Le cri qu’est le silence de pierre

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Calcaire : morts sur des morts entassés.
Cimetière de multitudes amassées,
Immense foule des ancêtres concassés.
Par milliards de myriades ils reposent,
Les corps de ce petit monde,
Et la faux les dépose
En pluie lente au fond des mers,
Et s’impose.
Tant de vies simples qui ont transmis leurs chairs
De la mer à la terre, jusqu’à l’air
Lorsque gicle en cent millions d’années
(En un éclair)
Une montagne de ce calcaire cimetière
Qui n’en finira jamais de vivre,
Poussant sa matière au gré des fissures,
Perlant aux mousses des sources gouttelières,
Sous les vieux rocs des pentes forestières
Et même sous les remparts d’une cité entière
Qui s’installa jadis
À la croisée de pistes charretières
Et posa son agora sur le replat d’un col
Avec, sur les flancs, les moulins qui volent,
Leurs ailes déployées aux souffles du vieil Éole.
Aujourd’hui, sur le chemin de la cité morte,
Une mante
Se chauffe le ventre à la pierre tant piétinée
D’un seuil d’une porte d’une masure écroulée
Aplatie de chaleur au rebord de la pente
Où s’assemblait jadis,
Sur des gradins, turbulente,
La population de cette ville si récente…
Si récente !…
Et maintenant toute encombrée de chênes.
Dieux que c’est pénible !
L’instant trépidant nous aliène
À notre propre durée,
Et la scène
De toutes nos vies passionnées,
Dans le silence épais de la pierre éboulée,
Est balayée par les hurlements des morts
Que l’enfer alluvionne
En morraines convulsionnées.
Alors, cette mante
S’est immobilisée, et me regarde.
Je fais bien attention
À bien viser.
Mon pied immense se pose,
Lourd,
Bruyant comme une colonne du temple,
Terrible comme la fin d’un enfant,
Et j’écrase gratuitement cette vie surpise.
C’est que je suis méchant,
Car le temps me terrorise.

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ALLAN ERWAN BERGER

Poème à retrouver en recueil en suivant ce lien

Être louche sur l’île aux lentilles

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Maître Mouche, occupé sous mille mantilles,
S’abouchait avec maintes figures farouches.
Tâtant tout, goûtant tout, des mentons aux pupilles,
De sa trompe à trompette il léchait jusqu’aux bouches.
Épuisant la patience de toutes les filles,
Et partout menacé d’une sombre babouche,
Maître Mouche, amusé par tant d’escarmouches,
Aimait ensuite à s’envoler vers sa flottille.
C’était, au creux d’un bois, quelques très vieux pétales
Qui flottaient gentiment, bien à l’horizontale,
Sur une étendue d’eau parsemée de lentilles.
Maître Mouche, que la flemmardise émous-tille,
S’en faisait tout un plat, de sa sieste orien-tale.
Cette inactivité lui était capitale.
« Mon magnifique plat de lentilles… »
Mais…
« Une autre mouche, très louche
Et puis gracile, un fil
Qui se prélasse, poufiasse !
Pile sur mon île ! »
La tuile…
Sans aucune hésitation,
Maître Mouche en éruption
Plonge tel un noir grêlon
« C’est mon salon !
Attendez que je l’étrille ! »
Et pique
(Quelle mouche te pique ?)
L’être louche sur l’île aux lentilles.

