À fleur d’eau

Imagiaire eaux-pierresUne laisse d’eau
Glisse devant
Sainte-Marie de Ré.
C’est le beau,
Le rasséréné.
Mes souvenirs
Sont revenus me hanter,
À fleur d’eau.
Do, si, mi, la sol, fa, ré.
Mes passions
Lentement vont se figer
Tout le long
D’une laisse d’eau
Par trop salée.
Mes amours
En viennent à m’abandonner.
Les contre, les pour
Les ont fait basculer.
Et je pleure
Mes pays moins esseulés.
Les larmes de mon cœur
Glissent devant Sainte-Marie de Ré.
J’ai perdu
Les ardeurs des belles années.
Je suis perclus,
Abattu, vanné.
À fleur d’eau,
Toute la gamme va y passer
Mais c’est si beau
Qu’il faut le chanter.
Et ma vive tristesse
Est largement atténuée
Par les pudiques largesses
De Sainte-Marie de Ré.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Alaska

Imagiaire eaux-pierresAlaska,
C’est un petit chat.
Voit, il furète à la ronde,
Investigue le vaste monde.

Alaska
Monte sur les toits,
Sur les puissants toits de pierres
Des maisons du Sauveterre.

Alaska
Ne raterais pas ça,
Trouver de nouvelles ficelles
Pour se rapprocher du vaste ciel.

Alaska,
Pour accomplir ça,
Il se fait archéologue.
Et moi j’en fais une églogue.

Alaska
Ne m’en voudra pas
Si l’inspiration me pousse
À l’évoquer, sa frimousse.

Alaska,
Dans ces vieux pays,
Il porte le nom d’une contrée vierge
Cela me suscite de la gamberge.

Alaska,
C’est un petit chat.
Voit, il a les yeux si tristes
Aurait–il perdu la piste?

Non, non, non, car Alaska
S’y retrouvera, va,
Sur les puissants toits de pierres
Des maisons du Sauveterre.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Fou, soleil, théâtre

Imagiaire eaux-pierresPetit encorbellement
Goguenard, grimaçant,
Tu te paies notre poire.
Tu méprises ta gloire.
Fou, soleil, théâtre.

Tu es un saltimbanque.
Tu vas pas à la banque.
C’est que tu paies pas tes dettes.
Et que tu fais pas de courbettes.
Fou, soleil, théâtre.

Quelqu’un qui voulait rire
T’as gravé, juste pour dire
Que ce monde est follet,
Échevelé, farfadet.
Fou, soleil, théâtre.

Ta trogne d’astre du jour
Transcende ton court tréteau.
Tu es laid, tu es beau
Tu es haine et amour.
Fou, soleil, théâtre.

Je t’oublierai jamais,
Fou du roi des rois Capets,
Tu es la Transgression
Et tu es tellement trognon!
Fou, soleil, théâtre.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Les habitants du ciel

Imagiaire eaux-pierresLes habitants du ciel
Ont laissé en partage
Sur une portion de pierre et de fiel
Un œil meunier sans âge.
C’est un cylindre osseux.
Il nous dit des présences.
Il nous chantonne des lieux
Qui connurent l’abondance.
Plateau calcaire ancien,
Anthropos a moulu ici,
Écossé force grains,
Dit salut, dit merci.
C’est la force de la ruine
De nous dire: je suis là
Et la trace de toutes mes combines
Est ici avec moi.
Une structure artificielle,
C’est toujours époustouflant.
Et les habitants du ciel
Ne s’y trompent pas, habituellement.
Ils nous disent l’oublié.
Ils nous parlent d’hier,
Civilisation pliée,
Mystérieux savoir-y-faire.
Les habitants du ciel
Ont laissé de surcroît
Sur cette portion de pierre et de fiel
Une petite parcelle de joie
Dans mon cœur, quand je vois
Cet os intemporel,
Ce moulin d’autrefois
Dont les bras sont partis au ciel.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Dans les bois

Imagiaire eaux-pierresC’est comme une manière
De mat de cocagne
Qui défendait
Une marche de Bretagne
Dans les bois.

Pour tous les cornards
Et pour toutes les bougresses,
Il était éminence de forteresse
Dans les bois.

On y grimpait, on y mirait l’avance
De la forêt sur nos Macbeth qui dansent
D’effroi.

Que voulez-vous, la féodalité
Charriait son fagot de difficultés
Dans les bois.

Des gens sont morts et ont vécu ici.
Ils eurent des joies et ils eurent des soucis
Dans les bois.

Et le terroir tranquille du Morbihan
Abrite muet ce cénotaphe d’antan
Dans les bois.

Tellement touché(e) quand, ce jour là j’y grimpe,
Je suis Prométhée crapahutant l’Olympe
Dans les bois.

Lui, il défendait juste une marche de Bretagne.
Pensez à lui, compagnons et compagnes.
Émoi.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Un petit Pactole

Imagiaire eaux-pierresDans un gros abri de roche
Formant dôme
Que les provençaux appellent
Une baume,
Anthropos a érigé
Une petite chapelle.
C’est bien qu’il entendait
Un appel,
Qu’il entendait boire
Une vive parole:
Celle d’un petit Pactole.

Quelque part, par là, dessous-derrière,
Y a une source,
Alors tu comprends, ce fut la vive course.
C’est qu’Anthropos a grand soif. Il te l’a pas dit,
Trop occupé qu’il était à faire de l’esprit.
Tout ça pour dire que c’est pas des fariboles,
Un petit Pactole.

