qu’il est peint sur toi,
Ou que mon regard est déformant.
Quitte-le, lesbienne d’acide,
Dénude toi dans le moment.

Marche au ralenti, uniquement,
Exclusivement,
Sur tes talons aiguilles.
Tu es une opulente fresque
Ondoyante,
Barbaresque.
Ma lippe est sèche
Et ce qui en goutte est délirant,
À ton contact,
Lesbienne d’acide.
Tu marches dans mon con
En t’enfonçant mollement
Dans ma psyché,
Talons aiguilles.
Tu es un errement chimio-récréatif
Distendu,
Distordu,
Mi corporel,
Mi-imaginatif…

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CORINNE LeVAYER

Gouines coquines de ce monde, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Les îles

Rage-dedans-MongeauNéant de vent
Cerfs-volants.
Odeurs se mêlant
Sable mouvant.

Air salin
Cœur serein
S’ensabler
Perdre pied
S’y noyer.

Liberté démesurée
Infinie d’eau salée
À perpétuité s’aimer
Au rythme des marées.

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CAROLINE MONGEAU

Rage dedans, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Parade nuptiale

AssemblagesUn oiseau déploie ses ailes,
S’approche de sa belle.
Rien ne l’afflige.
Il est au bout d’une longue tige.
La belle, fort intriguée,
Par des pétales fins dissimulée,
Contemple la désinvolte approche
Du Casanova, du Gavroche
Aux ailes amplement gondolées.
La parade nuptiale est amorcée.
Et ces longues et fines tiges
Reposant sur un petit support
Infligent
De la gravité, à ces transports.
On dirait qu’ils vont tourbillonner
Et, encore plus loin, s’envoler
Sur la brise.
Mais, bon, leur fatalité statuaire
Les immobilise, les fait taire.
Un oiseau déploie ses ailes,
S’approche de sa belle.
Ladite belle, fort intrigué,
Par des pétales reste dissimulée.
Et l’on danse…
En ce matériau éthéré et dense.
Et l’on se fige…
Au bout de deux longues tiges.
Et l’on tourbillonne…
Et l’on anticipe, et l’on s’étonne.
C’est une parade nuptiale,
Rien de plus normal.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Soleil d’abeille (Nature vivante sur écran)

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Du soleil et du ciel, des nuages et de la prairie,
Du chaud, de l’eau, de la lumière et du bel air…
Et puis un carrousel de joie qui relie
Tout ce qui vit à tout ce qui vit.
Partout l’on entend « Oui. »
Soleil d’abeille
Nature
Api
Culture.

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ALLAN ERWAN BERGER

Poème à retrouver en recueil en suivant ce lien

Petit poème nocturne

Gardien des excuses recherche emplacement pour la ruse, chemin de pierre pavé de verre transparent aux écluses novales.

Mes rayons d’étain entameront les bas-reliefs du palais chiffonné. Aux cris des enfants les joyaux répondent, tintinnabulant dans l’obscurité.

Les établis de fer résonnent des routines des forgerons borgnes aux doigts d’or. Et la voix s’élève, douce et cristalline comme celle d’une mère orpheline.

Gardien des excuses cherche une voie de garage entre les vastes locomotives de bronze usagées et lasses.

De jeunes promeneurs errent dans la rue sans but. Ils deviennent phosphorescents, à mesure que leur innocence gronde.

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ALINE JEANNET

Des loups sur un arbre, ÉLP éditeur, 2018, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.