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ALLAN ERWAN BERGER

Poème à retrouver en recueil en suivant ce lien

La harpe aux cent vers

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CHASSEUR
Tel un opulent arôme de mandarine
Prodiguant au Noël des enfants sa douceur,
La joie de vivre se répand dans ma poitrine,
La musique abonde aux rayures de mon cœur.
Prodiguant au Noël des enfants sa douceur,
La foi lumineuse du sapin nous emmène.
La musique abonde aux rayures de mon cœur ;
Se pourrait-il qu’enfin plus rien ne se mal-mène ?
La foi lumineuse du sapin nous emmène
Au grand espoir chaud de la nature en magie.
Se pourrait-il qu’enfin plus rien ne se mal-mène ?
La fin de mon ombre avide a été mugie.
Au grand espoir chaud de la nature en magie
S’honorent de croire tous les êtres de l’herbe.
La fin de mon ombre avide a été mugie,
Je fais silence pour que se déploie le verbe.
S’honorent de croire tous les êtres de l’herbe
À l’éradication de tout pouvoir brigand.
Je fais silence pour que se déploie le verbe ;
C’est ma fin de chasseur et la paix se répand.
À l’éradication de tout pouvoir brigand,
Voilà ce à quoi le rêve du pré s’échine.
C’est ma fin de chasseur et la paix se répand,
Tel un opulent arôme de mandarine.

SOIF
Goutte de rosée sur la fleur
Où boit petite sauvagine
Noble demoiselle en rondeur
Aux éclats de fée diamantine
Perle rigole dégouline
Au fil de la tige en vigueur
Glisse sous le soleil rieur
En la feuille qui fait tétine
S’interpose un ailé buveur
Aborde goutte qui chemine
Coupe à la suave saveur
Instant que la soif illumine

PRINTEMPS
Dressées vers le ciel feu des harpes aérien-nes,
Mille chorales de feuilles vibrent au vent.
L’ermite ravagé supplie que Pan revienne,
Qu’en ce monde chacun s’y découvre fervent.
Mille chorales de feuilles vibrent au vent
Et chantent de longs motets au soleil si beau
Qu’en ce monde chacun s’y découvre fervent,
Qu’on soit ancien chêne ou simple petit ro-seau.
Et chantent de longs motets au soleil si beau
Les feuilles et les fleurs et les tiges brandies.
Qu’on soit ancien chêne ou simple petit ro-seau,
Partout les joies nous mènent au bel incen-die.
Les feuilles et les fleurs et les tiges brandies
Ensemble combattent les fracas du grand temps.
Partout les joies nous mènent au bel incendie
Par les routes souterraines du frais prin-temps.
Ensemble combattent les fracas du grand temps
Et des éclairs jetés sur les herbes graciles,
Par les routes souterraines du frais prin-temps,
Les pousses de l’an neuf réunies en concile.
Et des éclairs jetés sur les herbes graciles
Naissent, au cœur profond des terres dilu-viennes,
Les pousses de l’an neuf réunies en concile,
Dressées vers le ciel feu des harpes aérien-nes.

UNE BRUINE
Cent mille milliards de gouttes d’eau
De haut en bas de bas en haut
Sinuent au gré du courant lent
Le pâturage est somnolent
Au front des pies le monde est gris
Au gré des freux le monde est froid
Au fond du soir le monde aigri
Au creux du bois le monde effroi
Une ombre floue s’incline au gué
L’alourdi silence croasse
L’horizon flou se matelasse
Lointains abois monologués

BON SOIR
Aux nuages évadés du grand horizon,
Elle rend gloire, la petite bête, et chante.
Sur la colline sauvage et son frais gazon
Je gis, noyée de solitude, et puis j’enfante.
Elle rend gloire, la petite bête, et chante
Aux feux échevelés du soir au fond du ciel.
Je gis, noyée de solitude, et puis j’enfante,
Loin des supercheries de l’ordre artificiel.
Aux feux échevelés du soir au fond du ciel
Répondent les notes argentines de l’herbe.
Loin des supercheries de l’ordre artificiel,
Je ris aux beautés crues que la saison en-gerbe.
Répondent les notes argentines de l’herbe
Aux appels des oiseaux que le soir pousse au nid.
Je ris aux beautés crues que la saison en-gerbe ;
Le monde est toujours neuf et se montre infi-ni.
Aux appels des oiseaux que le soir pousse au nid
S’entrelacent les sons d’une harpe perlée.
Le monde est toujours neuf et se montre infi-ni
À l’enfant dont le cri a juste déferlé.
S’entrelacent les sons d’une harpe perlée
Aux pépiements buissonniers de la couvaison,
À l’enfant dont le cri a juste déferlé,
Aux nuages évadés du grand horizon.

