La mine

MAIS_monetteL’air rendu visible
Suscitait les images
L’état créé
Crée aussi les écritiques
Et rien n’empêche
J’allonge des lignes
Sur ce simple flanc blanc
Le pas plié danse
(un rythme lui est donné)
Le pas pierre dense
(des sens lui sont donnés)
Le pas pied, seul,
Sans la main reste vierge
Pas de monts que des mots
Plus de sons, de sentiers…que des voies
Ni plus d’amis que la mine

 

RICHARD MONETTE

, MAIS…, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Je vais mourir

Imagiaire vergnerJe vais mourir
Avec ostentation
Et des brindilles
Jailliront d’un lagon.
Elles s’ouvriront,
Comme un vague éventail
Et cette vie,
Boulevardière et canaille,
Va continuer sa stance,
Sa chanson.
Je vais mourir
Bien loin de tous lagons.

Je vais mourir comme chameau qui baraque
Et des brindilles vont griffer un cloaque.
Elles vont sécher, comme fourrage en hiver.
Même elles verront la fin de leur calvaire.
La vie vous fait de ces coups de Jarnac.
Je vais mourir bien trop près du cloaque.

Je vais mourir comme meurent les gueuses
Et des brindilles dans une eau lumineuse
Traceront des traits dignes de Riopelle
Comme les cheveux de quelques demoiselle
Encore en vie, riante, pas pleureuse.
Je vais mourir autant que l’eau est aqueuse.

Je vais mourir et ce lagon m’agresse.
Et ces brindilles sont de sales bougresses.
Elles sont si fragiles. Pourtant, ce qui me tue
C’est qu’elles perdurent et qu’elles se perpétuent.
Fascination, remballe tes caresses.
Je vais mourir sur l’eau de ma détresse.

Je vais mourir avec ostentation
Et des brindilles jailliront d’un lagon.
Je vais mourir comme chameau qui baraque
Et des brindilles vont griffer un cloaque.
Je vais mourir comme meurent les gueuses
Et ces tignasses, et ces injures vaseuses
Vont continuer leur voyage arrogant.
Je vais mourir. Eh, que c’est contrariant…

.

PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Amour interdit

Rage-dedans-MongeauTous les soirs, j’ai rendez-vous
Avec un fou.
Il est beaucoup plus vieux
Mais vraiment mieux.
J’attends. Quand tout le monde dort
Sur ma bicyclette, je sors.
Roulant à travers bois
Jusqu’à son toit.
Quelques chiens parfois
Sur le chemin aboient.
Je vais le rejoindre
Jusqu’à ce que le jour pointe
Personne ne pourrait comprendre
Cette relation troublante.

M’étendre à côté de lui
Me serrer tout contre lui.
Il est l’ami, l’amant, le père
C’est lui que je préfère!
C’est illégal
Tout ce qui n’est pas normal
Est immoral.
Pourtant, il est bon, tendre et généreux
Que demander de mieux.
Chaque nuit, je pédale
Vers ce scandale.
C’est mon secret
Si l’on nous surprenait
On le pendrait.

 

CAROLINE MONGEAU

Rage dedans, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Icare

08_icare

Icare est un oiseau
Follet, léger, indicible.
Il déploie ses oripeaux
en se pointant vers une cible.
Il est un petit ballon
Qui s’incurve vers un panier.
Les cachets de cire fondront
Et il devra retomber
Sous le poids des spatules
Qui lui font voilure, en fait…
En fait, Icare est plus lourd que l’air.
Il est un petit désir
Follet, léger, indicible,
Mais il est plus sourd qu’il n’en a l’air.
Le panier va l’attraper.
Dure réalité.
Mais il est plus vrai que l’aube,
Plus dansant que l’alizé.
Il est plus rampant qu’une taupe,
plus fendant qu’un lévrier.
En fait, Icare est plus lourd que l’heure
Et il devra retomber
Sous le poids des tubercules
Et de dix milles aiguilles percées.
Icare est un oiseau
Follet, léger, indicible.
Il est un petit ballon
Qui s’incurve vers un panier.
En fait Icare est plus lourd que tout
Mais ses rêves sont si légers.

Assemblages-integration

 

LAUBER

Assemblages et intégration, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Le petit masque égaré

cover_laurendeau_helicoidalDora Maar a subitement égaré
Le petit masque vénitien
Assez ancien
Qu’elle porte au cou
Depuis des années.
C’est un faciès ovale, argenté,
Un petit peu plus haut que l’ongle
Délicat et ciselé.
Il est le cousin ou l’oncle
Des masques du carnaval de Venise.
Il en est, de fait, une miniature
Au trait et à la dent dure.
Il était dans la boite à bijoux.
De cela Dora Maar est bien sûre,
Sûre comme du dur bien dur.

Dans la petite salle d’eau de Dora Maar,
Il ne faudra pas laisser une roche
Qui n’ait été soulevée.
Il va falloir y aller avec une lampe de poche,
Indubitablement.
Pour l’instant,
Dora Maar se flagelle.
Elle se rappelle,
Entre autres, d’avoir versé la boite à bijoux
Sur le lit, pour mieux la fouiller.
Oh, la questionnable approche.
Enfin, l’heure n’est pas aux reproches.
Dora Maar agacée touille dans son sac à main.
Elle ne se voit pas y jeter le petit minois
Mais on sait jamais, n’est-ce pas.
Elle va ensuite vite vérifier
(Et tant pis si ce faisant, elle se contredit)
Dans une petite pochette de couleur cramoisie.

