Bonjour

Imagiaire vergnerBonjour…
Gentille,
Tu es la seule dans le coin.
Boujour
Tes petites copines
Sont bien loin.
Joujour
Tu es hirsute
Et bigarrée.
Boujour
Tu es roide,
Dentue,
Hérissée.
Bonjour…
Sans doute pour cause de désertification
Joujour
On peut pas dire que t’aie de la conversation.
Mamour,
J’assume céans qu’il est d’un insolite sans borne
En vrai balourd
De faire ainsi la causette à une salicorne.
Bonjour…
Mais c’est que ces paquets de provignements,
Toujours,
Ça garde un petit aspect inquiétant.
Terrifiant, sidérant.
Joujour
Alors faut quand même
Un petit peu ratiociner
Boujour
Et minimalement
anthropomorphiser
Joujour
Pour expier
Sans transpirer
Bonjour…
Et ainsi s’éviter
De paniquer.
Donc : bonjour !

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Rond de Saint-Vincent

Imagiaire vergnerRond de Saint-Vincent,
Qu’est-ce que tu fabriques?
Tu me fais la nique
Et tu te camoufles.
Il me faudrait de ces moufles
Mentales pour te cerner, te piger.
Il me faudrait
Une de ces vraies
Mains de cartes
Pour te tirer tes as. Et tu m’écartes.
Et tu m’égares sur ton sol en caillasses.
Je perd le sens de ce qui se joue, se passe.
Je perd la notion de ce qui, ici, se trame.
Et cela se vit comme une miniature de drame.
Il me faudrait la trompe d’un olifant
Pour te piffer, rond de Saint-Vincent.
L’air se dissimule dans les replis du vent.
Le mensonge se niche dans les éclats de la pube.
Le mépris se masque, veule, sous des airs souriants.
Le géronte véreux traîne, tous les soirs, à son club.
Toi pour ta part, rond de Saint-Vincent,
Tu te plaques sur un sol naturel, simple-ment.
Qu’est-ce que tu fabriques?
Tu me fais la nique.
Tu te blottis, t’aplatis. Tu baraques.
Il te faudrait une bonne paire de claques
Pour te rappeler tes devoirs exaltés
Envers l’iris, envers la visibilité.
Tu te sers d’un environnement complaisant,
Rond de Saint-Vincent,
Fendant d’enfant de… Saint Vincent,
Pour faire osciller ma mire à sentiments,
Pour compromettre l’ardeur de mon atten-tion.
Admet avec moi que c’est pas des façons.
Quand tu m’égares sur ton sol en caillasses,
Je sens en moi un fiel diffus, une grappe de menaces.
À d’autres de te dénicher du derrière, du de-vant,
Fendant d’enfant du temps
De rond de Saint-Vincent.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Secrétaire

Imagiaire vergnerChèvrefeuille
Est secrétaire
Dans un grand champ
Tout vert.
Elle a de longs pétales
De fragile fer.
Elle est roide
Froide, altière.
Elle a des sœurs
Des frères
Qui sont tous
Secrétaires
Dans des prés
Variés, divers.
Ils sont
Pas trop diserts,
Ces chèvrefeuilles
Prospères.
Leurs pétales
Savent se taire.
Intendance
Et laisser-faire
Ès vastes plaines herbières.
Mais Chèvrefeuille, toute secrétaire
Qu’elle est, garde des petits airs
De paysanne crapaudière,
De flûtiste, de grisette, de rombière,
De chaloupeuse et… bon… On va pas en faire
Un inventaire à la Prévert.
En effet, comme elle a des sœurs, des frères
Qui sont tous, comme elle, secrétaires,
Ça pourrait jalouser et en faire une affaire
Car eux, ils ne sont Rien… Rien avec un grand R.
Ils sont que des ballots, des masses fourragères.
C’est Chèvrefeuille ici, notre petit mystère.
C’est pour elle et nulle autre, la pantoufle de vair,
L’anneau d’or ciselé et la prison de verre.
Oh, les pétales de fragile fer savent se taire.
Intendance et laisser-faire
Ès vastes plaines herbières.
Mais… bon… qui va faire faire
Du secrétariat à une secrétaire
Telle Chèvrefeuille, si fraîche si primesautière ?
Fichtre, cette situation devient fort boulevardière.
L’épilogue est limpide, la chute est nette et claire.
Elle va se faire cueillir, notre belle secrétaire.
Et alors bastingage, tourbillon, adviendra
Ce qu’il adviendra
De ses beaux pétales roses en forme de longs doigts.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Le banc des hermelles

