Et quand Cacambo mira Ricardo

cover_laurendeau_helicoidalCacambo prit l’arche
Par le cône
Et la souleva.
Au fond du cône
De l’arche,
Visible
Par une petite fissure,
Le vieux Ricardo
Prenait un thé
Citronné-argenté,
À la santé
Des bonnes âmes du bourg voisin.
Cacambo gratta le crâne de Pangloss
(Il était trop paresseux
Pour retirer son propre galurin).

Oui,
Dit Pangloss,
Il y a eu des guerres nationales.
Elles furent terribles,
Elles ne furent pas banales.
Et surtout
Elles furent… Et, oui, il faut le dire.
Mire Cacambo, mire…

Mais, or, cependant,
Il reste que
Je n’en retirerai pas pour autant
De mon lexique
Sociologico-historique
Le terme
(Que correctement je le formulasse):
Lutte des classes.

À ces mots,
Le vieux Ricardo
S’étrangla avec son thé
Et une goutte tomba
Dans l’oeil de Cacambo.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

Les idées élevées

cover_laurendeau_helicoidalOn affirme
Que l’homme
Est un fer
Que l’on déploie,
Arque, replie
Sous les chocs lourds
D’une machinerie.

On maintient
Que la femme
Est une fleur
Que l’on prend,
Pèle, déchire
Au gré du vent
De tourbillonnants
Désirs.

On répète
Que l’homme noir
Est un boeuf
Que l’on harnache,
Lie, attelle
Au soc d’un sol
Sec, entre ciel et terre.

On enseigne
Que la femme orientale
Est une poupée
Que l’on paterne,
Que l’on dévêtit.
Client-rouage
D’une lucrative industrie.

Mais on néglige
Le fait que les gamines
Et les gamins
Des favelas
Grimperont demain
Aux gratte-ciels,
Casseront des vitres.
Et clic
S’éteindront net
Toutes les idées élevées…

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PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
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La boîte de soupe Campbell de Warhol

cover_laurendeau_helicoidalJ’ai ouvert
La boite de soupe
Campbell
De Warhol,
En une gestuelle simplette,
Avec un de ces ouvre-boîtes
Manuels
À œillettes,
Un tourniquet,
Comme disent les Français.

C’était d’autant plus curieux
Qu’il y avait,
À la télé
Un majestueux et ostensible navet
Américano-écossais.
Le clan Lipton y combattait le clan Campbell.
Les deux phratries se pourfendaient
Et se la baillaient belle.

À chaque mention du clan Campbell,
Je riais et riais, puis riais de plus belle,
À cause de la boîte de soupe de Warhol
Dont j’étais à conclure
La patiente ouverture.

Il y avait des cubes de bœuf
Dans cette soupe tomate.
Oh mate !
De bons petits cubes de boeuf,
Serrés, viandeux,
Parfaitement plantureux.

J’ai bien fait cuire le tout,
Sublime, dense, onctueux.
Et j’ai dévoré
Devant la télé,
Directement de la casserole,
Le dense butin de cette boîte de soupe de Warhol,
Ce pop-artiste de parole,
Dont je ne connaissais pas encor l’œuvre folle.

J’avais onze ans, que voulez-vous?
Je ne pouvais supputer que des muséologues mous
Instutionnaliseraient, un jour, la congruette portion
Sur fond
Rouge et blanc
De ce moment
Si banal mais tellement
Tant tellement
Charmant.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
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Un présentoir de billes

cover_laurendeau_helicoidalUn présentoir
De billes
Toujours
Ça me titille.
Ça me fait palpiter
Micro-matamore,
Comme découvrant
Le plus pétulant
Des trésors.
C’est polychrome
Ça scintille.
Ça crépite et cliquette
Sous la main,
Pudiquement taquin.

Un présentoir de billes
C’est ostensible,
Mirifique
Obséquieux.
Plantureux.
J’y suis toujours sensible.
Cela se présente dans un grand bac carré
Solide, patent, modernisé,
De bois verni.
Quand j’étais petit,
Les billes étaient en sac.
Mais elles étaient en vrac.
Aussi, comme aujourd’hui.