GAMBADE
Boîte à bonheur au coin des dents
Piment des mots que rit le pré
Articuler au flanc du vent
L’air des rameaux enchevêtrés

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ALLAN ERWAN BERGER

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L’abeille ne pique ni ne pille

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Il y a en France un bon millier d’espèces d’abeilles répertoriées. Certaines, comme l’abeille à miel Apis mellifera Linnæus, sont d’excellentes personnes, mais leurs rejetons, hybrides de deux sous-espèces de mellifera, sont de vrais démons en Guyane, où elles sont nommées “abeilles tueuses”, à très juste titre. Elles produisent certes un fort bon miel, et leur patrimoine génétique robuste ne laisse pas d’intéresser les apiculteurs sud-américains ; mais elles piquent décidément avec beaucoup, beaucoup d’ardeur.

D’autres espèces sont plus calmes, même dans le genre Apis. Ce qui ne les empêche pas de savoir guerroyer. Signalons l’existence, au Japon, d’une abeille qui fait mourir de chaleur ses attaquants frelons, en s’agglutinant autour d’eux et en s’agitant jusqu’à faire monter la température à un niveau qui est lé-tal pour les intrus.

J’ai aussi entendu parler d’abeilles qui pillent et même piquent les ruches des autres. Elles repèrent une zone où la ressource est abondante, cherchent la ruche, la trouvent, l’attaquent, la vident de ses occupantes et s’y installent. Ce qui s’appelle se piquer la ruche.

En conséquence,
Ami Richard :
Cette sentence,
Nom d’un homard…
Est à revoir.

Il existe des abeilles qui piquent et qui pil-lent. Qui piquent activement, c’est-à-dire non pour se défendre, mais pour attaquer des intrus ou des victimes ; et qui pillent non point sans faire exprès, mais en toute conscience. Il y a des abeilles Tatares, il y a des abeilles Huns. Et puis il y a les douces Meliponini Lepeletier, 1836.

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ALLAN ERWAN BERGER

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Eh Pinard? Ma vie c’est de la merde!