Imagiaire vergnerLe banc
Des hermelles
Vermicule
Allègrement.
Il est un collectif
Et cela se sent.
Cela s’entend aussi.
Il claque
Comme crécelle,
Ce banc
De hermelles.
Il est industrieux
Et il sert tous les vices.
Il est Mégalo Pôle
Et il est Métropolis.
Il se dandine
Dans la flotte
Comme un grand ballet
De marottes.
Tout le monde trime à fond.
Pas de lutte des classes par ici.
Les hermelles n’ont pas de front
Et elles n’ont pas de sourcils.
Rien à plisser
Donc, rien à froncer.
Le banc des hermelles
Collectivise impunément.
Bon il a ses embûches, faut pas jovialiser…
Prédation,
Évolution,
On est pas dans un paradis irisé.
Ce coin de flotte limoneux, exploitable
N’en garantis pas pour autant une vie stable.
Le banc des hermelles reste un prisme
Scintillant de tous les grégarismes.
Dire qu’il vermicule allègrement
C’est une petite pétition de principe
Qui impute par trop de sentiments
À ces lambeaux d’échancrures de nippes
De conglomérat naturel
De banc des hermelles.
Il est je ne sais quelle Ville-Lumière
Sous une cloche de fluide verre,
Lisérée de tonnerre et d’éclairs.
Saperlotte, que peut-on y faire.
Il s’agit, après tout, d’un amoncellement
Grouillant
De vers…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
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Je te tue

Imagiaire vergnerJe te tue
Je te darde d’un pieu
Qui est
Un petit épi bleu.
Tu seras
Mon trognon Henri II
Champêtre.
Subtilité métaphorique
De l’être.

Je te tue
Je te pique d’une aiguille
Qui est
Une petite fleur brindille.
Je serai
Ta petite Florence
En la Crimée
Des champs.
J’y suis, je me rends.

Je te tue et je me régale
Crains pas. C’est jamais que des pétales.
C’est un épi bleu méconnu
Mais il l’a enfin son grand but,
Celui de te séduire.

Je te tue, je te darde d’un pieu
Qui est un petit épi bleu.
Je te tue, je te pique d’une aiguille
Qui est une petite fleur brindille.
Et tu meurs. C’est comme ça quand on tue.
Et l’amour meurt aussi…
Plus lentement, en volatile plombé qui plane.
Et la fleur du petit épi bleu se fane.

Je te tue et nous voici tout dépités.
Crains pas. C’est jamais que la fatalité.
C’est un épi bleu méconnu
Mais il l’a enfin son grand sort:
Celui de relayer la mort
De nos infimes amours,
De nos petits émois,
Dans un champ
Qui verdoie.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
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Nez à nez

Imagiaire vergnerNez à nez
Avec la simple
Et dure
Idée
De sanglier.
La glaise
Est fort lisse.
La trace
Est bien formée,
Toute fraîche.
Les feuilles
Sont rares et rêches.
Oh… oh…
Ma confiance part en éclisse.
Ma sérénité
S’échiffe
En capilotade.
Le concept, la simple notion de sanglier,
Cela me fait battre la chamade.
Cela me porte un choc subit et me lacère d’inquiétude,
Me fait sentir l’onctueuse densité de cette vaste solitude.
Je tremble à l’éventualité
De me retrouver
Hure dentue à nez
Avec la monstruosité
Que cette piste ne manque pas de m’annoncer.
Je me mets à me dégoiser une atavique laie,
Conjoncturant, et églogant,
En tremblotant, que je souhaite,
Tant de cœur que de tête,
Que ce ne soit pas une puissante laie
Qui cherche ses marcassins
Et ourdit de noirs desseins
Envers les hagards promeneurs
Que la sylve à probabilistement condamnés
À la rencontrer
Nez à nez.
L’idée que me charge
Cette entité terrible des solitudes, de la marge,
Me flanque des vapeurs toxiques, telluriques.
Immémoriales, mythologiques.
Quand je pense que les chasseurs
Des vieux temps romans
Auraient jubilé, voraces,
En découvrant cette trace,
Je me dis que moi et mon historique passé
Justement, oh justement, on ne vit pas
Nez à nez.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
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Crabe intertidal

Imagiaire vergnerCrabe brave, brigand crabe,
Intertidal, calutin, gigantal,
Rabe de vin, purin, chou rave,
Interjetant consanguin. Belle morale.