Elle y trouve enfin le masque,
Bat le tambour basque,
Fait sonner flûtes et mandolines.
Respire mieux, se décontracte,
N’est pas fâchés d’arriver à la fin de l’acte.
Ah, égarer un objet aimé,
Quelle tension.
Quelle intense et glaçante émotion.
Mais aussi, quelle libération,
Quelle exaltante et étrange pulsion,
Que celle de l’art égaré.
Surtout s’il s’agit de l’égarement,
Implacablement cohérent,
D’un petit faciès austère et ciselé,
D’un petit masque argenté,
Tout crispé
Et qui n’a vraiment pas peur qu’on se le dise
Qu’il arrive de Venise.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Dormir en son cœur et s’y mourir

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La croix de soupirs et de douleurs
Qui ombre ta vie et t’hypnotise,
Et te rend au malheur si soumise,
Te fait fuir les joies et les couleurs.

Au jardin tu avises une rose.
Elle est blanche. Ça te tranquillise.
Sur ses étamines s’éternise
Un petit bourdon. Il se repose.

Il te fait naître un triste sourire,
Ce bedeau qui rêve en cette église.
Tu aimerais tant y être admise ;
Dormir en son cœur et s’y mourir…

Dormir en son cœur et s’y mourir.
Triste jeune fille aux tristes heures
Qui voudrait bien sombrer dans la fleur.
Tu voudrais y lâcher ton malheur,
Triste jeune fille aux tristes heures,
Puis y récupérer du désir.

Y découvrir huit cent friselis
De bonheur que le ciel opalise.
Mieux : s’aimer ! Se découvrir surprise :
Nul cancer en ces jolis replis !

Puis remonter le long d’un pétale
Vers son bord que le soleil aiguise,
Sentir que sa peine s’amenuise,
Et que revient la force vitale.

Il te fait naître un joyeux fou-rire,
Cet espoir où tout se vaporise,
Contre lequel ton chagrin se brise.
Renaître en son cœur et s’y nourrir…

 

ALLAN ERWAN BERGER

Poème à retrouver en recueil en suivant ce lien

Cynthia

Étrange Cynthia sur le fleuve accoudée,
Des roulis de la houle aux frimas courbatus,
La nubile candeur à tes flancs dévêtus,
Ceint la grise indolence en ta paume inondée.

D’une exquise romance aux mammes de Judée,
Ploient en rythme assourdi d’indécises vertus,
Aux spectres las de vivre où des cœurs se sont tus,
Les marasmes croulants de volute brodée.

Tu ne visiteras des pleurardes orgies
Au cinéraire adieu d’exsudantes bougies,
L’Ange blême et cagneux des rancunes fécondes,

Où l’Éphèbe au couvent des solaires cyprès,
Filtre à rais enforcis nos débauches immondes,
Que ton ardeur rivale extatise en attraits !

 

THOMAS FALLET

Poème inédit

À Rodin

AssemblagesÀ Rodin, j’ai voulu dire
Que l’on peut coexister
Sans pour autant s’imiter,
S’empoigner, se contredire…
J’ai voulu le saluer,
Parler de son influence
Et, sans trop le révérer,
Faire sentir sa persistance.
La forme et le matériau
Quelque part, c’est la même chose.
C’est poésie ou c’est prose
Mais ce sont toujours nos mots.
De Rodin, j’ai voulu rire
Un petit peu, pourquoi pas.
C’est pour… comme… le subvertir
Et pour avancer d’un pas.
Camille Claudel, elle aussi
Figure là, dans mes pensées.
Et, quand je cogite ceci,
Elle est proche, elle est citée.
À Rodin, j’ai un peu rendu
Un hommage, on peut le dire
Avec ces broutilles tordues
Qui me poussent et qui me tirent
Vers un monde percé, perçu,
Zébré de figuration
Et dont les pensées perdues
Cherchent leur penseur, à l’occasion.
À Rodin j’ai voulu signaler
Que, malgré les différences
Et les temps et les distances,
On peut toujours s’entr’aimer.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Laure et l’or

Gouines coquinesLaure danse dans ma nuit.
L’or dort dans une mine.
J’ai trouvé l’or.
Je cherche Laure.

Laure sourit, ses yeux brillent.
L’or se déprécie, qui s’en soucie.
Je bazarde l’or.
Je garde Laure.

Laure me fait me sentir toute chaude
En dedans.
L’or est froid. C’est un métal gluau
Pour fausses dents.
Je déteste l’or.
Je suis amoureuse de Laure.

Va-t-en, l’or.
Reste, Laure.
Je ne me tairai pas. Le silence n’est pas d’or
Et j’ai la soif de Laure.

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CORINNE LeVAYER

Gouines coquines de ce monde, ÉLP éditeur, 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Un matin d’été sur le port

Blessure des motsAyant vaincu la nuit,
L’aurore toute molle
Semble un long drap laiteux
Piqué de veines d’or,
Comme si jusqu’au sein
De la blancheur qui dort,
Des fils de diamants
Tissaient une auréole.

Puis vaporeuse et blonde
à la pointe du môle,
Tout à coup la nue ivre éclabousse le port
Et le vent secoué d’un magique transport,
Déguste à l’infini la lumière qu’il frôle.

Les barques scintillant sur le tapis des eaux,
Avec sublimité, vibrent de chants d’oiseaux ;
Le grand ciel ingénu fait pétiller chaque âme ;

Et le soleil toujours plus vaste et glorieux,
Dans la tiédeur marine où se jette sa flamme,
Caresse longuement tous les cœurs et les yeux.

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THIÉRRY CABOT

La blessure des mots, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.