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Eh Pinard ?
Dans ma vie, mon cœur,
Y’a jamais eu d’beurre
Et y’a jamais eu d’fleurs.
Ça n’a jamais été l’heure
Pour le bonheur.
« Demain ! Demain ! Oui demain demain !
Pour l’instant : trime ! turbine,
Lèche les vitrines. Lèche aussi ma pine
Et puis, tiens Ducon, prend de l’aspirine,
Et puis retrime…
Demain, Ducon, demain !
Car pour ce qui est de ta prime,
Aujourd’hui l’État te la subprime. »
Et la meilleure,
Mon cœur,
c’est cette odeur
Qui nous effleure,
Et qui demeure :
Celle de ma peur.
« Hier, hier !
Tout était pur,
Tout était clair,
Tout était sûr,
Tout était fier.
Hier, Ducon, hier hier !
Aujourd’hui, mon petit,
Ça sent trop le pipi. »
L’odeur l’odeur l’odeur l’odeur
De millions de tueurs
Entêtés salopeurs envahisseurs
Sans foi, sans honneur,
Sans politesse, sans valeurs,
Et tellement voleurs.
« Au feu ! Au feu !
On t’a bien tondu bien pelé,
On t’a tellement bien cramé !
Alors, Ducon, pour bien te recramer
Et pour bien te reberner, tondre et peler,
On te crie, Ducon : Au feu ! Au feu ! Au feu ! »
P.S. : « Et ne t’avise pas, mon petit gars,
De regarder autre chose que mon doigt ! »
Malheur malheur malheur !
Heureusement que nos tuteurs,
Pas égoïstes mais directeurs,
pas corrompus mais nettoyeurs,
Ennemis des oppresseurs,
Heureusement qu’eux la voient, La Tumeur.
« Crois-nous, crois-nous ! Crois-nous !
Le monde n’est que pillages.
Ferme les écoutilles. Fais le ménage.
Vis pour des broutilles. Laisse-nous être sa-ges.
Prépare-toi au combat car dehors c’est l’orage.
Crois-nous, Ducon, crois-nous crois-nous crois-nous. »
P.S. : « Nous sommes envahis par les cou-cous,
Et les plus dangereux sont parmi nous. »
Mais c’est qu’à la télévision, mon cœur,
On la voit, la terrible tumeur
De ceux qui sont nés ailleurs,
Dans de foutus pays de foutus branleurs,
Et qui se jettent avec ardeur,
Les sales parasites, termites de malheur !
Sur notre pauvre vieux bonheur.
« Trop fort ! Ha ha ! À la télévision,
On te la montre, Ducon, ta jolie tumeur.
Celle de tous ceux qui sont nés ailleurs
Et qui fuient d’immenses terreurs,
Et qui se jettent, Ducon, sur ton leurre.
Trop fort ! Ha ha ! À la télévision. »
P.S. : « Et ne t’avise pas, mon salaud,
De croire autre chose à ce propos. »
Alors voilà, mon cœur.
Je… D’abord je bois un coup… Allo ?
« À l’étranger, Ducon ! À l’étranger !
Regarde-moi ces maudits faciès !
Ils en ont tous après tes fesses !
Notre pays est en détresse
À cause d’eux, et de leurs diablesses !
À l’étranger, Ducon ! À l’étranger ! »
P.S. : « Car la seule invasion qui m’aille,
Est celle dont j’accuse cette racaille. »
Eh Pinard ?
Tu sais quoi, mon cœur ?
Ch’uis comme une sale mouche de malheur
Collée sur une vieille feuille sans saveur
Et qui sentirait juste une seule odeur :
Celle de sa terreur. Celle de sa propre merde.
P.S. : Je sens que je vais devenir un putain de tueur.
Dans la Milice. T’entends ça, Pinard ?

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ALLAN ERWAN BERGER

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Voir mauve puis œuvrer au noir

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COMPLAINTE DE LA JEUNE FILLE ÉCLOSE :
Six colonnes dressées, huit bourdons affairés,
Ce buisson est en joie du matin jusqu’au soir.
Aujourd’hui je suis belle et me sens éclairée ;
Me voici plus réelle, un peu moins floue à voir.
Ce buisson est en joie du matin jusqu’au soir,
Chargé de butin pour butineurs confirmés.
Me voici plus réelle, un peu moins floue à voir,
Un peu reine du jour – mais un peu désar-mée.
Chargé de butin pour butineurs confirmés,
Ce buisson s’est mué en un vrai promenoir.
Un peu reine du jour – mais un peu désar-mée,
J’ai la nette impression qu’on me veut pour nichoir.
Ce buisson s’est mué en un vrai promenoir ;
Midi s’annonce et voici venir cent gabiers.
J’ai la nette impression qu’on me veut pour nichoir ;
Posons un regard sage sur ces chevaliers.
Midi s’annonce et voici venir cent gabiers
Pour l’assaut des huit mâts tendus de mauve et noir.
Posons un regard sage sur ces chevaliers,
Que personne aujourd’hui ne roule fol espoir.
Pour l’assaut des huit mâts tendus de mauve et noir
Il n’est point grand besoin de se faire hous-piller.
Que personne aujourd’hui ne roule fol es-poir :
Je n’ai pas l’intention de me déshabiller.
Il n’est point grand besoin de se faire hous-piller
Quand tant de jolies fleurs étendent leurs perchoirs.
Je n’ai pas l’intention de me déshabiller,
Non, moi je ne suis pas du genre à laisser voir.
Quand tant de jolies fleurs étendent leurs perchoirs,
Ce serait malotru de ne pas tout flairer.
Non, moi je ne suis pas du genre à laisser voir
Six colonnes dressées, huit bourdons affairés.