L’autre trait commun,
Peu commun
Entre le vaste présentoir
De billes présent
Et tous les petits sacs de billes
Résilles
D’antan,
C’est qu’elles ne bougent pas,
C’est qu’elles ne toquent guère…

Les billes se chiquenaudant
En ordre de bataille,
À la petite guerre
À la base d’un muret
De la ruelle en arrière,
Ça, eh ben, bout de tabouère,
C’était pour nos grands-pères.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
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La roue de vélo de Podular

cover_laurendeau_helicoidalLa roue de vélo de Podular
Pastiche
La Roue de bicyclette
De Duchamp,
En retirant
Du champ
Le tabouret
Dans lequel
La susdite
Roue de bicyclette
Se plante.

Sur la roue
De vélo
De Podular,
Le tabouret manque.
La fourche inversée
Du vélo sacrifié
Se plante
Ardente,
Se fiche,
Pastiche,
Directement
Dans le socle
Institutionnel.
Podular instille son sel
Personnel
Dans l’iconoclastie duchampêtre.
Il est de ces radicalités de l’être.

Il est de ces futilités de l’art.
De fait, cent ans plus tard,
Ni la roue de Duchamp,
Ni celle de Podular
Ne semblent avoir fait
Tant soit peu crouler
Les murailles des musées.

Tu n’es pas un croquant cailloux,
Ô artistique provoque.
Tu es plutôt un roc,
Une meule à notre cou.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
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La poéticité de Popeye

cover_laurendeau_helicoidalAmbroise Lafortune
Nous a raconté,
Sur les ondes
De sa vieille chronique télévisée,
Que le marin Popeye
Était,
Par ses potaches,
Confondu,
Dans les années d’antan
Avec ce fruit,
Mal connu alors:
La papaye.

Régine Robin rapporte
Que, vers la même époque,
L’aphorisme crucial, Popeye, the sailor man
Se décodait, en elle: Popeye Lousséloumanne
Et que quand elle apprit l’anglais, bien, elle déchanta.

Bernard Pivot surnommait un certain penseur
Le Popeye de la métaphysique.
Pour me souvenir de l’identité du susdit, c’est bernique.
Je sais parfaitement par contre que Pivot prononçait Popeye
En le faisant rimer avec abeille.

Conclusion: à force de faire ainsi
Dans la poéticité de Popeye,
Oh trouvaille (papaye) et/ou oh merveille (abeille),
C’est Olive Oil qui ne sera plus sauvée,
Ventre dié.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
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Chimères verbales

cover_laurendeau_helicoidalSi la terre est bleue
Comme une orange,
Il va falloir ipso facto
Que je m’arrange
Pour me faire
Refaire
Une paire
De lunettes,
Monsieur Éluard,
Sans vouloir
Vous parler bête.

C’est comme la mouche infinie
De Spinoza.
Je ne l’ai pas trop entendue bombiner,
Celle là.
Et le cercle carré
De ma prime jeunesse
Il est passé, il a roulé
Dans le même tuyau que l’eau sèche.

Une chimère verbale, c’est bien ronflant,
Bien percutant
Mais bon, la poéticité qu’on en tire,
Je dois dire
Qu’elle me rend passablement
Somnolent.
Exiger que je fasse autrement
Ce serait un peu de me demander
De pousser
Quand je tire.

Tiens, ça me rappelle une boutade un peu ridicule
Sur ce cultivateur dont le cheval, très fort, devint fou
Car, portant le nom du mythologique héros,
Il se faisait dire: Avance Hercule
Par le maître qui l’avait ainsi dénommé,
Et passablement dérouté
Itou.

La chimère verbale, au mieux, c’est une provoque.
Au pire c’est une aporie,
Dont le sens est opaque, tout gris
Comme le souffle d’une cheminée
Essoufflée, qui suffoque
Et qui ne tire pas sa référence.

Avant que je n’entre en transcendance
De par la faiblarde équivoque
D’époque
Que la chimère verbale évoque,
Le Pain de Sucre de Rio
(Qui est un roc)
Sera devenu rance…

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
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Fou braque, fou Braque

cover_laurendeau_helicoidalDe quelqu’un
Qui déraisonnait,
Autrefois on disait
Qu’il était
Fou braque.