Évidemment, ça soulève une question philosophique
Que maints calotins trouveront fort antipathique.
Tenir l’eau, c’est bien tenir ceux qu’elle désaltère.
Et ils y auraient pas pensé, les petits pères?
Bifteck d’abord, morale après, disait Bertolt
Brecht. Il l’avait, lui, le sens du petit Pactole…

Déjà on savait que les lieux de cultes s’empilent
qu’ils se stratifient, se syncrétisent, au fil
De l’Histoire et que leurs traces se disent, s’indiquent
En des sites chrétiens, puis, celtes, puis paléolithiques.
Tout un feuilleté de pierres, la mystique corolle.
Un petit Pactole.

Mais là, dans une micro-chapelle au fond d’une baume,
Venez pieusement humer du petit Pactole l’arôme
Et voir scintiller cristallinement le prisme
De la confirmation discrète de tous nos matérialismes.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
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Entre deux terres

Imagiaire eaux-pierresDans le labyrinthe,
L’humain va entrer,
Sans un dit, sans une plainte.
Sa curiosité
Le pousse, dure comme fer,
Entre deux terres.

Petite caverne vraie,
Boyau naturel,
La force vive des faits,
L’ardeur de l’appel,
Qui se réverbère
Entre deux terres,

Fait de toi la cible
De l’humaine attention,
Quand tout est possible,
Quand tout est chanson.
C’est la paix, c’est la guerre,
Entre deux terres.

La curiosité,
C’est une invention
De l’humanité
Et de ses pulsions.
Et tout reste à faire
Entre deux terres.

Je veux tout palper.
Je suis cavernicole.
Mon avidité,
Elle est sage, elle est folle.
Et j’entends me refaire, me parfaire
Entre deux terres.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Les étoiles figées

Imagiaire eaux-pierresDe fins stalactites
De voûtes caverneuses.
Harmonie contrite,
Vive et lumineuse.
Des étoiles figées
Qui tintent et nous disent
Que les nues sont gelées,
Que les eaux sont grises,
Hors de la caverne,
Là bas, dans le monde,
Sur la terre pas ferme
De cette terre pas ronde.
Ce sont des fistuleuses
S’il faut tout avouer.
Elles sont harmonieuses
Et elles ont rien à déclarer.
C’est pas de la glace.
C’est pas du cristal.
C’est pas du fugace
Et c’est plus normal
Qu’on pourrait le croire.
Un trésor secret.
Un éclat sans gloire.
Un mystère discret,
Hérissé d’histoire.
Harmonie vitale
Rieuse, lumineuse,
Petite, gigantale…
Des étoiles figées
Qui tintent et nous chantent
Qu’il faut tout aimer
Parce que tout nous hante
Et que rien n’est donné.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Les arrivantes

Imagiaire eaux-pierresLes arrivantes nous apportent
Des nouvelles,
Des bouillonnements
Venus de l’autre bord,
Des purs sangs, des taureaux,
Des haridelles,
Sur une toile qui clapote
Dans tous les ports.
C’est une tourmente,
Une hystérie des bulles.
Et tout se dit,
En cet atermoiement.
Et les substances les plus suspectes circulent
Au sein intime du ressac le plus éclatant.
Un reflux de vagues, c’est un peu de la politique
Et nos mouvements sociaux du subconscient.
C’est liquide, c’est labile,
C’est verbeux, c’est critique
Comme un choc culturel de nouveaux arrivants.
L’eau, c’est secret aussi. C’est faussement
Translucide.
C’est insidieux, ça joue sur nos terreurs,
C’est onctueux, c’est laiteux,
C’est livide.
N’y voir que joie, ce serait une erreur.
Les arrivantes nous apportent des tableaux,
Des barbouillements venus de l’autre bord,
Des Cézanne, des Matisse, des Braque, des Picasso,
Des qui ont eu raison et des qui eu tort.
Et oui, oui, les substances les plus suspectes circulent
Au sein du ressac le plus éclatant.
Un reflux du vague, c’est un peu de la sémantique,
Des signifiés subtils aux mousseux signifiants.
L’eau est aqueuse, aussi, eh bien, l’eau est humide…
N’ayons pas l’heur des mots,
N’ayons pas peur des truismes.
N’ayons pas peur non plus de toutes nos saponides.
Une hystérie des bulles, oui, oui, c’est une tourmente.
Tout se dit, ambigu, de par les arrivantes.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Le monde est une perle

Imagiaire eaux-pierresLe monde est une perle ici,
Dans les calanques,
Ultime planque,
Pour le pur et pour le gentil.

Le monde est une perle ici,
Dans cette vallée mirifique,
Brumeuse, idyllique,
Sans propriétaire et sans prix.

Le monde est une perle ici.
C’est la falaise et c’est la mer.
C’est l’or qui se transmute en fer
Quand nos regards se posent sur lui.

Le monde est une perle ici.
Et je la prends, et je la touche.
Et je la pose sur ta bouche
Pour le petit bisou des grandes amies.

Le monde est une perle ici.
C’est avec toi que je m’y plonge
Éperdu(e) comme la brume qui longe
Cette baie, au dos interdit.

Le monde est une perle ici.
Et deux amoureux s’en avisent
Pendant que les vieux arbres devisent
Avec un grand ciel décati,
Ici, pour toujours, juste ici.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.