COMMENTAIRE DE MARGUERITE YOURCENAR :
Fille qui montre ses formes fait assavoir à chacun qu’elle a faim d’autre chose que de brioches.

COMMENTAIRE DE BERGER :
L’on pourrait supposer dans un premier temps que le véritable Œuvre au noir dans l’esprit d’une jeune fille consisterait à créer en soi les conditions d’accès à la sérénité d’un buisson offert à tous. Mais, socialement, une telle expérience serait assez mal vue, et s’accompagnerait inévitablement de violence car un tel abandon serait immédiatement perçu chez les mâles du commun comme une déclaration d’absolue soumission à la concupiscence générale.
L’on pourrait alors supposer dans un second temps que le véritable Œuvre au noir, dans ces affaires de fusions génétiques, se-rait, chez les humains, celui qui aurait pour théâtre des opérations non pas l’esprit d’une jeune fille découvrant sa métamorphose mais bien l’esprit d’un jeune garçon qui, par quel-que processus encore mal identifié (la liste des ingrédients nécessaires devrait contenir un peu de morale, un peu de politesse, une bonne dose d’anti-machisme, et quelques bel-les écailles d’estime de soi pour se prémunir du regard commentateur des autres), abandonnerait sa terreur de ne pas assez paraître, pour endosser enfin la tenue digne du vrai chevalier : partenaire, amoureux, servant, respectable et se tenant droit. Sûr de lui… En somme, il faut éduquer.

FINALEMENT, LE CHEVALIER BOURDON VOUS PARLE :
Nous prîmes nos cantonnemens d’hiver sur le bord de la mer, sans cesser d’occuper toutes les montagnes qui s’étendent sur la gauche du Piémont ; nous y fûmes très malheureux, sans vivres, sans habillemens et sans solde. An IV (1796) — Au printemps, nous quittâmes nos cantonnemens pour occuper les montagnes de Montenotte ; nous nous occupâmes à y faire des redoutes en travaillant la terre avec nos baïonnettes. Quelque temps après, on nous fit savoir, par un ordre du jour, que nous avions un général en chef nommé Bonaparte.

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ALLAN ERWAN BERGER

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Et finir avec la soif d’une haleine de calice

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MAGRITTE :
Un verre d’eau claire
Sur un pébroque ouvert
La pointe en l’air :
C’est un calice sur un ciboère
Câliboère !
« Le sacre, le juron, serait-ce donc de l’art ?
— Évidemment ! Du reste on parle bien d’art sacré ! »
Or, l’art sacré englobe tout.
Tout, cela veut dire : tout de tout.
Et débrouille-toi à représenter tout ça !
Raison pour laquelle,
Selon Hegel,
La fleur réfutant le bouton,
Le fruit réfutant la fleur,
Tout système en réfutant un autre,
Comment alors nommer cette chose
Qui éclôt,
Qui s’ouvre,
Qui tombe enceinte,
Qui se fane ?
Qui devient fruit ?