Intertidal, bravachon, calinine,
Jus de pied de crabe en flatule.
Atavique coquillard, dégouline
Douze travaux de vous entule.

Que te crabe t’intertide d’interdire.
Derme en caillasse au gré des crues.
Il y assez longtemps que vous me faites frire
En vous soufflant dans les causes et les buts.

Crabe intertidal gélatineux, gudule,
Rabe de vin, purin, chou rave.
Sort de l’eau, montre toi, Ursule.
Crabe en cave, tu trappes grave.

Marchepied paléonto, gemme fin,
Diamant virulent sur sel pustulal.
Atavique coquillard dégouline.
Marteau pour te casano, va l’animal.

Crabe, cancer, virule sous le tamis,
Intertidal, calutin, gigantal,
Marche de biais, rabroues l’ami.
Tu me donnes fin finaud, phénoménal.

Estampe Kali de crabe intertidal,
Jus de pied de crabe en flatule,
Ton sable net, nos consciences sales,
Tu te crois roc, tu n’es que bulle.

Intertidal, calutin, gigantal,
Croîs, crains, crabe intertidal.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
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Pour vivre beaux

Imagiaire vergnerPour vivre beaux
Il faudrait être
Bateaux
Sur l’eau.
Oui, pour poser
Pour jamais
De la base au sommet
Ses esthétiques marques,
Il faudrait être
Clapotantes barques.
Le superbe, le divin,
Le pinacle
Du symétrique serein,
Ondin,
Mais qu’est ce qu’on le loupe
De ne pas être simples chaloupes
Bleues
Sur fond de mer encor plus bleu.
Et, qui dit mieux,
Il faudrait gésir sous des cieux
Encor encor plus bleus,
En oscillant
Tout doucement,
Gentil, gentil,
Avec des petits
Flotteurs blancs
Tout contre les flancs.
Nous, nous sommes de peaux,
De chairs, de peurs et de lambeaux
Et de ne pas être flottilles de bateaux,
On le rate vraiment
Lamentablement,
Ce qu’il faut
Pour vivre beaux.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
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Déjà

Imagiaire vergnerFruit du lotus,
Je te mange,
Je ne veux plus bouger.
Je te suce,
Je ne veux plus quitter
Mon bercail,
Ma forêt de Monaye,
Déjà…

Fruit sapiential,
Je te sais la négation
De tous les normals.
Tout est rikique
Car tout est gigantal.
Mes conclusions
Ouvrent l’œil et le bon,
Déjà…

Fruit du lotus,
Tu as l’air
De ce petit arrosoir
Au sinciput duquel
Se pissent mes espoirs,
Mes appétences,
Mon flux, mes pestilences,
Déjà…

Fruit carnassier,
Je vais pas, par toi, me laisser dépiter.
Je le vois venir, le sourire du dentier.
Mes émerveilles
Pointent leur bout d’oreille,
Déjà…

Fruit du lotus,
Tu as l’air de ce fragile bien culturel,
De ces ruisseaux, ces cheveux d’Isabelle
Dont on rêve,
Quand on passe, quand on crève.
On crève
Déjà…

Fruit capiteux,
Lotus, je pars.
Je ne veux… je ne veux…
C’est un kiosque toc, tout cracra, tout opaque.
Mes trois petites Parques
Y jasent leur bout de gras.
Tout ce gras,
Déjà…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
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Réconfort

Imagiaire vergnerAjonc et punaise,
Ce que vous me donnez
Me remplit d’aise
Et me fait oublier

Ajonc, qu’on te fume
Te rase, j’en frémis…
Punaise, qu’on t’exhume
Et t’installe en mon lit.

C’est un réconfort
De te retrouver,
Ajonc.
C’est ben d’adon.
C’est une moiteur, une relaxation.
J’y vois le vrai et le bon.

C’est un réconfort
De te retrouver,
Punaise.
Ça me rend balèze.
Ça m’est banquette, strapontin, chaise.
Ça m’est repas, sieste, cuite, baise.

Punaise et ajonc,
Ce que je tire de vous
Procède des pulsions
Qui se penchent et renouent
Avec le net et le vermiculaire.
Enfin, un peu d’air…

Entre les rails de tous nos funiculaires.
Réconfort, je vous retrouve, punaises,
Au nombre de trois cent seize.

Entre les rets de tout ce qui est tentaculaire,
Rédemption, je vous retrouve, ajoncs,
Au nombre de trois cent millions.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.