Il est
Difficile
De statuer
Sur le fait
Que c’était
De sauter,
De gambader,
D’être enjoué
Comme le chien
Ou de mettre sur croûtes
Des arabesques de doutes,
Des mondes en déroute
Des univers malingres
Comme le peintre.

Fou braque canin ou fou Braque pictural?
On dira ce qu’on voudra,
Le dilemme n’est pas banal.
Je crois même savoir qu’un groupe humoristique
Perclus de sens pratique
(Ou est-ce un ensemble orchestral?)
Adopta ce désignatif: Les fous braques.
Quelqu’un doit donc bien avoir une position
Sur cette question.
Ou alors, c’est un peu de l’arnaque.

Cynophilie hypernerveuse?
Ou protocubisme à la courbe frondeuse?
Pour faveur, choisissez.
Et si braque n’est pas une notion claire
Je vous passe mon chapeau
Que celle de fou ne vaut guère
Mieux, en cette saison
De repeinte de plafond.
Tiens-toi donc…

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
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Les mannequins

cover_laurendeau_helicoidalAutrefois, j’avais peur
Des mannequins sans tête.
C’était presque toujours
Des femmes.
Cela me semblait
Tout un drame
Et je trouvais ça
Un peu bête.

Aujourd’hui, j’ai peur
Des mannequins figuratifs.
Certains sont
Si convaincants
Qu’on dirait sciemment
Le portrait insolent
Des jeunes filles,
Des jeunes hommes
Qui porteraient
Les nippes qu’ils promeuvent.
Je n’aime pas trop que ce statuaire
Tout relatif
M’émeuve.

Autrefois, j’avais peur de ces bustes un peu abandonnés,
Montés sur je ne sais
Quels trépieds
De mobilier,
Marmousets
Incomplets,
De petites épingles lardés.

Aujourd’hui, j’ai peur que les mannequins d’albâtres,
Décontractés, folâtres,
Se mettent à parler
Tant ils sont sculpturalement ciselés,
Se mettent à agir
Tant ils ont l’air tout gonflés d’ardeur et de désir.

Surtout qu’il y a des gens
Qui font semblant
D’être des mannequins
Pour un peu de pain,
De nos jours.
On ne sait pas ce qui nous attend,
Dans quel détour.

Le mannequin d’hier était mort,
Mais moelleux, comme chaud.
Le mannequin d’aujourd’hui
Semble en vie
Mais gelé.
Le tronc tronqué
Changé en chose
Me faisait paniquer.
Le corps de craie hyper-figuratif
Me fait dresser les tifs.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
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Joual géométrique

cover_laurendeau_helicoidalC’est un joual
Géométrique
Fait de triangles
Anthracite
Parfaitement
Licites.
L’animal posé,
En pliages concentriques
Trône au centre
Du hall d’entrée
D’un musée.

C’est un géométrique joual
Dans le hall
D’un musée de Montréal.
Il est tout luisant
Mais noir comme un diamant.
Il a ce petit air cabotin et fripon
Des canassons
Qui se sont
Pérennisés
Malgré… et malgré…

C’est un joual géométrique
D’origine planétaire.
Il est de la Rivière des Mille Berges.
Il galope moderne. Il se goberge.
Il est fier.
Il est un peu à la bourre,
Notamment dans sa compréhension
De la situation
De calembour
Culturel
Que représente ici
Sa joualonie
Semi-figurative,
Ludiquement abrasive,
Impudiquement fidèle.

Il a bien l’air de rire, ce joual géométrique.
Il semble se bidonner, tout en faisant la nique
À d’autres temps.
Sans bouche, comme un bon joual surréel,
Il semble pourtant
Avoir durablement
Opté pour le susdit sourire de Fernandel
Dont parlaient l’autre Untel,
Et un certain Brel…
Enfin bref, sa géométrie à dominante
Triangulaire
N’a que faire
Du joualisme d’ici.
Il est un joual avant tout bien pur et bien fortuit.

Quelqu’un l’a façonné,
Sans faconde,
Sans ambiguïté,
Sans flafla,
Sans arrière pensée,
Dans quelques composite
Couleur indubitablement anthracite
Et ce, absolument sans se douter
Que c’est toujours
Un petit peu de la dynamite
Dans le hall
D’un musée de Montréal,
Géométrique ou pas,
Un joual.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
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