BERGER :
Nous répondrons souverainement,
Et avec un culot servi à pleins tonneaux,
Que puisque sans papillon il n’y a point de plante,
Et donc pas de boutons, pas de fleurs, pas de fruits,
Et donc pas de plante,
Et donc pas de boutons,
Et donc pas de fleurs,
Et donc pas de fruits,
« L’absente de tous bouquets »
N’existant que par grâce papillonienne,
C’est de lui qu’elle doit tirer son nom :
“Buvette à papillons.”
L’artiste d’art sacré, lui, agira autrement.
Pas emmerdé une seconde par les successions
Des zinzins qu’il faut nommer,
Il appellera par exemple “Christ”
Le tout
D’une série
De figures
Assemblées sur un vitrail :
Lisant enfant au temple,
Se faisant lécher par une vache au fond d’une crèche,
Se faisant nettoyer les pieds par des cheveux,
En discussion avec un prêtre ventru bagousé,
Papotant au puits avec une femme,
Fouetté par des flics facétieux,
Présidant un banquet triste,
Marchant sur un lac poissonneux,
Clouté à une croix,
Miraculant ici et là,
Planqué dans un tombeau,
En fantôme au milieu de ses disciples
Haranguant les foules sur un coteau,
Et cætera
Et cætera
Et cætera…
Mais Magritte ricanera
Car l’artiste a oublié
Que chez les humains en général,
Une chose n’existe
Que par ce que l’on dit
D’elle,
Nom d’un bagel.
Or l’artiste n’a rien dit
Ni du chemin de Damas,
Ni du concile de Nicée,
Ni de la donation de Constantin,
Ni du concours des deux Simon,
Ni des sept dormeurs d’Éphèse,
Ni du gros fatras d’Eusèbe,
Ni des taquineries de Torquemada,
Ni des fumisteries de Saint-Jérôme,
Ni des hurlements du Chrysostome,
Ni de ceux du pauvre Monsieur Servet
Qui fut servi fumé noir, à Genève,
Sur un beau lit de bois bien vert…
Ni ni ni ni ni…
Ce travail n’est pas fini !
Alors c’est quoi le Christ ?
C’est quoi la fleur ?
C’est quoi une chose qui vit ?
Un papillon sur un calice,
Un mot sur une chose,
Une chose sur le temps,
Le temps sur toute chose :
Tout, dans notre monde spéculatif
Ne se tient, en définitive,
Qu’à la façon des fakirs :
En équilibre sur la pointe du voisin d’en-dessous.
Et cette pile n’a aucun nom possible.
Elle ne peut être représentée
Que par métaphore,
Sous la forme d’une brochette :
Un fruit sur une fleur sur un bouton,
Un verre d’eau piqué sur un parapluie,
Un papillon sur des étamines.
Et maintenant, un peu de méditation.

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ALLAN ERWAN BERGER

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Éphémère lien nous eux

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LES FILLES FEUILLES :
Éphémère lien nous eux,
Une cannetille
Nous cambre à la séguédille,
Redoublons nos jeux.
Dans la taille du bouquet,
Ceinture en tortille,
Sire Punaise boitille,
Serre le paquet.

SIRE PUNAISE :
Échalas de bois dressé,
Petite broutille ;
Ronds de feuilles en bastille,
Et raphia tressé.
Belles tiges en fagot
Dont l’odeur pétille,
Ne sont point de pacotille ;
J’en fais mon magot.

LES TIGES EN FAGOT :
Des bourdons filent dans l’air,
Le soleil scintille,
Sire Punaise frétille,
Mené par son flair.
Éphémère lien nous eux,
Sous brise gentille,
Filles feuilles en flottille
Font un bruit joyeux.

Et l’on recommence la ronde au début.

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ALLAN ERWAN BERGER

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Soleil d’abeille (Nature vivante sur écran)

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Du soleil et du ciel, des nuages et de la prairie,
Du chaud, de l’eau, de la lumière et du bel air…
Et puis un carrousel de joie qui relie
Tout ce qui vit à tout ce qui vit.
Partout l’on entend « Oui. »
Soleil d’abeille
Nature
Api
Culture.

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ALLAN ERWAN BERGER

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Entre deux ombres

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Aux effrois repliés du grand freux
Plongeant aux tempêtes de l’été
S’entrelace un long cri sulfureux
Transpercé de râles écrêtés
C’est la mort qui passe au fond du pré
Puis un éclair crève un long nuage
Et la pluie croule sur les hêtres
Vient le soleil qui chasse l’orage
Sous de chaudes buées champêtres
Et la vie chante aux petits êtres

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ALLAN ERWAN BERGER

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