Parade nuptiale

AssemblagesUn oiseau déploie ses ailes,
S’approche de sa belle.
Rien ne l’afflige.
Il est au bout d’une longue tige.
La belle, fort intriguée,
Par des pétales fins dissimulée,
Contemple la désinvolte approche
Du Casanova, du Gavroche
Aux ailes amplement gondolées.
La parade nuptiale est amorcée.
Et ces longues et fines tiges
Reposant sur un petit support
Infligent
De la gravité, à ces transports.
On dirait qu’ils vont tourbillonner
Et, encore plus loin, s’envoler
Sur la brise.
Mais, bon, leur fatalité statuaire
Les immobilise, les fait taire.
Un oiseau déploie ses ailes,
S’approche de sa belle.
Ladite belle, fort intrigué,
Par des pétales reste dissimulée.
Et l’on danse…
En ce matériau éthéré et dense.
Et l’on se fige…
Au bout de deux longues tiges.
Et l’on tourbillonne…
Et l’on anticipe, et l’on s’étonne.
C’est une parade nuptiale,
Rien de plus normal.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Le gnou

AssemblagesC’est un gnou
Qui porte un chapeau.
Au bout de ses guibolles,
Y a pas de sabot.
Ses jambes,
On dirait des seringues
Écarquillées
Comme pour un décollage.
Il est balèze,
Il est malingre.
Il est fidèle,
Il est volage.
Il a les plus étranges genoux,
Ce gnou.
Et sa carcasse est cylindrique,
Métallique,
Comme un tuyau de fournaise.
Il est malingre,
Il est balèze.
Ses cornes ont la forme d’une lyre
Penchée vers l’arrière.
Fatalement, cela m’inspire
Et de la prose et des vers.
Sa queue est comme une manivelle.
Il est volage,
Il est fidèle.
Et c’est si jouissif de le décrire,
De le palper,
De le découvrir.
Je voudrais me le mettre dans la bouche
Comme les bébés font avec leurs jouets.
Je peux pas mais je le touche.
Et cela me touche.
Et mon petit bonheur est parfait.
C’est un gnou
Qui porte un chapeau circulaire.
Sa description, je voudrais encore la refaire
Et ne jamais en voir le bout.
Mais regardons-le plutôt.
C’est tout.
C’est un gnou.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Garde-chasse

AssemblagesGarde-chasse,
Sur ton perchoir gracile et rose,
Tu lances des menaces
Tu osas, tu oses.
Tu envoies des sémaphores
Avec tes deux farouches fourches,
Est-ce la raison du plus fort?
Ou la pulsion du plus louche?
Garde-chasse aux cailles,
Ostentatoire, menaçant,
Tu es épouvantail
Autant que garde-nanan.
Garde-chasse aux orignaux,
Tu es lourd, tu es gracile
Et tes clinquants oripeaux
Interdisent les indociles,
Car tu es l’autorité.
Tu es une académie.
Et la chasse est bien gardée
Au pré, au champ de radis.
Garde-chasse, tu fais totem.
Tu fais tabou anémié.
Et c’est bien pour ça qu’on t’aime
En cette atmosphère raréfiée.
Garde-chasse,
Sur ton perchoir gracile et rose,
Tu ne perdras pas la face
Et tu garderas la pose
Car, quand Apollon s’efface,
Dionysos s’interpose
Et il laisse ses traces…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Piste noire!

AssemblagesPiste noire
Hivernale
Vers le mont
Le val!
C’est l’histoire
De nez pointu
Qui se rue
Sur les pentes.

Piste noire
Sépulcrale
Vers nos faux hivers.
C’est l’histoire
De bec crochu
Perdu, perclus
Qui fait
Du ski sur place.
La figuration
C’est pas
Une mince illusion
Car on ressemble
Toujours un petit peu
À ce dont
On est l’imitation.

Piste noire
Hivernale
D’un petit perso
Toujours en skieur alpin!
Un peu vilain un peu pas beau.

Piste noire
Sépulcrale
Vers nos vrais sourires.
Je voulais pas vous le dire
Mais c’est un cadeau de Noël.
C’est un cantique, c’est un appel.

Skieur alpin
Métallique
T’es roublard, t’es sympathique.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
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«Le père»

Assemblages«Au nom du Père»
Quelle aventure!
Mais…
Le nom-du-père
N’est pas plus sûr.
C’est dur.
Toi l’enfant tu tâtonnes:
«Ah, le vide effroyable,
Le néant qui tonne,
Ce n’est pas vraisemblable!»
Diable diable…
Mais…
Procédant par analogie,
Voyant une épaule ici:
“Papa”,
Et certain désir né d’une absence:
“Père”,
Tu en infères, au fond du vide, un «Non» du père,
Et donc un Père.
Mille papas tonitruants!
Tout se complique, décidément.
Car entre ton “père” qui t’aide
Et le “Père” qui t’a créé,
On t’aligne des “pères” qui te dirigent,
Des “pères” qui te surveillent,
Et même des “Pères”,
Saints, lointains, blancs, immaculés,
Et joliment mitrés.
Ainsi tous ce monde-là:
«Mon enfant, tu ne voleras point sans nos conseils.»
Mais mon papa:
«Envole-toi, va et viens, je veille!»

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ALLAN ERWAN BERGER (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
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Ornithocycle

AssemblagesLe chat blotti dans mes bras,
Je m’enfuis.
Le ciel au bout de mes yeux,
Je bondis.
Le vent joue dans les cheveux,
Je dévale.
Le roi me poursuit.
Je démarre,
Et l’oiseau me suit.

Ton beau cœur dans ma poitrine,
J’accélère.
Ton regard dans l’horizon,
Je m’oriente.
Ton sourire dans mon courage,
Je pédale.
Le roi me poursuit,
Je m’envole,
Et l’oiseau me suit.

Une hélice qui bourdonne, je chantonne.
Une étoile joue dans le ciel, je m’y cache.
Une forêt majuscule, j’y zigzague.
Le roi me poursuit, je monte en chandelle,
Et l’oiseau me suit.

La police qui nous cherche, je m’en fiche.
La montagne qui te garde, j’y arrive.
La cabane qui t’abrite, je la vois.
Le roi me poursuit, j’atterris,
Et l’oiseau me suit.

Le chat blotti dans mes bras, je t’embarque.
Tes cheveux dans mes cheveux, je dévale.
Ton sourire majuscule, j’y zigzague.
Le roi me poursuit, le Soleil crie «Par ici!»
Et l’oiseau nous suit.
Oiseau de paradis.

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ALLAN ERWAN BERGER (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
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Coupe du monde

AssemblagesLa sphère est libre de rouler.
On improvise.
La sphère est contrôlée
Du pied
Par Cylindré.
Tête-de-Cylindre, réfractaire
Le gardien, le cerbère,
Esquisse une défense
En se remémorant en un éclair
Les affres et les joies de son enfance.
La sphère va-t-elle rouler?
On dirait que le terrain se ratatine.
Il est soudain vachement rapetissé
Et il ressemble à une tartine
Posée sur une sorte de trépied.
La sphère est contrôlée
Du pied
Par Cylindré,
Tête-de-Cylindre, en instance de divorce,
Lève un bras
En courbant le torse,
Il entend bien faire sentir toute sa force.
Et ça va pas se passer comme ça.
On se croirai, au petit matin,
Sur un terrain
De ballon rond entre copains
En quelque monde, en quelques confins.
La sphère est contrôlée
Par Cylindré
Tête-de-Cylindre, devant son but, est incliné.
Tout peut encore arriver…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
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In vino veritas

AssemblagesUn soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles :
« Toute la gloire des soleils couchants
Et leurs promesses, chaudes, d’une révélation
Qui t’enveloppe et te console ;
Je te l’offre. Bois ! »
« Bois !
La beauté qui virevolte dans mes robes
N’a jamais cessé de danser
Depuis les chants de Noé euphorique,
Depuis Omar Khayyām aux anses amoureuses,
Depuis Ryōkan ermite et sa calebasse rieuse !
Elle danse,
Je chante,
Tu bois.
Et je te téléphone. »
« Oui allo ?
— Ici l’âme. Je te feule un message. As-tu pris note ?
— Mille millions de poils de carotte !
— T’entends des voix. Agis ! Étudie ! Bois !
— Mais je ne bois que toi, déjà, moi. Je te crie jour et nuit.
— Tu me cries ? Écris ! »
Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles.
Elle téléphonait à un petit buveur appliqué
Qui en était comme deux ronds de flanc
À ne savoir s’il devait boire encore, ou écouter,
Chanter ? Prédire ? Prophétiser ? « Écris ! »
Les deux mains prises, comment noter ? « Écris !! »

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ALLAN ERWAN BERGER (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Fernande

AssemblagesFernande, autrefois, m’a fait cadeau
D’une banjoïste.
Elle est barjo.
Elle est pas triste.
Elle tire une trogne ahurie.
C’est à cause de la mélodie
Qu’elle gratte sur sa casserole soliste.
Elle est barjo, elle est pas triste.
Et le public en redemande.
Simplement, justement, Fernande
Ça lui met les nerfs à vif, le crincrin.
Ça lui fait hérisser le crin.
Alors elle pose la banjoïste sur une jolie chaise
Et m’en fait cadeau, balèze!
La générosité
De Fernande est intéressée.
Mais moi, cette banjoïste, j’aime son regard.
Je le trouve inspiré, planant, hagard
Sous son galure d’Alice Guimond.
Alors, Fernande, merci, c’est bon.
Je salue ton inspiration.
Cette banjoïste me rappellera nos transes,
Elle deviendra une instance,
Une référence.
Et la banjoïste, réconfortée,
Cessera de ressasser des airs connus.
Elle se mettra à composer. Elle aura un but.
Ce qui compte surtout, c’est que, dans l’harmonie,
On ajuste nos mélodies
Puis qu’on s’entende,
Hein, Fernande.

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PAUL LAURENDEAU  (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
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Girafe cycliste

AssemblagesGirafe cycliste,
Giratoire et cyclique,
Bande et renifle :
Bernique.
Y’a personne.

Girafe cycliste,
Aimable sémaphore,
Bande et renifle
L’air du dehors :
C’est mort.

Girafe cycliste,
Ardente et intrépide,
Bande et renifle
La savane impavide :
Bernifle.

Girafe cycliste,
Zut à la fin !
Bande et renifle
Toujours pour rien.
Mardit giratouère cyclique !

Car voilà : mise en appétit par un petit coup de sonnette
Du printemps, et depuis pédalant, girant, cyclant,
Girafant d’un bout à l’autre de l’horizon, virgule,
Girafe cycliste ne trouve rien, pédale pour rien,
Et bande pour rien.
C’est grave !

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ALLAN ERWAN BERGER (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.